LIVRE XI, N. CXXVII
prétend avoir recouvrés; entre autres un volume où étoit « un livre de l'Antechrist en date d'onze cent vingt, et en ce méme volume plusieurs sermons des barbes vaudois !. » Mais il est déjà bien certain qu'il n'y avoit ni vaudois ni barbes en l'an 1120, puisque Valdo, selon Perrin méme, n'est venu qu'en 1160. Ce mot de barbes n'est connu parmi les vaudois pour signifier leurs docteurs, que plusieurs siècles aprés, et tout à fait dans les derniers temps. Ainsi on ne peut faire passer tous ces discours pour étre d'onze cent vingt. Perrin se réduit aussi à conserver cette date au seul discours sur l'Antechrist, qu'il espére par ce moyen pouvoir attribuer à Pierre de Bruis, qui vivoit environ en ce temps-là, ou à quelques-uns de ses disciples. Mais la date étant à la tête semble devoir être commune, et par conséquent très-fausse pour le premier, comme elle l'est visiblement pour les autres. Et d'ailleurs ce traité sur l'Antechrist, qu'on prétend étre de 1160, n'est pas d'un autre langage que les autres pièces des barbes que Perrin a citées; et ce langage est trés-moderne, fort peu différent du provencal que nous connoissons. Non-seulement le langage de Villehardouin, qui a écrit cent ans aprés Pierre de Bruis, mais encore celui des auteurs qui ont suivi Villehardouin, est plus ancien et plus obscur que celui que l'on veut dater de l'an 1120, si bien qu'on ne peut se moquer du monde d'une facon plus grossière, qu'en nous donnant ces discours comme fort anciens. Cependant sur cette seule date de 1120 mise, on ne sait par qui ni en quel temps, dans ce volume vaudois que personne ne connoit, nos calvinistes ont cité ce livre de l'Antechrist comme étant indubitablement de quelque disciple de Pierre de Bruis, ou de lui-méme ?. Les mémes auteurs citent hardiment quelques discours que Perrin a cousus à celui sur l'Antechrist, comme étant de la méme date de 1120, quoique dans un de ces discours où il est traité du purgatoire on cite un livre « que saint Augustin a intitulé : des Milparlemens ?, » c'est-à-dire des mille paroles, comme si saint Augustin avoit fait un livre de ce titre; ce qui ne
1 Hist. des Vaudois, liv. I, chap. vis, p. 57; Hist. des Vaudois et Albigeois, ]IIe part., liv. I, chap. I, p. 353. — ? Aub., p. 962; La Roq., Hist. de l'Euch., p. 451, 459. — 3 Perr., Hist. des Vaud., IIIe part., liv. III, chap. 11, p. 305.
produits par Perrin.
Suite.
Confession de foi produite par Perrin, Qu'elle est postérieure au cal-
vinisme.
se peut rapporter qu'à une compilation composée au treizième siècle, qui a pour titre : Milleloquium sancti Augustini, que l'ignorant auteur de ce traité du purgatoire a pris pour un ouvrage de ce Père. Au surplus nous pourrions parler de l’âge de ces livres des vaudois, et des.altérations qu'on y pourroit avoir faites, si on nous avoit indiqué quelque bibliothéque connue oit on les püt voir. Jusqu'à ce qu'on ait donné au publie cette instruction nécessaire, nous ne pouvons que nous étonner de ce qu'on nous produit comme authentiques des livres qui n'ont été vus que de Perrin seul, puisque ni Aubertin, ni la Roque ne les citent que sur sa foi, sans nous dire seulement qu'ils les aient jamais maniés. Ce Perrin, qui nous les vante seul, n'y observe aucune des marques par lesquelles on peut établir la date d'un volume, ou en prouver l'ntiquité: et il nous dit seulement que ce sont « de vieux livres des vaudois ! : » ce qui en gros peut convenir aux plus modernes gothiques et à des volumes de cent à six vingts ans. Il y a donc tout sujet de croire que ces livres, dont on nous fait voir ce qu'on veut sans aucune preuve solide de leur date, ont été composés ou altérés par ces vaudois réformés de la facon de Farel et de ses confrères.
Quant à la Confession de foi que Perrin a publiée, et que tous nos protestans nous alléguent comme une pièce authentique des anciens vaudois, «elle est extraite, dit-il, du livre intitulé : Almanach spirituel, et des Mémoires de George Morel ?. » Pour l'Almanach spirituel, je ne sais qu'en dire, si ce n'est que ni Perrin, ni Léger méme, qui parle avec tant de soin des livres des vaudois, n'ont rien marqué de la date de celui-ci. Ils n'ont pas méme pris la peine de nous dire s'il est manuscrit ou imprimé; et nous pouvons tenir pour certain qu'il est fort moderne, puisque ceux qui en veulent tirer avantage ne nous en ont pas marqué l'antiquité. Mais ce qui décide, c'est ce que rapporte Perrin, que cette confession de foi est extraite des Mémoires de George Morel. Or il paroit par Perrin méme que George Morel fut celui qui environ l'an 1530, tant d'années aprés la Réforme, alla conférer avec
! Hist. des Vaud., liv. 1, chap. vii, p. 56. — ? Ibid., liv. 1, chap. xir, p. 79.