VULGAIREMENT ET FAUSSEMENT APPELÉS VAUDOIS
Il faut maintenant parler de ceux qu'on appeloit faussement Vaudois et Picards , et qui s'appeloient eux-mêmes les Frères de Bohême, ou les Frères Orthodoxes , ou les Frères seulement. Ils composent une secte particulière séparée des albigeois et des pauvres de Lyon. Lorsque Luther s'éleva, il en trouva quelques églises dans la Bohème et surtout dans la Moravie, qu'il détesta durant un long temps. Il en approuva dans la suite la confession de foi corrigée, comme nous verrons. Bucer et Musculus leur ont aussi donné de grandes louanges. Le docte Camérarius, dont nous avons tant parlé, cet intime ami de Mélanchthon, a jugé leur histoire digne d'étre écrite par son éloquente plume. Son gendre Rudiger, appelé par les églises protestantes du Palatinat, leur préféra celles de la Moravie dont il voulut être ministre ‘; et de toutes les sectes séparées de Rome avant Luther, celle-ci est la plus louée par les protestans : mais sa naissance et sa doctrine fera bientót voir qu'il n'y a aucun avantage à en tirer.
Pour sa naissance, plusieurs trompés par le nom et par quelque conformité de doctrine, font descendre ces Bohémiens des anciens vaudois : mais pour eux ils renoncent à cette origine , comme il paroit clairement dans la préface qu'ils mirent à la téte de leur confession de foi en 1572 ?. Ils y expliquent amplement leur origine, et ils disent, entre autres choses que les vaudois sont plus anciens qu'eux; que ceux-ci avoient à la vérité quelques églises dispersées dans la Bohême, lorsque les leurs commencèrent à paroitre, mais qu'ils ne les connoissoient pas; que néanmoins ces vaudois se firent connoitre à eux dans la suite, mais sans vouloir entrer, disent-ils , dans le fond de leur doctrine. « Nos annales, poursuivent-ils, nous apprennent qu'ils ne furent jamais unis à nos églises pour deux raisons : la premiére, parce qu'ils ne donnoient aucun témoignage de leur foi et de leur doctrine; la se-
1 De Eccl. Frat. in Boh. et Morav., Hist., Heid., 1605. — ? De orig. Eccl. Boh., et Conf. ab iis editis, Heid., an. 1605, cum Hist. Joac, Camer., p. 173.
La secte des Fréres de Bohéme
Ils désavouent ceux qui les appellent Vaudois, et pourquoi
conde, parce que pour conserver la paix ils ne faisoient point de difficulté d’assister aux messes célébrées par ceux de l'Eglise romaine. » D'où ils concluoient , non-seulement « qu'ils n'avoient jamais fait aucune union avec les vaudois, mais encore qu'ils avoient toujours cru qu'ils ne le pouvoient faire en süreté de conscience. » C'est ainsi qu'ils s'éloignent de l'origine vaudoise; et ce qui est ambitieusement recherché par les calvinistes, est rejeté par ceux-ci avec mépris.
cu. Camérarius écrit la méme chose dans son Histoire des Frères
Senlimens
de Gué- de Bohême : mais Rudiger, un de leurs pasteurs dans la Moravie, dc Ruë- dit encore plus clairement, que ces églises sont bien différentes de " celles des vaudois; « que les vaudois sont de l'an 1160, au lieu que les fréres n'ont commencé à paroitre que dans le quinziéme siècle; » et qu'enfin « il est écrit dans les annales des fréres, qu'ils ont toujours refusé constamment de faire union avec les vaudois, à cause qu'ils ne donnoient pas-une pleine confession de leur foi
et participoient à la messe t. »
cu Aussi voyons-nous que ces frères s'intitulent dans tous leurs
Les vau-
dois dés: Synodes et dans tous leurs actes les Frères de Bohême, faussement
voués par
es frères, (ppelés Vaudois ?. Ils détestent encore plus le nom de Picards :
aussi bien . , : : 3
que ls € Il y a bien de l'apparence, dit Rudiger, que ceux qui l'ont
picards. » . x ^ , roy * .
donné les premiers à nos ancétres, l'ont tiré d'un certain Picard A qui renouvelant l'ancienne hérésie des adamites , introduisoit et des nudités et des actions infâmes ; et comme cette hérésie pénétra dans la Bohéme environ le temps de l'établissement de nos églises, on les déshonora par un si infâme titre, comme si nous n'eussions été que de misérables restes de cet impudique Picard?, » On voit par là comme les frères rejettent ces deux origines, la picarde et la vaudoise : « Ils tiennent méme à injure d'étre appelés picards et vaudois *; » et sila première origine leur déplait, la seconde , dont nos protestans se glorifient, leur paroit seulement un peu moins honteuse : mais nous allons voir maintenant que celle qu'ils se donnent eux-mêmes n'est guère plus honorable.
1 Hist., p. 105, etc.; Rudig., de Eccl. Frat. in Boh. et Mov. Narr., p. 141. — ? In. Synt. Sendom., Synt. Gen., M part., p. 219, — 3 Rudig., ibid., p. 148, — * Apol., 1532, ap. Lyd., tom. II, p. 137.