LIVRE XI, N. XCII, XCIII
munion romaine. Enfin quand Valdo se seroit uni à des églises innocentes, ses erreurs particulieres n'auroient pas permis qu'on tiràt avantage de cette union, puisque ces erreurs sont détestées, non-seulement par les catholiques, mais encore par les protestans.
Mais continuons l'histoire des vaudois, et voyons si nos protestans y trouveront quelque chose de plus favorable depuis que ces hérétiques ne gardérent plus aucune mesure avec l'Eglise. Le premier acte que nous trouvons contre les vaudois aprés le grand coneile de Latran, est un canon du concile de Tarragone, qui désigne les insabbatés comme gens « qui défendoient de jurer et d'obéir aux puissances ecclésiastiques et séculières, et encore de punir les malfaiteurs , et autres choses semblables !, » sans qu'il paroisse le moindre mot sur la présence réelle, qu'on auroit nonseulement exprimée, mais encore mise à la tête, s'ilsl'avoient niée.
Dans le méme temps et vers l'an 1250, Renier tant de fois cité, qui distingue si soigneusement les vaudois , ou les léonistes et les pauvres de Lyon d’avec les albigeois, en marque aussi toutes les erreurs, et les réduit à ces trois chefs : contre l'Eglise, contre les sacremens et les Saints, et contre les cérémonies ecclésiastiques ?. Mais loin qu'il y ait rien dans tous ces articles contre la transsubstantiation,on y trouve précisément parmi leurs erreurs, que «la transsubstantiation se devoit faire en langue vulgaire; qu'un prêtre ne pouvoit pas consacrer en péché mortel?; » que lorsqu'on communioit dela main d'un prétreindigne, «la transsubstantiation ne se faisoit pas dans la main de celui qui consacroit indignement , mais dans la bouche de celui qui recevoit dignement l' Eucharistie ; qu'on pouvoit consacrer à la table commune , » c'est-à-dire dans les repas ordinaires, et non-seulement dans les églises, conformément à cette parole de Malachie : « On offre une oblation pure à mon nom *, » ce qui montre qu'ils ne nioient pas le sacrifice ni l'oblation de l'Eucharistie ; et que s'ils rejetoient la messe, c'étoit à cause des cérémonies, la faisant uniquement consister dans « les paroles de Jésus-Christ récitées en langue vulgaire *. » Par là on
1 Conc. Tarrac., tom. XI, Conc., part. I, an. 1242, col. 593, — ? Ren., cap. V; tom. IV, Bib. PP., 11 part., p. 749. — $ Ibid., 130. — * Malach., 1, 41. — 5 Ren., cap. V, tom. IV, Bib. PP., Il part., p. 750.
Si les vaudois ont changé dans leurs progrés leur docrime sur l'Eucharistie.
xcult.
Preuve du contraire par Renier
Dénombrement des erreurs vaudoises,
Autre dénombrement, et
nulle menlion d'erreur sur l'Eucharislie.
voit clairement qu'ils admettoient la transsubstantiation, et ne s'étoient éloignés en rien de la doctrine de l'Eglise sur le fond de ce sacrement : mais qu'ils disoient seulement qu'il ne pouvoit étre consacré par de mauvais prétres, et le pouvoit étre par de bons laiques, selon ces maximes fondamentales de leur secte, que Renier ne manque pas de bien remarquer, « que tout bon laïque est prêtre, et que la prière d'un mauvais prêtre ne sert de rien!;» par où aussi ils prétendoient la consécration de ce mauvais prêtre inutile. On voit aussi en d'autres auteurs, selon leurs principes, « qu'un homme sans étre prétre, pouvoit consacrer, et pouvoit administrer le sacrement de pénitence, et que tout laique, et méme les femmes devoient précher ?. »
Nous trouvons encore dans le dénombrement de leurs erreurs , tant chez Renier que chez les autres, « qu'il n'est pas permis aux clercs (c'est-à-dire aux ministres de l'Eglise) d'avoir des biens; qu'il ne falloit point diviser les terres, ni les peuples?, » ce qui vise à l'obligation de mettre tout en commun, età établir eomme nécessaire cette prétendue pauvreté apostolique dont ces hérétiques se glorifioient; « que tout serment est péché mortel; que tous les princes et tous les juges sont damnés *, parce qu'ils condamnenties malfaiteurs contre cette parole : « La vengeance m'appartient, dit le Seigneur ^; » et encore : « Laissez-les croître jusqu'à la moisson‘. » Voilà comme ces hypocrites abusoient de l'Ecriture sainte, et avec leur feinte douceur renversoient tous les fondemens de l'Eglise et des Etats.
On.trouve cent ans aprés dans Pyliedorf une ample réfutation des vaudois article par article, sans qu'il paroisse dans leur doctrine la moindre opposition à la présence réelle ou à la transsubstantiation. Au contraire on voit toujours dans cet auteur, comme dans les autres , que les laiques de cette secte « faisoient le corps de Jésus-Christ ", » quoiqu'avec crainte et avec réserve dans le pays où il écrivoit*; et en un mot il ne remarque dans ces héré-
1 Ren., cap. v, tom. IV, Bib. PP., M wx ,p. 751. — * Frag. Pylicd., ibid., 817; Ren. ., ibid., 151. — ? Ren., ibid., p. 150 ; ibid., err. 820. — * Ibid.,* p. 152; ind. err. ibid., 831, 923. — 5 Rom., XII, 19. — * Matlh., xir, 30. — 7 Pylie., cont.
Vald., tom. IV, Bibl. PP. , I part., p. 778 et seq., an. 1393 ; tbid., cap. xx, p. 89. — 8 [bid., cap. I.