‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 289 sur 387 · LIVRE XI, N. CXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. CXXIV

toient pas venus à cet excès des vaudois, de donner l'administration des sacremens aux saints laïques comme aux saints prêtres. Si les donatistes d'Afrique prétendirent que les évêques et les prêtres catholiques étoient déchus de leur ministère par leurs crimes , ils les accusoient du moins de crimes effectivement réprouvés par la loi de Dieu. Mais nos nouveaux donatistes se séparent de tout le clergé catholique, et le prétendent déchu de son ordre, à cause qu'il ne gardoit pas leur prétendue pauvreté apostolique, qui tout au plus n'étoit qu'un conseil : car voilà l'origine de la secte, et ce que nous y avons vu tant qu'elle a subsisté dans sa première croyance. Qui ne voit donc qu'une telle secte n'estau fond qu'une hypocrisie qui nous vante sa pauvreté avec ses autres vertus; et fait dépendre les sacremens , non de l'efficace que leur a donné Jésus-Christ, mais du mérite des hommes? Et enfin ces nouveaux docteurs, dont les calvinistes prennent leur suite, d’où venoient-ils eux-mémes , et qui les avoit envoyés? Embarrassés de cette demande aussi bien que les protestans , comme eux ils se cherchoient des prédécesseurs : et voici la fable dontils se payoient. On leur disoit que du temps de saint Silvestre, lorsque Constantin donna du bien aux églises, un des compagnons de ce Pape n'y voulut pas consentir, et se retira de sa communion, en demeurant avee ceux quile suivirent dans la voie de la pauvreté; qu'alors done l'Eglise avoit défailli dans Silvestre et ses adhérens, et qu'elle étoit demeurée parmi eux !. » Qu'on ne dise point que c'est ici une calomnie des ennemis des vaudois; car nous avons vu que les auteurs qui le rapportent unanimement n'avoient point eu dessein de les calomnier. La fable duroit encore du temps de Séyssel. On disoit encore au vulgaire, que « cette secte avoit pris son commencement d'un certain Léon , homme trés-religieux , du temps de Constantin le Grand, qui détestant l'avariee de Silvestre et l'excessive largesse de Constantin , aima mieux suivre la pauvreté et la simplieité de la foi, que d'étre avec Silvestre souillé d'un gras et riche bénéfice , auquel se seroient joints tous ceux qui sentoient bien de la foi?. » On avoit persuadé à ces ignorans que c'étoit de

1 Ren., zbid., chap. 1v, v, p. 749; Pylicd., chap. 1v, p. 799; Fragm., Pylicd., 815, 816, etc. — ? Séyss., fol. 5.

Les calvinistes n'ont aucun auteur du temps qui favorise leur prétention sur les vaudois.

Livres vaudois

ce faux Léon que la secte des léonistes avoit pris son nom et sa naissance. Les chrétiens veulent voir une suite dans leur doctrine et dans leur église. Les protestans se renomment des vaudois, les vaudois de leur prétendu compagnon de saint Silvestre; et l'un et l'autre est également fabuleux.

Ce qu'il y a de véritable dans l'origine des vaudois, est qu'ils tirèrent le motif de leur séparation de la dotation des églises et des ecclésiastiques, contraire à la pauvreté qu'ils prétendoient que Jésus-Christ exige de ses ministres. Mais comme cette origine est absurde, et que d'ailleurs elle n'accommode pas les protestans, on a vu ce que Paul Perrin en a raconté dans son Histoire des Vaudois. 1l nous a fait de Valdo un des hommes « des plus courageux pour s'opposer » à la présence réelle en l'an 1160 *. Mais produit-il quelque auteur qui confirme ce qu'il en a dit? Il n'en produit pas un seul: ni Aubertin, ni la Roque, ni Cappel, ni enfin aucun protestant ou d'Allemagne ou de France, n'ont produit ni ne produiront jamais aucun auteur, ni du temps, ni des siècles suivans, trois à quatre cents ans durant, qui ait donné aux vaudois l'origine que cet historien pose pour fondement de son histoire. Les catholiques, qui ont tant écrit ce que Bérenger et les autres ont dit contre la présence réelle, ont-ils du moins nommé Valdo parmi ceux qui s'y sont opposés? Pas un seul n'y a pensé. Nous avons vu qu'ils ont dit toute autre chose de Valdo. Mais pourquoi l'auroient-ils épargné seul? Quoi! cet homme, qu'on nous fait si courageux à s'opposer au torrent, cachoit-il tellement sa doctrine que personne ne se soit jamais aperçu qu'il ait combattu un article de cette importance? Ou Valdo étoit-il si redoutable, qu'aucun catholique n’osât l'accuser de cette erreur en l’accusant de tant d'autres? Un historien qui commence par un fait de cette nature, et qui le pose pour fondement de son histoire, de quelle créance est-il digne? Cependant Paul Perrin est écouté comme un oracle dans le calvinisme, tant on y croit aisément ce qui favorise les préjugés de la secte.

Mais au défaut des auteurs connus, Perrin produit pour toutes preuves quelques vieux livres des vaudois écrits à la main, qu'il

1 Hist. des Vaudois, chap. I.

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