‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 4 sur 387 · DESSEIN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

DESSEIN DE L'OUVRAGE

idée générale de la religion protestante et de ses variations : que la découverte en est utile à la connoissance de la véritable doctrine, et à la réconciliation des esprits : les auteurs dont on se sert dans cette histoire,

. Si les protestans savoient à fond comment. s'est formée leur

BRL . CL . I religion; avec combien de variations et avec. quelle inconstance :.

leurs confessions de foi ont été dressées; comment ils se sont séparés premièrement de nous, et puis entre eux; par combien de subtilités, de détours et d'équivoques ils ont tâché de réparer leurs divisions, et de rassembler les membres épars de leur Réforme désunie : cette Réforme dont ils se vantent, ne les contenteroit guère; et pour dire franchement ce que je pense, elle ne leur inspireroit que du mépris. C'est donc ces variations, ces subtilités, ces équivoques et ces artifices dont j'entreprends de faire,l'histoire : mais afin que ce récit leur soit plus utile, il faut poser quelques principes dont ils ne puissent disconvenir, et. que la suite d'un récit, quand on y sera engagé, ne permettroit pas de déduire.

Lorsque parmi les chrétiens on a vu. des variations dans l'exposition de la foi, on les a toujours regardées comme une marque de fausseté'et d'inconséquence (qu'on me permette ce mot). dans la doctrine exposée. La foi parle simplement : le Saint-Esprit ré-

pand des lumières pures, et la vérité qu'il enseigne a un lan- '

gage toujours uniforme. Pour peu qu'on sache l'histoire de.l'E-

glise, on saura qu'elle a opposé à chaque hérésie des explications

propres et précises, qu'elle n'a aussi jamais changées; et si, lon

prend garde aux expressions par lesquelles elle a condamné

les hérétiques, on verra qu'elles vont. toujours à attaquer ler-

reur dans sa source, par la voie la plus courte et la plus droite. TOM. XlV. 4

religion protestante et de cet ouvrage.

Les varialions dans

la foi, preuve de fansseté.

Celles des

arie D:

ache:

C'est pourquoi tout ce qui varie, tout ce qui se charge de termes douteux et enveloppés a toujours paru suspect, et non-seulement frauduleux, mais encore absolument faux, parce qu'il marque un embarras que la vérité ne connoit point. C'a été un des fondemens sur lesquels les anciens docteurs ont tant condamné les ariens, qui faisoient tous les jours paroitre des confessions de foi de nouvelle date, sans pouvoir jamais se fixer. Depuis leur première confession de foi, qui fut faite par Arius et présentée par cet hérésiarque à son évéque Alexandre, ils n'ont jamais cessé de varier. C'est ce que saint Hilaire reproche à Constance, protecteur de ces hérétiques ; et pendant que cet empereur assembloit tous les jours de nouveaux conciles pour réformer les symboles, et dresser de nouvelles confessions de foi, ce saint évéque lui adresse ces fortes paroles : « La méme chose vous est arrivée qu'aux ignorans architectes, à qui leurs propres ouvrages déplaisent toujours : vous ne faites que bâtir et détruire ; au lieu que l'Eglise catholique, dés la première fois qu'elle s'assembla, fit un édifice immortel, et donna dans le Symbole de Nicée une si pleine déclaration de la vérité , que pour condamner éternellement l'arianisme il n'a jamais fallu que la répéter ‘. » u. Ce n’a pas été seulement les ariens qui ont varié de cette sorte : de ner toutes les hérésies dès l'origine du christianisme ont eu le même "manes. caractère; et longtemps avant Arius , Tertullien avoit déjà dit :

Passage

célèbre de q Les hérétiques varient dans leurs règles, c’est-à-dire, dans leurs confessions de foi : chacun parmi eux se croit en droit de changer et de modifier par son propre esprit ce qu'il a recu, comme c'est par son propre esprit que l'auteur de la secte l'a composé : l'hérésie retient toujours sa propre nature en ne cessant d'innover, et le progrès de la chose est semblable à son origine. Ce qui a été permis à Valentin l'est aussi aux valentiniens : les marcionites ont le méme pouvoir que Marcion, et les auteurs d'une hérésie n'ont pas plus de droit d'innover que leurs sectateurs: tout change dans les hérésies; et quand on les pénètre à fond, on les trouve dans leur suite différentes en beaucoup de points de ce qu'elles ont été dans leur naissance ?, »

1 Ad Const., n. 23, col, 1254. — ? De Præscr., cap. XLII.

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