LIVRE XI, N. CXXXI, CXXXII
fans en cette foy , en enseignant que par cette foy ces enfans recoivent de luy le baptéme et la régénération ! : » paroles par où l'on exige la foi vivante dans les ministres du baptéme comme une chose nécessaire pour la régénération de l'enfant, et le contraire est rangé parmi les œuvres de l'Antechrist. Ainsi lorsqu'ils composoient ces nouvelles confessions de foi agréables à la Réforme où ils avoient dessein d'entrer, on ne pouvoit les empêcher d'y couler toujours quelque chose qui ressentoit l'ancien levain; et sans perdre le temps davantage dans cette recherche, c'est assez qu'on ait vu dans ces ouvrages des vaudois les deux erreurs qui ont fait le fondement de leur séparation.
Telle est l'histoire des albigeois et des vaudois, selon qu'elle est E rapportée par les auteurs du temps. Nos réformés, qui n'y trou- Siue
vent rien de favorable à leurs prétentions, ont voulu se laisser abigeois
et des
iromper par le plus grossier de tous les artifices. Plusieurs au- vaudois teurs catholiques qui ont écrit en ce siècle, ou sur la fin du siècle des miprécédent, n’ont pas assez distingué les vaudois d’avec les albi- Par geois, et ont donné aux uns et aux autres le nom commun de vaudois. Quelle qu'ait été la cause de leur erreur, nos protestans sont trop habiles critiques pour vouloir que l'on en croie ou Mariana, ou Gretser, ou méme M. de Thou et quelques autres modernes, au préjudice des anciens auteurs, qui tous unanimement, comme on a vu, ont distingué ces deux sectes. Cependant, sur une erreur si grossière, les protestans, après avoir pris pour chose avouée que les albigeois et les vaudois n'étoient qu'une méme secte, ont conclu que les albigeois n'avoient été traités de manichéens que par calomnie, puisque selon les anciens auteurs les vaudois sont exempts de cette tache.
Il falloit considérer que ces anciens, qui, en accusant les vaudois cxx.
r 7 D Fem NT. ^ Dé =
d'autres erreurs, les ont déchargés du manichéisme, en même uio» que ca A . . les héré-
temps les ont distingués des albigeois que nous en avons con- ques qui 5 $e le - 5 5 ont nié la vaincus. Par exemple, le ministre de la Roque, qui ayant écrit le séaritéaux
douziéme
dernier sur cette matière, a ramassé les finesses de tous les autres er treiriè-
[ j : 3 dud quA er ièel auteurs du parti et surtout celles d'Aubertin , croit avoir justifié sont mani.
chéens.
les albigeois d’avoir comme les manichéens rejeté l'Ancien Testa- msignes 1 Hist, des Vaud., MI* part., liv. III, p. 267. TOM, XIV. 34
ws ment, en montrant que selon Renier les vaudois le recevoient :.
ministres, Il ne gagne rien, puisque ces voudois sont chez le méme Renier
très-bien distingués des cathares ?, qui sont la tige des albigeois.
Le même la Roque tire avantage de ce qu’il y avoit des hérétiques
qui, selon Radulphus Ardens, disoient « que le sacrement n'étoit
que du pain tout pur ?. Il est vrai : mais le même Radulphus Ar-
dens ajoute ce que la Roque, aussi bien qu'Aubertin, a dissimulé,
que ces mémes hérétiques « admettent deux créateurs, et rejettent
l'Ancien Testament, la vérité de l'incarnation, le mariage et la
viande. » Le méme ministre cite encore certains hérétiques, chez
Pierre de Vaucernay, qui nioient la vérité du corps de Jésus-Christ
dans l'Eucharistie*. Je l'avoue ; mais en même temps cet historien
nous assure « qu'ils admettoient pareillement les deux principes, »
et avoient toutes les erreurs des manichéens. La Roque veut nous
faire croire que le méme Pierrede Vaucernay distingue lesariens
et les manichéens d'avecles vaudois et les albigeois ^. La moitié de
son discours est véritable : il est vrai qu'il distingue les mani-
chéens des vaudois, mais il ne les distingue pas des hérétiques
« qui étoient dans le pays de Narbonne; » et il est certain que ce
sont les mêmes qu'on appeloit Albigeois, qui constamment étoient
des manichéens. Mais, continue le méme la Roque, Renier recon-
noit des hérétiques qui disent que « le corps de Jésus-Christ est de
simple pain 5; c'étolent ceux qu'il appelle Ordibariens qui par-
loient ainsi, et en méme temps ils nioient la création ", et profé-
roient mille autres blasphèmes que le manichéisme avoit intro-
duits : de sorte que ces ennemis de la présence réelle l'étoient en méme temps du Créateur et de la Divinité.
ex. — La Roque revient à la charge avec Aubertin, et croit trouver
awe de bons protestans en la personne de ces hérétiques, qui selon
mnt Césarius d'Hesterbae, « blasphémoient le corps et le sang de Jésus-
Christ*. » Mais le méme Césarius nous apprend qu'ils admettoient
les deux principes et tous les autres blasphèmes des manichéens ;
1 La Roq., 459; Aub., p. 967, ex Ren., cap. 111. — ? Ren., cap. VI. — ? La
Roq., 456; Aub., p. 964, B; Rad. Ard., serm. vii1 post. Pentec. — * La Roq.;
Aub., ibid., 965, ex Pet. de Valle-Cern., Hist. Albig., lib. 1I, cap. vi. — * Hist.
