‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 276 sur 387 · LIVRE XI, N. LXXXIII, LXXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. LXXXIII, LXXXIV

qu'ils fussent de leur secte, pouvoient faire les sacremens, et méme «le corps de Jésus-Christ. » Le reste, comme leur doctrine sur les priéres pour les morts, alloit avec les autres infidélités de ces hérétiques, que cet auteur ne veut pas marquer en particulier. Mais s'ils s'étoient élevés contre la présence réelle, après le bruit que cette matière avoit fait dans l'Eglise, non-seulement ce religieux ne l'auroit pas oublié, mais encore il se seroit bien gardé de dire « qu'ils faisoient le corps de Jésus-Christ, » ne les faisant en ce point différer d'avec les catholiques, sinon en ce qu'ils attribuoient aux laiques le pouvoir que les catholiques ne reconnoissent que dans les prétres.

Il paroit done clairement que les vaudois en 1209, lorsque Pierre de Vaucernay écrivoit, n'avoient pas seulement songé à nier la présence réelle; et il leur restoit alors tant de soumission ou véritable ou apparente envers l'Eglise romaine, qu'encore en 1912 ils vinrent à Rome pour y obtenir « du Saint-Siége l'approbation de leur secte. » Ce fut alors que Conrad, abbé d'Ursperg, les y vit, comme il le raconte lui-méme !, avec leur maitre Bernard. On les reconnoit aux caractères que leur donne ce chroniqueur : c’étoit « les pauvres de Lyon, ceux que Lucius III avoit mis au nombre des hérétiques, » qui se rendoient remarquables par l'affeetation « de la pauvreté apostolique , avec leurs souliers coupés par-dessus; » qui « dans leurs secrétes prédications et dans leurs assemblées cachées ravilissoient l'Eglise et le sacerdoce. » Le Pape trouvoit étrange l’affectation qu'ils faisoient paroitre «dans ces souliers coupés par-dessus et dans leurs capes semblables à celles des religieux, quoiqu'ils eussent contre la coutume une longue chevelure comme les laiques. » En effet, ordinairement ces affectations bizarres couvrent quelque chose de mauvais : mais surtout on fut offensé de la liberté que se donnoient ces nouveaux apôtres, d'aller péle-méle, hommes et femmes, à l'exemple, à ce qu'ils disoient, des femmes pieuses qui suivoienf Jésus-Christ et les apótres pour les servir : mais les temps, les personnes et les circonstances étoient bien différentes.

Ce fut, dit l'abbé d'Ursperg, pour donner à l'Eglise de vrais

1 Conr. Ursper., ad an. 1212.

Les vaudois viennent demander l'approbation d'Innocent HI,

On com-

wwe à pauvres, plus dépouillés et plus soumis que ces faux pauvres de port Lyon, que le Pape approuva dans la suite l'institut des frères mi- "ies neurs rassemblés sous la conduite de saint Francois, vrai modéle DCS Vhumilité et la merveille de ce siècle; et ces pauvres remplis de haine contre l'Eglise et ses ministres, malgré leur humilité trompeuse, furent rejetés par le Saint-Siége : de sorte qu'on les traita dans la suite comme des hérétiques opiniâtres et incorrigibles. Mais enfin ils firent semblant d’être soumis jusqu'à l'an 4212, qui étoit le quinzième d'Innocent III et cinquante ans aprés leur naissance.

ixxw. Delà on peut juger de la patience de l'Eglise envers ces héréae regie tiques, puisqu'on voit cinquante ans durant qu'on n'exerce contre ues" eux aucune rigueur, mais qu'on tàche de les ramener par des conférences. Outre celle que Bernard, abbé de Fontcald, nous a rapportée, nous en avons encore une dans Pierre de Vaucernay, environ l'an 1906, où les vaudois furent confondus !: et enfin en 1219 ils viennent encore à Rome, où l'on se contente seulement de rejeter leur tromperie. Trois ans après Innocent HII tint le grand concile de Latran, où en condamnant les hérétiques , il note en particulier « ceux qui, sous prétexte de piété, s'attribuent l'autorité de précher sans être envoyés? : » par oü il semble avoir voulu noter principalement les vaudois, et les faire remarquer par

l'origine de leur schisme.

wxxv, On voit maintenant avec évidence les commencemens de la as secte, C'étoit une espèce de donatisme, mais différent de celui que nme les anciens ont combattu dans l'Afrique, en ce que ces donatistes ' d'Afrique en faisant dépendre l'effet des sacremens de la vertu des ministres, réservoient du moins aux saints prétres et aux saints évêques le pouvoir de les conférer, au lieu que ces nouveaux donatistes l'attribuoient, comme on a vu, aux laiques dont la vie étoit pure. Mais ils n'en vinrent à cet excès que par degrés : car d'abord ils ne permettoient aux laiques que la prédieation. Ils reprenoient, non-seulement les mauvaises mœurs que l'Eglise condamnoit aussi, mais encore beaucoup d'autres choses qu'elle approuvoit, comme les cérémonies, sans néanmoins toucher aux

1 Pet, de Vall., tom. VI, p. 56. — ? Conc. Lat., IV, can. 3, de Heret.

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