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Suite du méme inlerrogaloire.
Et ce qui ne laisse aucun doute dans cette matière, c'est ce qu'on voit encore aujourd'hui parmi les manuscrits de M .de Thou, présentement ramassés dans la riche bibliothéque de M. le marquis de Seignelay (a) : on y voit, dis-je, les enquétes en original faites juridiquement contre les vaudois de Pragelas et des autres vallées en 4495, recueillies en deux grands volumes, où se trouve l'interrogatoire d'un nommé Thomas Quoti de Pragelas, lequel interrogé si les barbes leur apprenoient à eroire au saerement de l'autel, répond « que les barbes préchent et enseignent que lorsqu'un chapelain qui est dans les ordres profère les paroles de la consécration sur l'autel, il consacre le corps de Jésus-Christ, et qu'il se fait un vray changement du pain au vray corps; et dit en outre que la prière faite à la maison ou dans le chemin est, aussi bonne que dans l'Eglise. » Conformément à cette doctrine le méme Quoti répond par deux fois, « qu'il recevoit tous les ans à Pasque le corps de Jésus-Christ; et que les barbes leur enseignoient que pour le recevoir il falloit estre bien confessé, et plütost par les barbes que par les chapelains. » C'est ainsi qu'ils appeloient les prétres.
La raison de la préférence est tirée des principes des vaudois si souvent répétés; et c'est en conformité de ces principes que le méme homme répond « que messieurs les ecclésiastiques menoient une vie trop large, et que les barbes menoient une vie sainte et juste. » Et dans une autre réponse, « que les barbes menoient la vie de saint Pierre, et avoient puissance d'absoudre des péchez , et qu'il le croyoit ainsi; et que si le Pape ne menoit une sainte vie, il n'avoit pas pouvoir d'absoudre. » C'est pourquoi le méme Quoti dit encore en un autre endroit, « qu'il avoit ajoüté foy sans aucun doute aux discours des barbes plütost qu'à ceux des chapelains ; parce qu'en ce temps nul ecclésiastique, nul cardinal, nul évesque ou prestre ne menoit la vie des apostres : c'est pourquoy il valoit mieux croire aux barbes qui estoient bons, qu'à un ecclésiastique qui ne l'estoit pas. »
1 Deux volumes cotés 1769, 1710.
(a) A la Bibliothèque impériale depuis 1732, par cession du comte de Seignelay , petit-fils de Colbert.