LIVRE XI, N. LXXIX-LXXXI
La dispute roule principalement sur l'obéissance qui étoit due xxx. aux pasteurs. On voit que les vaudois la leur refusoient, et que pre malgré toutes les défenses ils se croyoient en droit de précher, cup hommes et femmes. Comme cette désobéissance ne pouvoit être fondée que sur l'indignité des pasteurs, les catholiques en prouvant l'obéissance qui leur est due, prouvent qu’elle est due même à ceux qui sont mauvais, et que quel que soit le canal , la grace ne laisse pas de se répandre sur les fidèles. Pour la même raison on fait voir que les médisances contre les pasteurs, d’où on prenoit le prétexte de la désobéissance, sont défendues par la loi de Dieu?. Dans la suite on attaque la liberté que se donnoient les laiques de précher sans la permission des pasteurs , et méme malgré leurs défenses; et on fait voir que ces prédications séditieuses tendent à la subversion des foibles et des ignorans?. Surtout on prouve par l'Ecriture que les femmes, qui n'ont que le silence en partage, ne doivent pas se mêler d'enseigner^. Enfin on montre aux vaudois le tort qu'ils ont de rejeter la prière pour les morts, qui avoit tant de fondement dans l'Ecriture et une suite si évidente de la tradition : et comme ces héretiques s'absentoient des églises pour prier entre eux en particulier dans leurs maisons, on leur fait voir qu'ils ne devoient pas abandonner la maison d'oraison, dont toute l'Ecriture et le Fils de Dieu lui-même avoit tant recommandé la sainteté *.
Sans examiner ici qui a raison ou tort dans cette querelle, on xx.
On n'y
voit quel en étoit le fondement et quels furent les points contestés; pure point
et il est plus clair que le jour que dans ces commencemens, loin chaistie. qu'il s'agit ou de la présence réelle et de la transsubstantiation, ou des saeremens, on ne parloit pas encore de la prière des Saints, de leurs reliques, ou de leurs images.
Ce fut à peu près dans ce méme temps qu'Alanus écrivit le livre: ir
Alanus,
dont il a été parlé : où aprés avoir soigneusement distingué les wi titre
dénombre-
vaudois des autres hérétiques de son temps, il entreprend de ment des
erreurs
prouver, contre leur doctrine, « qu'on ne doit point précher sans vandoises,
1 Bern. de Font. Cal. advers. Vald. sect., cap. 11, tom. LV, cap. I, I, Bibl. PP., Il part., p. 1495. — ? Jbid., cap. ur. — ? Ibid., cap. 1V et seq. — — 5 Jbid., cap. vit. — 5 Ibid,, cap. vu. — * Ibid., 1x.
n'objecte
rien sur l'Eucharislie.
Ni Pierre de Vaucernay.
mission ; qu'il faut obéir aux prélats, et non-seulement aux bons, mais encore aux mauvais; que leur mauvaise vie ne leur fait pas perdre leur puissance; que c'est à l'ordre sacré qu'il faut attribuer le pouvoir de consacrer et celui de lier et de délier, et non pas au mérite de la personne; qu'il se faut confesser aux prétres, et non aux laiques; qu'il est permis de jurer en certains cas, et de punir de mort les malfaiteurs'.» C'est à peu près ce qu'il oppose aux erreurs des vaudois. S'ils avoient erré sur l'Eucharistie, Alanus ne l'auroit pas oublié; car il sait bien le reprocher aux albigeois, contre lesquels il entreprend de prouver et la {présence réelle et la transsubstantiation?; et après avoir repris dans les vaudois tant de choses moins importantes, il n'en auroit pas omis une si essentielle.
Un peu aprés Alanus et environ l'an 1209, Pierre de Vaucernay, homme assez simple et assurément très-sincère, distingue les vaudois des albigeois par leurs propres caractéres, en disant « que les vaudois étoient méchans, mais bien moins que ces autres hérétiques ?, »qui admettoient les deux principes et toutes les suites de cette damnable doctrine. « Pour ne point parler, poursuit cet auteur, de leurs autres infidélités, leur erreur consistoit$principalement en quatre chefs : en ce qu'ils portoient des sandales à la manière des apôtres; en ce qu'ils disoient qu'il n'étoit permis de jurer pour quelque cause que ce fût; et qu'il n'étoit non plus permis de faire mourir les hommes ( méme pour crime); enfin en ce qu'ils disoient que chacun d'eux (quoiqu'ils fussent de purs laiques), pourvu qu'il eüt des sandales (c'est-à-dire, comme on a vu, la marque de la pauvreté apostolique), pouvoit consacrer le corps de Jésus-Christ.» Voilà en effet les caractères particuliers qui désignent le vrai esprit des vaudois : l'affectation de la pauvreté dans les sandales qui en étoient la marque; la simplicité et la douceur apparente, en rejetant tout serment et tout supplice ; et ce qu'il y avoit de plus propre à cette secte, la croyance que les laiques, pourvu qu'ils eussent embrassé leur prétendue pauvreté apostolique, et qu'ils en portassent la marque, c'est-à-dire pourvu
1 Alan., lib. Il, p. 115 et seq.— ? Lib. I, p. 128 et seq. — 3 Pet. de Vall, Cern., Hist. Albig., cap. 11; Duch., Hist. Franc., tom. V, p. 557.