LIVRE XI, N. LXXXVII-LXXXIX
sacremens : car Pylicdorf, qui a très-bien remarqué et l’ancien esprit et tout le progrès de la secte, remarque qu'ils détruisoient toutes les choses dont on se servoit dans l'Eglise pour édifier les fidèles, «à la réserve, dit-il, des sacremens seuls !; » ce qui montre qu'ils les laissèrent en leur entier. Le méme auteur raconte encore.que ce ne fut « qu'aprés un long temps qu'ils commencèrent étant laiques à entendre les confessions, à enjoindre des pénitences et à donner l'absolution. Et depuis peu, continue-t-il, on a remarqué qu'un de ces hérétiques, pur laique, a fait selon sa pensée le corps de Notre-Seigneur, et s’est communié lui-même avec ses complices , encore qu'il en ait été un peu repris par les autres ?, »
Voilà comme l'audace croissoit peu à peu. Les sectateurs de Valdo scandalisés de la vie de beaucoup de prétres, «croyoient, dit encore Pylicdorf, être mieux absous par leurs gens, qui leur paroissoient plus vertueux, que par les ministres de l'Eglise? : » ce qui venoit de l'opinion dans laquelle consistoit principalement l'erreur des vaudois, que le mérite des personnes agissoit dans les sacremens plus que l'ordre et le caractère.
Mais les vaudois poussèrent ce mérite nécessaire aux ministres de l'Eglise jusqu'à n'avoir rien de propre; et c'étoit un de leurs dogmes, que pour consacrer l'Eucharistie , il falloit être pauvre à leur manière : tellement « que les prêtres catholiques n'étoient pas de véritables et légitimes successeurs des disciples de Jésus- Christ, à cause qu'ils possédoient du bien en propre*; » ce qu'ils prétendoient que Jésus-Christ avoit défendu à ses apótres.
Jusqu'ici toute l'erreur que l'on voit sur les sacremens ne regardoit que les personnes qui les pouvoient administrer : le reste étoit en son entier, comme dit expressément Pylicdorf. Ainsi on ne doutoit en aucune sorte, ni de la présence réelle, ni de la transsubstantiation ; et au contraire cet auteur vient de nous dire que e laïque, qui s'étoit mêlé de donner la communion, croyoit «avoir fait le corps de Jésus-Christ. » Enfin de la manière dont nous avons vu commencer cette hérésie, il semble que Valdo ait eu
1 Pet. Pylied., conf. Vald., cap. 1, tom. V , Bib. PP., Ile part., p. 180. — 2 [bid. — ? Ibid. — * V. sup. Pet. de. Vall. Cern., Refut. error., ibid., p. 819. '
L'audace croit peu À peu.
LXXXVIII Doctrine des vaudois sur les biens d'église.
Nulle erreur sur les sacremens.
Mauvaise foi manifeste des historiens protestans, et de Paul Perrin sur les commencemens des vaudois.
Le ministre de la Roque.
d'abord un bon dessein; que la gloire de la pauvreté, dont il se vantoit, ait séduit et lui et ses sectateurs; que dans l'opinion qu'ils avoient de leur sainte vie, ils se soient remplis d'un zéle amer contre le clergé et contre toute-l'Eglise catholique; qu'irrités de la défense qu'on leur fit de précher, ils soient tombés danse schisme, et comme dit Gui le Carme, « du schisme dans l'hérésie 1. »
Par ce fidèle récit et les preuves incontestables dont on le voit soutenu, il est aisé de juger combien les historiens protestans ont abusé de la foi publique, dans le récit qu'ils ont fait de l'origine des vaudois. Paul Perrin, qui en a écrit l'histoire imprimée à Geneve, dit qu'en l'an 4160, lorsque la peine de mort fut apposée à quiconque ne croiroit pas la présence réelle, « Pierre Valdo citoyen de Lyon fut des plus courageux pour s'opposer à telle invention ?. » Maisil n'y a rien de plus faux : l'article de la présence réelle avoit été défini cent ans auparavant contre Bérenger : on n'avoit rien fait de nouveau sur cet article; et loin que Valdo s’y soit opposé, on a vu, cinquante ans durant, et lui et tous ses disciples dans la commune croyance.
M. dela Roque, plus savant que Perrin, n'est pas plus sincère, lorsqu'il dit que « Pierre Valdo ayant trouvé des peuples entiers séparez de la communion de l'Eglise latine, il se joignit à eux avec ceux qui le suivoient, pour ne faire qu'un mesme corps et une mesme société par l'unité d'une mesme doctrine ?.» Mais nous avons vu au contraire : 1? que tous les auteurs du temps (car nous n'en avonsomis aucun) nous ont montré les vaudois et les albigeois comme deux sectes séparées; 2° que tousces auteurs nous font voir ces albigeois comme manichéens; et je défie tous les protestans qui sont au monde de me montrer qu'il y eüt dans toute l'Europe, lorsque Valdo s'éleva, aucune secte séparée de Rome, qui ne füt ou la secte méme, ou quelque branche et subdivision du manichéisme. Ainsi on ne pourroit faire le procés à Valdo d'une maniere plus convaincante, qu'en accordant à ses défenseurs ce qu'ils demandent pour lui, c’est-à-dire qu'il se « soit joint en unité de doctrine » aux albigeois, ou à ces peuples séparés alors de la com-
! Guid. Carm., de Heres. in heres. Vald., init. — ? Hist. des Vaudois, chap. Le — 3 Hist. de P'Euch., 1e part., chap. xvin, p. 454.