‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 286 sur 387 · LIVRE XI, N. CXVII, CXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. CXVII, CXVIII

Tel étoit l'état de cette secte jusqu'au temps de la nouvelle Réforme. Quoiqu'elle fit tant de bruit depuis l'an 1517, les vaudois , que nous avons vus jusqu'à cette année dans tous les sentimens de leurs ancétres, ne s'en ébranlérent pas. Enfin en 1530 , aprés beaucoup de souffrances, ou ils furent sollicités, ou ils s'avisérent d'eux-mémes de se faire des protecteurs de ceux qu'ils entendoient depuis si longtemps crier comme eux contre le Pape. Ceux qui s'étoient retirés depuis environ deux cents ans, comme le remarque Séyssel ‘, dans les montagnes de Savoie et de Dauphiné , consultèrent Bucer et les Suisses leurs voisins. Avec beaucoup de louanges quls en recurent, Gilles un de leurs historiens nous apprend qu'ils recurent aussi des avis sur trois défauts qu'on remarquoit parmi eux ?. Le premier regardoit la décision de certains points de doctrine; le second, l'établissement de l'ordre de la discipline et des assemblées ecclésiastiques pour les faire plus à découvert; le troisième les invitoit à ne plus permettre à ceux qui désiroient d'étre tenus pour membres de leurs églises « d'assister aux messes, ou d'adhérer en aucune sorte aux superstitions papales, ni de reconnoistre les prétres de l'Eglise romaine pour pasteurs, et se servir de leur ministére. »

Il n'en faut pas davantage pour confirmer toutes les choses que nous avons dites sur l'état de ces malheureuses églises, qui cachoient leur foi et leur culte sous une profession contraire. Sur ces avis de Bucer et d'OEcolampade, le méme Gilles raconte qu'on proposa de nouveaux articles parmi les vaudois. Il avoue qu'il ne les rapporte pas tous, mais en voici cing ou six de ceux qu'il rapporte, qui feront bien voir l'ancien esprit de la secte. Car afin de réformer les vaudois à la mode des protestans , il fallut leur faire dire «que le chrétien peut jurer licitement ; que la confession auriculaire n'est pas commandée de Dieu ; que le chrétien peut licitement exercer l'office de magistrat sur les autres chrétiens; qu'il n'y a point de temps déterminé pour jeusner ; que le ministre peut posséder quelque chose en particulier pour nourrir sa famille, sans préjudice à la communion apostolique ; que Jésus-Christ n'a ordonné que deux sacremens , le baptéme et la sainte Eucharis-

1 Séyss., fol. 2. — ? Hist, eccl. des Egl. réf., de Pierre Gilles, chap. v.

Les vau-

dois chan-

gent de doctrine depuis Luther et Calvin.

Cxvnt.

Nouveaux dogmes proposés aux vaudois par es protesans.

Conférence des

vaudois avec OEcolampade.

tie!. » On voit par là une partie de ce qu'il falloit réformer dans les vaudois, pour en faire des zuingliens ou des calvinistes, et entre autres qu'une des corrections étoit de ne mettre que deux sacremens. Il fallut bien aussi leur dire deux mots de la prédestination , dont assurément ils n'avoient guère entendu parler; et on les instruisit de ce nouveau dogme, qui étoit alors comme l'ame de la Réforme, «que quiconque reconnoist le franc-arbitre, nie la prédestination.» On voit par ces mêmes articles, que dans la suite des temps les vaudois étoient tombés dans de nouvelles erreurs, puisqu'il fallut leur apprendre « qu'on doit au jour de dimanche cesser des ceuvres terriennes, pour vaquer au service de Dieu ; » etencore, «qu'il n'est point licite au chrétien de se venger de son ennemi ?. » Ces deux articles font voir la brutalité et la barbarie oü ces églises vaudoises, qu'on veut étre comme la ressource du christianisme renversé, étoient tombées lorsque les protestans les réformèrent : et cela confirme ce qu'en dit Séyssel *, que c’étoit « une race d'hommes lasche et bestiale, qui à peine scavent distinguer par raison s'ils sont des bestes ou des hommes , mourans ou vivans. » Tels étoient à peu prés, au rapport de Gilles, les articles de réformation qu'on proposoit aux vaudois pour les rapprocher des protestans. Si Gilles n'en a pas dit davantage, c'est ou qu'il a craint de faire paroitre trop d'opposition entre les vaudois et les calvinistes, dont on tàchoit de faire un méme corps, ou que c'est là tout ce qu'on put alors tirer des vaudois. Quoi qu'il en soit, il avoue qu'on ne put convenir de cet accord‘, «à cause que quelques barbes estimpient qu'en établissant toutes ces conclusions, on déshonoroit la mémoire de ceux qui avoient tant heureusement conduit ces églises jusqu'alors. » Ainsi on voit clairement que le dessein des protestans n'étoit pas de suivre les vaudois, mais de les faire changer et de les réformer à leur mode.

Durant cette négociation avec les ministres de Strasbourg et de Bâle, deux députés des vaudois eurent une longue conférence avec OEcolampade, qu'Abraham Seultet, historien protestant, rapporte

! Hist. eccl. des Egl. Réf., de Pierre Gilles, chap. v. — ? Ibid. — 5 Séyss., fol. 38. — * Gill., ibid., cap. v.

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