ANGLOIS
Ils se vantent d’être disciples de Jean Hus : mais pour juger de leur prétention , il faut encore remonter plus haut, puisque Jean Hus lui-même s'est glorifié d'avoir eu Viclef (a) pour maître. Je dirai done en peu de paroles ce qu'il faut croire de Viclef, sans produire d'autres piéces que ses ouvrages, et le témoignage de tous les protestans de bonne foi.
Le principal de tous ses ouvrages, c'est le Trialogue , ce livre fameux qui souleva toute la Bohéme, et excita tant de troubles en Angleterre. Voici quelle en étoit la théologie : « Que toutarrive par nécessité ; qu'il a longtemps regimbé contre cette doctrine , à cause qu'elle étoit contraire à la liberté de Dieu; mais qu'à la fin il avoit fallu céder , et reconnoitre en même temps que tous les péchés qu'on fait dans le monde sont nécessaires et inévitables ; que Dieu ne pouvoit pas empêcher le péché du premier homme, ni le pardonner sans la satisfaction de Jésus-Christ, mais aussi qu'il étoit impossible que le Fils de Dieu ne s'incarnát pas, ne satistit pas, ne mourût pas; que Dieu à la vérité pouvoit bien faire autrement, s'il eüt voulu ; mais qu'il ne pouvoit pas vouloir autrement; qu'il ne pouvoit pas ne point pardonner à l'homme ; que le péché de l'homme venoit de séduction et d'ignorance ; di qu'ainsi il avoit fallu par nécessité que la sagesse divine s'incarnât pour le réparer *; que Jésus-Christ ne pouvoit pas sauver les démons; que leur péché étoit un péché contre le Saint-Esprit ; quil eüt donc fallu pour les sauver que le Saint-Esprit se füt incarné, ce qui étoit absolument impossible; qu'il n'y avoit donc aucun moyen possible pour sauver les démons en général ; que rien n'étoit possible à Dieu que ce qui arrivoit actuellement; que cette puissance qu'on admettoit pour les choses qui n E pas est une illusion; que Dieu ne peut rien produire au dedans de
1 Lib. lf, cap. vir, VIII, xx, p. 56, 82, edit. 1525. — 2 Lib. IJI, cap. XXIV, XXY, p. 85, elc.
(a) Né vers 1324, au Mo de Wicliff, comté d'York; d’où le nom francisé Jean de Wicleff, ou Viclef tout court.
Doctrine impie de Viclef, dans son Trialogue
lui qu'il ne le produise nécessairement , ni au dehors qu'il ne le produise aussi nécessairement en son temps ; que lorsque Jésus- Christ a dit qu'il pouvoit demander à son Pére plus de douze légions d'anges , il faut entendre qu'il le pouvoit s'il eût voulu , mais reconnoitre en méme temps qu'il ne pouvoit le vouloir : ; que la puissance de Dieu étoit bornée dans le fond, et qu'elle n'est infinie qu'à cause qu'il n’y a pas une plus grande puissance ? ; en un mot que le monde et tout ce qui existe est d'une absolue nécessité, et que s'il y avoit quelque chose de possible à qui Dieu refusát l'étre, il seroit ou impuissant ou envieux; que comme il ne pouvoit refuser l'étre à tout ce qui le pouvoit avoir, aussi ne pouvoit-il rien anéantir ?; qu'il ne faut point demander pourquoi Dieu n'empéche pas le péché, c'est qu'il ne peut pas, ni en général pourquoi il fait ou ne fait pas quelque chose, parce qu'il fait nécessairement tout ce qu'il peut faire*; qu'il ne laisse pas d'étre libre, mais comme il est libre à produire son Fils qu'il produit néanmoins nécessairement 5; que la liberté qu'on appelle de contradiction, par laquelle on peut faire et ne pas faire, est un terme erroné introduit par les docteurs, et que la pensée que nous avons que nous sommes libres est une perpétuelle illusion, semblable à celle d'un enfant qui eroit qu'il marche tout seul pendant qu'on le mène ; qu'on délibère néanmoins, qu'on avise à ses affaires, qu'on se damne, mais que tout cela est inévitable, aussi bien que tout ce qui se fait et ce qui s'omet dans le monde ou par la eréature, ou par Dieu même *; que Dieu a tout déterminé ; qu'il nécessite tant les prédestinés que les réprouvés à tout ce qu'ils font, et chaque créature particulière à chacune de ses actions; que c'est de là qu'il arrive qu'il y a des prédestinés et des réprouvés ; qu'ainsi il n'est pas au pouvoir de Dieu de sauver un seul des réprouvés "; qu'il se moque de ce qu'on dit des sens composés et divisés, puisque Dieu ne peut sauver que ceux qui sont sauvés actuellement *; qu'il y a une conséquence nécessaire qu'on peche, si certaines choses sont; que Dieu veut que ces choses soient, et
1 Lib. III, cap. XXVII; lib. I, eap. x, p. 15; ibid., cap. X1, p. 18. — ? Ibid., cap. 11.— ? Lib. IIl, cap. 1v ; ibid., cap. x, p. 16.— * Lib. III, eap. IX.— 5 Lib. I, cap. x. — 6 Jbid., X, x1. — " Ibid., lib. I, cap. IX; lib. Il, cap. XIV ; lib. III, cap. IV, — 8 Lib. IIl, cap. vin.