‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 269 sur 387 · LIVRE XI, N. LIX-LXI · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. LIX-LXI

nous souffrons persécution comme les apôtres et les martyrs '. »

Ensuiteils vantoient leurs abstinences, leurs jeünes, la voie étroite où ils marchoient, et se disoient les seuls sectateurs de la vie apostolique, parce que se contentant du nécessaire, ils n'avoient ni maison, ni terre, ni richesses, « à cause, disoient-ils, que Jésus- Christ n'avoit ni possédé de semblables choses, ni permis à ses disciples d'en avoir. »

Selon saint Bernard, il n'y avoit « rien en apparence de plus chrétien » que leurs discours, « rien de plus irréprochable que leurs mœurs ?. » Aussi s'appeloient-ils les Apostoliques ?, et ils se vantoient de mener la vie des apôtres. Il me semble que j'entends encore un, Fauste le Manichéen, qui disoit aux catholiques chez saint Augustin : « Vous me demandez si je reçois l'Evangile? Vous le voyez en ce que j'observe ce que l'Evangile prescrit : c'est à vous à qui je dois demander si vous le recevez, puisque je n'en vois aucune marque dans votre vie. Pour moi j'ai quitté père, mère, femme et enfans, l'or, l'argent, le manger, le boire, les délices, les voluptés, content d'avoir ce qu'il faut pour la vie d'un jour àl'autre. Je suis pauvre, je suis pacifique, je pleure, je souffre la faim et la soif, je suis persécuté pour la justice : et vous doutez que je recoive l'Evangile *? » Aprés cela, prendra-t-on encore les persécutions comme une marque de la vraie Eglise et de la vraie piété? C'est un langage de manichéens.

Mais saint Augustin et saint Bernard leur font voir que leur vertu n'étoit qu'une vaine ostentation. Pousser l'abstinence des viandes jusqu'à dire qu'elles sont immondes et mauvaises de leur natüre, et la continence jusqu'à la condamnation du mariage, c'est d'un'cóté s'attaquer au Créateur, et de l'autre lâcher la bride aux mauvais désirs en les laissant absolument sans remède *. Ne croyez jamais rien de bon de ceux qui outrent la vertu. Le déréglement de leur esprit, qui mêle tant d'exces dans leurs discours, introduit mille désordres dans leur vie.

Saint Augustin nous apprend que ces gens, qui ne se permet-

1 Anal. 111, p. 454. — ? Serm. Lxv, in Cant., n. 5. — ? Serm. Lxvt, n. 8. — * Lib. V, cont. Faust., cap. 1, tom. VIIT, col. 195. — 5 Bern., serm. LXVI, tn Cant.

Et par S. Bernard Convenance de leurs discours avec ceux de Fauste le manichéen chez S. Auguslin.

Leur hypocrisie

confondue par S. Augustin et par S.Bernard,

Infamie de

es léé- tolent pas le mariage, se permettoient toute autre chose. C'est

liques, et

mincipae- que, selon leurs principes, j'ai honte d’être contraint de le répéter,

ment des

wiarien. ’étoit proprement la conception qu'il falloit avoir en horreur; et

on voit quelle porte étoit ouverte aux abominations dont les an-

ciens et les nouveaux manichéens sont convaincus. Mais comme,

parmi les sectes différentes de ces nouveaux manichéens, il y

avoit des degrés de mal, les plus infámes de tous étoient ceux

qu'on appeloit Patariens ‘; ce que je suis bien aise de remarquer

à cause de nos réformés qui les mettent nommément parmi les vaudois, qu'ils se glorifient d'avoir pour ancêtres ?.

Lu. — Ceux qui vantent le plus leur vertu et la pureté de leur vie,

Doctrine

de «she. SOnt ordinairement les plus corrompus. On aura pu remarquer

réliques :

que 1: comme ces impurs manichéens se sont glorifiés dans leur origine

des sacre-

mes àe- et dans toute la suite de la secte, d'une vertu plus sévère que les pend de la

wie autres; et pour se faire valoir davantage, ils disoient que les sa-

i." eremens et les mystères perdoient leur force dans des mains im-

pures. Il importe de bien remarquer cette partie de leur doctrine

- . que nous avons vue dans Enervin, dans saint Bernard et dans le

concile de Lombez. C'est pourquoi Renier répète par deux fois,

que cette imposition-des mains qu'ils appeloient {a consolation, et

où ils mettoient la rémission des péchés, étoit inutile à celui qui

la recevoit, si celui qui la donnoit étoit en péché lui-méme, quand

son péché seroit caché ?. La raison qu'ils rendoient de cette doc-

trine, selon Ermengard *, est que lorsqu'on a perdu le Saint-Es-

prit, on ne peut plus le donner, qui étoitla méme raison dont se servoient les anciens donatistes.

Lm. C’étoit encore pour faire les saints et s'élever au-dessus des

Ils con-

dument autres, qu'ils disoient que le chrétien ne devoit jamais affirmer

tous ser-

no, etia Ia. vérité par serment, pour quelque cause que ce fût, pas méme

punition

des crimes EN justice * : et qu'il n'étoit permis de punir personne de mort, pas même les plus criminels *. Les vaudois, comme nous verrons,

1 Ren., cap. xvi; Ebrard., cap. xxvr, tom. IV, Bibl. PP., I part., p. 1178; Ren., cap. vi, tom. IV, Bibl. PP., Il part., p. 153.— ? La Roq., Hist. de l'Euch., I part., cap. xvilL, p. 445. — ? Ren., cap. vi; ?bid., p. 156, 759. — ^ Enrmeg., cap. XIV, de imp. Man., ibid., p. 1254. — 5 Bern., serm. LxvI, in Cant., n. 2. — * Ebrard., cap. xiv, xv; Erm., cap. XVIII, XIX ; ibid, p. 4134, 4136, 1260,

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