LIVRE XI, N. CLIV
que cette conséquence soit bonne, parce qu'autrement elle ne seroit pas nécessaire; ainsi qu'il veut qu'on péche, qu'il veut le
péché à cause du bien. qu'il en tire ; et qu'eneore qu'il ne plaise
pas à Dieu que Pierre peche, le péché de Pierre lui plait; que Dieu approuve qu'on peche ; qu'il nécessite au péché ; que l'homme ne peut pas mieux faire qu'il ne fait; que les pécheurs et les damnés ne laissent pas d'étre obligés à Dieu, et qu'il fait miséricorde aux damnés en leur donnant l'étre, qui leur est plus utile et plus désirable que le non-étre ; qu'à la vérité il n'ose pas assurer tout à fait cette opinion, ni pousser les hommes à pécher, en enseignant qu'il est agréable à Dieu qu'ils pèchent ainsi, et que Dieu leur donne cela comme une récompense; qu'il voit bien que les méchans pourroient prendre occasion de cette doctrine de commettre de grands crimes, et que s'ils le peuvent ils le font : mais que si on n'a point de meilleures raisons à lui dire que celles dont on se sert, il demeurera confirmé dans son sentiment sans en dire un mot 1. » :
On voit par là qu'il ressent une horreur secrète des blasphémes qu'il profère : mais il y est entraîné par l'esprit d'orgueil et de singularité auquel il s'est livré lui-même , et il ne peut retenir sa plume emportée. Voilà un extrait fidèle de ses blasphèmes : ils se réduisent à deux chefs, à faire un Dieu dominé par la nécessité, et, ce qui en est une suite, un Dieu auteur et approbateur de tous les crimes, c'est-à-dire un Dieu que les athées auroient raison de nier : de sorte que la religion d'un si grand réformateur est pire que l'athéisme.
On voit en méme temps combien de ses dogmes ont été suivis par Luther. Pour Calvin et les calvinistes, on le verra dans la suite; et en ce sens ce n'est pas en vain qu'ils auront cómpté cet impie parmi leurs prédécesseurs.
Au milieu de tous ces blasphemes, il affectoit d'imiter la fausse piété des vaudois, en attribuant l'effet des sacremens au mérite des personnes : « en disant que les clefs n’opèrent que dans ceux qui sont saints, et que ceux qui n'imitent pas Jésus-Christ n'en peuvent avoirla puissance; que cette puissance pour cela n'est
1 Lib. Il, cap. 1v, vii.
Il iuite la fausse pié'é des vaudois.
pas perdue dans l'Eglise; qu'elle subsiste dans des personnes
humbles et inconnues; que les laiques peuvent consacrer et ad-
ministrer les sacremens ‘; que c'est un grand crime aux ecclésias-
tiques de posséder des biens temporels; un grand erime aux princes
de leur en avoir donné, et de ne pas employer leur autorité à les
en priver ?. » Me permettra-t-on de le dire? voilà dans un Anglois
le premier modèle de la réformation anglicane et de la dépréda-
tion des églises. On dira que nous combattons pour nos biens;
non : nous découvrons la malignité des esprits outrés , qui sont, comme on voit, capables de tous excès.
cv. — M.dela Roque prétend qu'on a calomnié Viclef dans le concile
Pita. de Constance *, et qu'on lui a imputé des propositions quil ne
lomnié la
eue croyoit pas, entre autres celle-ci: Dieu est obligé d'ob£ir au diable*. E Mais si nous trouvons tant de blasphémes dans un seul ouvrage une. qui nous reste de Viclef, on peut bien croire qu'il y en avoit beaucoup d'autres dans les livres qu'on avoit alors en si grand nombre ; eten particulier celui-ci est une suite manifeste de la doctrine qu'on vient de voir, puisque Dieu, qui en toutes choses agissoit par nécessité, étoit entraîné par la volonté du diable à faire cer-
taines choses lorsqu'il y falloit nécessairement concourir. cv. — Onne trouve non plus dans le Trialogue la proposition imputée séduire à Viclef : Qu'un roi cessoit d’être roi pour un péché mortels. Il y Aries avoit assez d'autres livres de Viclef où elle se pouvoit trouver. En effet nous avons une conférence entre les catholiques de Bohéme et les calixtins en présence du roi George Pogiebrae, où Hilaire doyen de Prague soutient à Roquesane chef des calixtins, que Viclef avoit écrit en termes exprès : « Qu'une vieille pouvoit être roi et pape, si elle étoit meilleure et plus vertueuse que le pape et que le roi : qu’alors la vieille diroit au roi : Levez-vous : je suis plus digne que vous d’être assise sur le trône *. » Comme Roquesane répondoit que ce n'étoit pas la pensée de Viclef, le méme Hilaire s'offrit à faire voir à toute l'assemblée ces propositions, et en-
core celle-ci: « Que celui qui étoit par sa vertu le plus digne
1 Lib. IV, cap. X, XIV, XXIII, XXV, xxxi. — ? Ióid., cap. XVII-XIX, XXIV. — 3 Hist. de l'Euch. — * Conc. Const., sess. V1ll, prop. 6. — 5 Ibid., prop. 15. — 9 Disp. cum Rokys., apud. Canis., ant. Lect., tom. Il], 1I part., p. 474.