‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 279 sur 387 · LIVRE XI, N. XCVI, XCVII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. XCVI, XCVII

tiques aueune erreur sur ce sacrement, si ce n'est que les mauvais prétres ne le faisoient pas, « non plus que les autres sacremens !. »

Enfin dans tout le dénombrement que nous avons de leurs erreurs, ou dans la Bibliothèque des Pères, ou dans l'inquisiteur Emerie ?, on ne trouve rien contre la présence réelle, encore qu'on y remarque jusqu'aux moindres différences de ces hérétiques d'avec nous, et jusqu'aux moindres articles sur lesquels illes faut interroger : au contraire l'inquisiteur Emeric rapporte ainsi leur erreur sur l'Eucharistie: « Ils veulent que le pain ne soit point transsubstantié au corps de Jésus-Christ, si le prêtre est un pécheur. » Ce qui démontre deux choses : l'une, qu'ils croyoient la transsubstantiation ; l'autre, qu'ils croyoient que les sacremens dépendoient de la sainteté des ministres.

On trouve dans le même dénombrement toutes les erreurs des vaudois que nous avons remarquées. Les erreurs des nouveaux manichéens, qu'on a fait voir étre les mémes que les albigeois , sont aussi rapportées à part dans le méme livre?. On voit par là que ce sont deux sectes entièrement distinguées ; et parmi les erreurs des vaudois, il n’y a rien qui ressente le manichéisme, dont l'autre dénombrement est tout rempli. |

Mais pour revenir à la transsubstantiation, d’où pourroit venir que les catholiques eussent épargné les vaudois sur une matière aussi essentielle, eux qui relevoient avec tant de soin jusqu'aux moindres de leurs erreurs ? Est-ce peut-étre que ces matières, et surtout celle de l'Eucharistie, n'étoient pas assez importantes, ou n'étoient pas assez connues aprés la condamnation de Bérenger partant de conciles ? Est-ce qu'on vouloit cacher au peuple que ce mystère étoit attaqué? Mais on ne craignoit point de rapporter les blasphémes bien plus étranges des albigeois, et méme contre ce mystère. On ne taisoit pas au peuple ce que les vaudois disoient de plus atroce contre l'Eglise romaine, comme qu'elle étoit «l'impudique marquée. dans l' Apocalypse , son pape le chef des errans,

1 Pylicd., cont. Vald., tom. IV, Bibl. PP., M part., p. 118 et seq., an. 1395; ibid., cap. xvr, 48. — ? Bibl. PP. tom IV, I! part., p. 820, 832, 836 ; Director.; part. 1I, q. xiv, p. 219. — ? Ibid., q. xur, p. 213.

Autre dénombrement.

Démonstration que les vaudois n'avoient aucune erreur sur la transsubstanliation.

XCVHI.

Suile de la méme démonstralion. Témoignage de Claude Séyssel en

1517. Défaite grossière d'Auberlin.

ses prélats et ses religieux des scribes et des pharisiens t, » On avoit pitié de leurs excès, mais on ne les cachoit pas; et s'ils avoient rejeté la foi del'Eglise sur l'Eucharistie, on leur en auroit fait le reproche.

