LIVRE XI, N. LXIV, LXV
prirent d'eux toutes ces maximes outrées et tout ce vain extérieur de piété. j
Voilà quels étoient les albigeois, selon tousles auteurs du temps, sans en excepter un seul. Les protestans en rougissent, et nous disent pour toute réponse que ces excès, ces erreurs et tous ces déréglemens des albigeois sont des calomnies de leurs ennemis. Mais ont-ils une seule preuve de ce qu'ils avancent, ou un seul auteur du temps, et de plus de quatre cents ans après, qui les juslifie? Pour nous, nous produisons autant de témoins qu'il y a eu dans tout l'univers d'auteurs qui ont parlé de cette secte. Ceux qui ont été dans leur croyance nous ont révélé ses abominables secrets aprés leur conversion. Nous suivons la secte damnable jusqu'à sa source : nous montrons d’où elle est venue, par où elle a passé, tous ses caractères, et toute sa descendance qui la lie au manichéisme. On nous oppose des conjectures, et encore quelles conjectures ? On les va voir, car je veux ici rapporter les plus vraisemblables.
Le plus grand effort des adversaires est pour justifier Pierre de Bruis et son disciple Henri. Saint Bernard, dit-on, les accuse de condamner et la viande et le mariage. Mais Pierre le Vénérable , abbé de Cluni, qui a réfuté presque en méme temps Pierre de Bruis, ne parle point de ces erreurs, et ne lui en attribue que cinq : de nier le baptéme des petits enfans, de condamner les temples sacrés, de briser les croix au lieu de les adorer, de rejeter l'Eucharistie, de se moquer des oblations et des prières pour les morts !. Saint Bernard assure que cet hérétique et ses sectateurs « ne recevoient que l'Evangile ?. » Mais Pierre le Vénérable n'en parle « qu'en doutant. La renommée, dit-il, a publié que vous me croyez pas tout à fait ni à Jésus-Christ, ni aux prophétes, ni aux apótres : maisil ne faut pas croire aisément les bruits qui sont souvent trompeurs, puisque méme il y en a qui disent que vous rejetez tout le canon des Ecritures?. » Sur quoi il ajoute : « Je ne veux pas vous blàmer de ce qui n'est pas certain. » Ici les protestans louent la prudence de Pierre le Vénérable, et blàment la cré-
1 Pet. Ven., cont. Petrob., tom. XXII, Bib. Maz., p. 1034. — ? Serm. Lxv, Zn Cant., n. 3. — 3 Pet. Ven., tbid., p. 1037.
Réponse des ministres, que l'imputation du manichéisme est calom-
nieuse.
Démonstralion du contraire,
Examen de la doctrine de Pierre de Bruis.
Objection des minis-
le Vénérable.
Doctrine de Pierre de Bruis, selon Pierre le Vénérable.