Albig., cap. 11. — * La Roq., p. 457; Aub., 905; Ren., cap. VI. — 7 Ren., ibid. — 8 Cæs. Hesterb., lib. V, cap. 11, n Bibl. Cisterc.; La Roq., 457; Aub., 964.
LIVRE XI, N. CXXXIVC, XXXV. 531 ce qu'il assure savoir trés-bien, non point par oui-dire, « mais pour avoir souvent conversé avec eux dans le diocèse de Metz. » Un fameux ministre de Metz, que j'ai fort connu, faisoit accroire aux calvinistes de ce pays-là, que ces albigeois de Césarius étoient de leurs ancêtres ‘; et on leur fit voir alors que ces ancêtres qu'on leur donnoit étoient d'abominables manichéens. La Roque, dans son Histoire de l'Eucharistie ?, voudroit qu'on crüt que les Bogomiles étoient les mémes qu'on appeloit en divers lieux Vaudois, Pauvres de Lyon, Poplicains, Bulgares, Insabbatés, Gazares et Turlupins. Je conviens que les vaudois, les insabbatés et les pauvres de Lyon sont la même secte : mais qu'on les ait appelés Gazares ou Cathares, Poplicains, Bulgares, ni Bogomiles, c'est ce qu'on ne montrera jamais par aucun auteur du temps. Mais enfin M. dela Roque veut donc que ces bogomiles soient de leurs amis? Sans doute, parce qu'ils « ne jugeoient dignes d'aucune estime le eorps et le sang que l'on consacre parmi nous. » Mais il devoit avoir appris d'Anne Comnène, qui nous a fait connoitre ces hérétiques, qu'ils « réduisoient en fantôme l'incarnation de Jésus ; qu'ils enseignoient des impuretés que la pudeur de son sexe ne permettoit pas à cette princesse de répéter ; et enfin qu'ils avoient été convaincus par l'empereur Alexis son père d'introduire un dogme mêlé des deux plus infâmes de toutes les hérésies, de celle des manichéens et de celle des massaliens 5. »
Le même la Roque met encore parmi ses amis Pierre Moran ; qui, pressé de déclarer sa croyance devant tout le peuple, confessa qu'il « ne croyoit pas que le pain consacré fût le corps de Notre- Seigneur ‘; »et il oublie que ce Pierre Moran, selon le rapport de l'auteur dont il cite le témoignage, étoit du nombre de ces héré-
Suile des supposilions des minisires,
tiques convaincus de manichéisme , qu'on appeloit Ariens * pour
la raison que nous avons rapportée.
Cet auteur compte encore parmi les siens les hérétiques dont il est dit au concile de Toulouse, sóus Calixte II, « qu'ils rejettent le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ $5 » et il tronque
! Ferry, Cat. Gen., p. 85. — 2 P, 455.— 3 Ann. Comn., A/ez., lib. XV, p. 486 et seq. — * Ibid., 458. — 5 Rog., de Heved., Ann. Aug. Baron., ad an. 1118, — 6 Jbid., 451.
Autre falsification.
le propre canon d’où ila tiré ces paroles, puisqu'on y voit dans la suite que ces hérétiques, avec le sacrement du corps et du sang , «rejettent encore le baptéme des petits enfans et le mariage légitime *. »
cxxv. — Il eorrompt avec une pareille hardiesse un passage de l'inquisi-
see wa. teur Emeric sur le sujet des vaudois. « Emeric, dit-il, leur at-
7" — tribue comme une hérésie ce qu'ils disoient, que le pain n'est pas transsubstantié au vrai corps de Jésus-Christ, ni le vin au sang ?.» Qui ne croiroit les vaudois convaincus par ce témoignage de nier la transsubtantiation? Mais nous avons récité le passage entier, où il y a : « La neuvième erreur des vaudois, c'est que le pain n'est point transsubstantié au corps de Jésus-Christ, sz le prétre qui le consacre est pécheur. » M. de la Roque retranche ces derniers mots, et par cette seule fausseté il óte aux vaudois deux points importans de leur doctrine : l'un, qui fait l'horreur des protestans, c'est-à-dire la transsubstantiation; l'autre, qui fait l'horreur de tousles chrétiens, qui est de dire que les sacremens perdent leur vertu entreles mains des ministres indignes. C'est ainsi que nos adversaires prouvent ce qu'ils veulent par des falsifications manifestes, et ils ne craignent pas de se donner des prédécesseurs à ce prix.
cxxxvi — Voilà une partie des illusions d'Aubertin et de la Roque sur le
AUS sujet des albigeois et des vaudois, ou des pauvres de Lyon. En un mot, ils justifient parfaitement bien les derniers du manichéisme, mais en méme temps ils n'apportent aucune preuve pour montrer qu'ils aient nié la transsubstantiation ; au contraire ils corrompent les passages qui prouvent qu'ils l'ont admise. Et pour ceux qui l'ont niée en ces temps-là, ils n'en produisent aucuns qui ne soient convaincus de manichéisme, par le témoignage des mêmes auteurs qui les accusent d’avoir nié le changement des substances dans l'Eucharistie : de sorte que leurs ancêtres sont, ou avec nous défenseurs de la transsubtantiation comme les vaudois, ou avec les albigeois convaincus de manichéisme.
cxxxvur Mais voici ce que ces ministres ont avancé de plus subtil. Acca-
ie. blés par le nombre des auteurs qui nous parlent de ces hérétiques
1 Conc. Tolos., an, 1119, can, 3, — ? P. 457, Direct. part, IL, q. xiv.