Bernard aussi cir
conspeet que Pierre le Vénérable.
dulité de saint Bernard , qui avoit trop légèrement déféré à des bruits confus. +
Mais premièrement à ne prendre que ce que l'abbé de Cluni reprend comme certain dans cet hérétique, il y en a plus qu'il ne faut pour le condamner. Calvin a compté parmi les blasphèmes la doctrine qui nie le baptéme des petits enfans '. Le nier avec Pierre de Bruis et son disciple Henri, c'étoit refuser le salut à l’âge le plus innocent qui soit parmi les hommes : c'étoit dire que depuis tant de siècles, où l'on ne baptise presque plus que des enfans, il n'y a plus de baptème dans le monde, il n’y a plus de sacremens, il n'y a plus d'Eglise, ni de chrétiens. C'est ce qui donnoit de l'horreur à Pierre le Vénérable. Les autres erreurs de Pierre de Bruis, que ce vénérable auteur (d) a réfutées, ne sont pas moins insupportables. Ecoutons ce que lui reproche sur l'Eucharistie le saint abbé de Cluni, qui vient de nous déclarer qu'il ne veut rien objecter que de certain. « Il nie, dit-il, que le corps et le sang de Jésus-Christ puissent être faits par la vertu de la divine parole et le ministère du prêtre, et il assure que tout ce qu'on fait à l'autel est inutile ?. » Ce n'est pas nier seulement la vérité du corps et du sang, mais, comme les manichéens, rejeter absolument l'Eucharistie. C'est pourquoi le saint abbé ajoute un peu après : «Si votre hérésie se renfermoit dans les bornes de celle de Bérenger, qui en niant la vérité du corps n'en nioit pas le sacrement ou l'apparence et la figure, je vous renvoyerois aux docteurs qui l'ont réfuté. Mais, poursuit-il un peu aprés, vous ajoutez erreur à erreur, hérésie à hérésie ; et vous ne niez pas seulement la vérité de la chair et du sang de Jésus-Christ, mais leur sacrement, leur figure et leur apparence; et ainsi vous laissez le peuple de Dieu sans sacrifice. »
Pour les erreurs dont ce saint abbé ne parle pas et celles dont il doute, il est aisé de comprendre que c'est qu'elles n'étoient pas encore assez avérées, et qu'on n'avoit pas pénétré d'abord tous les secrets d'une secte qui avoit tant de replis et tant de détours. On les découvroit peu à peu ; et Pierre le Vénérable nous apprend lui-même que Henri, disciple de Bruis, avoit beaucoup ajouté
1 Opusc. cont. Servet. — ? Ibid., 1057.
(a) 1re édit. : Les autres erreurs, que ce vénérable auteur...