Encore au siècle passé, en 1517, Claude Séyssel, célèbre par son savoir et par ses emplois sous Louis XII et François I‘, et élevé pour son mérite à l'archevéché de Turin, dans la recherche qu'il fit de ces hérétiques cachés dans les vallées de son diocèse, afin de les réunir à son troupeau, raconte dans un grand détail toutes leurs erreurs ?, comme un fidéle pasteur qui vouloit connoitre à fond. le mal de ses brebis pour le guérir; et nous en lisons dans son écrittout ce que les autres auteurs nous en racontent, ni plus ni moins. Il remarque principalement avec eux comme la source de leur égarement, « qu'ils faisoient dépendre l'autorité du ministère ecclésiastique du mérite des personnes ?;» d’où ils concluoient « qu'il ne falloit point obéir aù Pape, ni aux prélats, à cause qu'étant mauvais, et n'imitant pas la vie des apôtres, ils n'ont de Dieu: aucune autorité, ni pour consacrer ni pour absoudre; que pour eux, ils avoient seuls ce pouvoir, parce qu'ils observoient la loi de Jésus-Christ; que l'Eglise n'étoit que parmi eux , et que le Siége romain étoit cette prostituée de l'Apocalypse et la source de toutes les erreurs. » Voilà ce que ce grand archevéque dit des vaudois de son diocese. Le ministre Aubertin s'étonne de ce que dans un si exact dénombrement qu'il nous fait de leurs erreurs, on ne trouve point qu'ils rejetassent ni la présence réelle ni la transsubstantiation *; et ce ministre n'y trouve point d'autre réponse, si ce n'est. que ce prélat, qui les avoit si vivement réfutés dans les autres points, s'étoit ici senti trop foible pour leur résister ? : comme si un si savant homme etsi éloquent n'avoit pas pu du moins copier ce que tant de doctes catholiques avoient écrit sur cette matière. Au lieu donc d'une si vaine défaite, Aubertin devoit reconnoitre que si un homme si exact et si éclairé ne reprochoit point cette. erreur aux vaudois, c'est qu'en effet il ne l'avoit pas reconnue

1 Ren., cap. IV, tbid., 750; Emeric., ibid.— ? Adv. error. Vald., part., an, 1520, f, 1 et seq. — ? Ibid., f. 10, 11. — * Lib. IlI, de Sacram. Euch., p. 986, col. 24 — 5 Ibid., 981.

LIVRE XI, N. XCIX, C. 509 parmi eux : en quoi il n'y a rien de particulier à Séyssel, puisque tous les autres auteurs ne les en ont non plus accusés que cet archevéque.

Aubertin triomphe pourtant d'un passage du méme Séyssel, où il dit « qu'il n'a pas trouvé à propos de rapporter que quelques-uns de cette secte, pour se montrer plus savans que les autres, babilloient, ou railloient plutót qu'ils ne discouroient sur la substance et la vérité du sacrement de l'Eucharistie, parce que ce qu'ils en disoient comme un secret étoit si haut, que les plus habiles théologiens peuvent à peine le comprendre‘. » Mais loin que ces paroles de Séyssel fassent voir que la présence réelle füt niée par les vaudois, j'en conclurois au contraire qu'il y en avoit parmi eux qui prétendoient raffiner en l'expliquant; et quand on voudroit penser, gratuitement toutefois et sans aucune raison, puisque Séyssel n'en dit mot, que ces hauteurs de l'Eucharistie où les vaudois se jetolent regardoient l'absence réelle, c'est-à-dire la chose du monde la moins haute et la plus conforme au sens de la chair : aprés tout il paroit toujours que Séyssel nous raconte ici, non la croyance de tous, mais le babil et le vain discours de quelques-uns : de sorte que de tous côtés il n'y a rien de plus certain que ce que j'ai avancé, qu'on n'a jamais reproché aux vaudois d'avoir rejeté la transsubstantiation, au contraire qu'on a toujours supposé qu'ils la eroyoient.

En effet le méme Séyssel, en faisant dire à un vaudois toutes ses raisons, lui met ce discours à la bouche contre un mauvais évéque et un mauvais prétre : « Comment l'évéque et le prétre qui est ennemi de Dieu pourra-t-il rendre Dieu propice envers les autres ? Celui qui est banni du royaume des cieux, comment pourra-t-il en avoir les clefs ? Enfin puisque sa prière et ses autres actions n'ont aucune utilité, comment Jésus-Christ à sa parole se transformera-t-il sous les éspéces du pain et du vin, et se laissera-t-il manier par celui qu'il a entièrement rejeté ??» On voit done toujours que l'erreur consiste dans le donatisme, et qu'il ne tient qu'à la bonne vie du prétre que le pain et le vin ne soient changés au corps et au sang de Jésus-Christ.

1 Adv. error. Vald;, part., an. 1520, fol. 55, 56. — ? Ibid., fol. 13.

Vaine objection d'Auberlin

Autre preuve par Séyssel , que les vaudois croyoier( la transsubstantia-

tion.

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