LIVRE XI, N. LXXIV, LXXV
coupés » par-dessus, attendre l'aumóne et ne vivre que de ce qu'on leur donnoit. On n’y blàmoit d'abord que l'ostentation ; et $ans encore les ranger avec les hérétiques, on leur reprochoit seulement qu'ils en imitoient l'orgueil *. Mais écoutons la suite de leur histoire ? : « Aprés avoir vécu quelque temps dans cette pauvreté prétendue apostolique , ils s'avisérent que les apôtres n'étoient pas seulement pauvres, mais encore prédicateurs » de l'Evangile. Ils se mirent donc à précher à leur exemple; afin d'imiter en tout la vie apostolique. Mais les apótres étoient envoyés ; et ceux-ci, que leur ignorance rendoit incapables de cette mission, furent exclus par les prélats, et enfin par le Saint-Siége, d'un ministère qu'ils avoient usurpé sans leur permission. Ils ne laissérent pas de continuer secrétement, et murmuroient contre le clergé qui les empéchoit de précher, à ce qu'ils disoient, par jalousie et à cause que leur doctrine et leur sainte vie confondoient ses mœurs corrompues ?.
Quelques protestans ont voulu dire que Valdo étoit un homme de savoir: mais Renier dit seulement qu'il « avoit quelque peu de littérature : aliquantulum litteratus *. » D'autres protestans, au contraire, tirent avantage du grand succès qu'il a eu dans son ignorance. Mais on ne sait que trop les adresses qui se peuvent $ouvent trouver dans les esprits les plus ignorans pour attirer leurs semblables, et Valdo n'a séduit que de telles gens.
Cette secte en peu de temps fit du progrès. Bernard, abbé de Fontcald, qui en a vu les commencemens, en marque l'élévation sous le pape Lucius III *. Le pontificat de ce Pape commence en 4184, c'est-à-dire vingt ans aprés que Valdo eut paru dans Lyon. Il lui fallut hien vingt ans à s'étendre, et à faire un corps de secte qui méritàt d’être regardé. Alors done Lucius III les condamna ; ét comme son pontificat n'a duré que quatre ans, il faut que cette première condamnation des vaudois soit arrivée entre l'année 1181 où ce Pape fut élevé à la chaire de saint Pierre, et l'année 1185 où il mourut.
: Conrad , abbé d'Ursperg , qui a vu de près les vaudois, comme
: ^ Antih., cap. xx; ibid., 1170.— ? Pylied., tbid.— 3 Ibid.; Ren., ibid.— * Ren.,
cap. vi.— 5 Bern., abb. Font., adv. Vaid, sect., tom. IV, Bibl. PP., Pref.,p. 1195. TOM. XIV. 32
Si Valdo
étoil un homme de savoir.
LXXY.
Les vaudois con-
damnés par Lucius LT,
lis vien-
ment à NOUS dirons, a écrit que le pape Lucius « les mit au nombre des » 1s «. hérétiques, à cause de quelques dogmes et obseryances superstide tieuses !. » Jusqu'ici ces dogmes ne sont pas encore expliqués : ele. mais on m'avouera que si les vaudois eussent nié des dogmes aussi remarquables que celui de la présence réelle, matière rendue si célèbre par la condamnation de Bérenger, on ne se seroit pas contenté de dire'en gros qu'ils avoient « quelques dogmes superstitieux. » i ixxvi. — Environ dans le méme temps, en l'an 4194, une ordonnance em d'Alphonse ou Ildefonse, roi d'Arragon, range les vaudois ou inww» Sabbatés, autrement les pauvres de Lyon, parmi les hérétiques pont rv. anathématisés par l'Eglise; et c'est une suite manifeste de la sen- 7^" tence prononcée par Lucius III?. Après la mort de ce Pape, comme malgré son décret ces hérétiques s'étendoient beaucoup, et que Bernard, archevéque de Narbonne, qui les condamna de nouveau aprés un grand examen, ne put arréter le cours de cette secte, plusieurs personnes pieuses, ecclésiastiques et autres, procurèrent une conférence pour les ramener à l'amiable?. « On choisit de part et d'autre pour arbitre » de la conférence un saint prétre nommé « Raimond de Daventrie, homme illustre par sa naissance, mais encore plus illustre par sa sainte vie. » L'assemblée fut fort solennelle, « et la dispute fut longue.» On produisit de part et d'autre les passages de l'Ecriture dont on prétendoit s'appuyer. Les vaudois furent condamnés, et déclarés hérétiques sur tous les chefs de l'accusation.
wxvm. — On voit par là que les vaudois, quoique condamnés, n’avoient wwe pas encore rompu toutes mesures avec l'Eglise romaine, puisqu'ils o de. convinrent d'un arbitre catholique et prêtre. L'abbé de Fontcald , opt qui fut présent à la conférence, a rédigé par écrit avec beaucoup post «nt de netteté et de jugement les points débattus, et les passages qu’on 7"* employa de part et d'autre : de sorte qu'il n'y a rien de meilleur pour connoître tout l'état de la question, telle qu'elle étoit alors et au commencement de la secte.
1 Chron., ad. an. 1212. — ? Apud Em., II part., direc. Inq., q. xiv, p. 287; et apud Maria, Pref. in Luc.; Tud., tom. IV, Bibl., PP., Me part., p. 582. — 3 Bern. de Font. Cal. advers. Vald. sect., in Præf., tom. 1V, Bibl. PP., MI part, p. 4195,