LIVRE XI, N. CXIX
toute entière dans ses Annales évangéliques , et déclare qu'il l'a transcrite de mot à mot *.
Un des députés commence la conversation en avouant que les ministres, du nombre desquels il étoit, «souverainement ignorans, estoient incapables d'enseigner les peuples : qu'ils vivoient d'aumosnes et de leur travail, pauvres pastres ou laboureurs, ce qui estoit cause de leur profonde ignorance et de leur incapacité : qu'ils n'estoient point mariez, et qu'ils ne vivoient pas toujours fort chastement; mais que lors qu'ils avoient manqué, on les chassoit de la compagnie : que ce n'estoit pas les ministres, mais les prestres de l'Eglise romaine qui administroient les sacremens aux vaudois; mais que leurs ministres leur faisoient demander pardon à Dieu de ce qu'ils recevoient les sacremens par ces prestres, à cause qu'ils y estoient contraints, et au reste les avertissoient de n'adhérer pas aux cérémonies de l'Antechrist : qu'ils pratiquoient la confession auriculaire , et que jusqu'alors ils avoient toujours reconnu sept sacremens , en quoy ils entendoient dire qu'ils s'estoient beaucoup trompez. » Ils racontent dans la suite comme ils rejetoient la messe, le purgatoire et l'invocation des saints; ef pour s'éclaircir de leurs doutes , ils font les demandes suivantes : « S'il estoit permis aux magistrats de punir de mort les criminels, à cause que Dieu disoit: Je ne veux point la mort du pécheur. » Mais ils demandoient en méme temps « s'il ne leur estoit pas permis de tuér les faux fréres qui les dénoncoient aux catholiques, à cause que n'ayant point de jurisdiction parmi eux, il ne leur restoit que cette voye pour les réprimer: si les loix humaines et civiles par lesquelles le monde se gouvernoit estolent bonnes, veü que l'Eeriture a dit que les loix des hommes sont vaines : si les ecclésiastiques pouvoient recevoir des donations et avoir quelque chose en propre : s'il estoit permis de jurer; si la distinction qu'ils faisoient du péché originel, véniel et mortel estoit recevable : si tous les enfans, de quelque nation qu'ils soient, sont sauvez par les mérites de Jésus-Christ, et si les adultes n'ayant pas la foy peuvent l'estre en quelque religion que ce soit : quels sont les préceptes judiciaires et cérémoniaux de la loy de Moise : s'ils ont esté
1 Ann. Eccl., decad. 2, ann. 1530, a pag. 294, ad 306, Heidelb.
abolis par Jésus-Christ, et quels sont les livres canoniques. » Après toutes ces demandes qui confirment si clairement tout ce que nous avons dit du dogme vaudois, et de l'ignorance brutale où étoient enfin tombés ces hérétiques, leur député parle en ces termes : « Rien ne nous a tant troublez, foibles et imbéciles que nous sommes, que ce que j'ai leù dans Luther sur le libre-arbitre et la prédestination ; car nous croyions que tous les hommes avoient naturellement quelque force ou quelque vertu, laquelle pouvoit quelque chose estant excitée de Dieu, conformément à cette parole : « Je suis à la porte, et je frappe; » et que celuy qui n'ouvroit pas recevoit selon ses œuvres : mais si la chose n’est pas ainsi, je ne voy plus, comme dit Erasme, à quoy servent les préceptes. Pour la prédestination , nous croyons que Dieu avoit préveü de toute éternité ceux qui devoient estre sauvez ou réprouvez ; qu'il avoit fait tous les hommes pour estre sauvez, et que les réprouvez devenoient tels par leur faute. Mais si tout arrive par nécessité, comme dit Luther, et que les prédestinez ne puissent pas devenir réprouvez, et au contraire, pourquoy tant de prédications et tant d'écritures , puisqu'il n'en sera ni pis ni mieux, et que tout arrive par nécessité? » Quelque ignorance qui paroisse dans tout ce discours, on voit que ces malheureux avec leur esprit grossier disoient mieux que ceux qu'ils choisissoient pour réformateurs ; et voilà, si Dieu le permet, ceux qu'on nous donne pour les restes et pour la ressource du christianisme.
On ne trouve rien ici de particulier sur l'Eucharistie ; ce qui fait croire que la conférence n'est pas rapportée en son entier; et il n'est pas malaisé d'en deviner la raison. C’est en un mot que sur ce point les vaudois , comme on a pu voir, étoient plus papistes que ne vouloient les zuingliens et les luthériens. Au reste ce député ne parle à OEcolampade d'aucune confession de foi dont on usât parmi eux : nous avons aussi déjà vu que Bèze n'en rapporte aucune que celle queles vaudois firent en 1541, si longtemps après Luther et Calvin. Ce qui fait voir manifestement que les confessions de foi qu'on nous produit comme étant des anciens vaudois,
ne peuvent étre que trés-modernes, ainsi que nous le dirons bientôt, -