LIVRE XI, N. CLXXX, CLXXXI
commit « avec répugnance !, » et que c'étoit de ces péchés que saint Paul disoit « qu'il n'y avoit point de damnation pour ceux qui étoient en Jésus-Christ ?. »
Les fréres avoient comme nous sept sacremens dans la confession de 1504, présentée au roi Ladislas. Ils les prouvoient par les Ecritures, et ils les reconnoissoient « établis pour l’accomplissement des promesses que Dieu avoit faites aux fidèles ?. » Il falloit qu'ils conservassent encore cette doctrine des sept sacremens du temps de Luther, puisqu'il le trouva mauvais. La confession de foi fut réformée, et les sacremens réduits à deux , le baptéme et la Céne, comme Luther l'avoit prescrit. L'absolution fut reconnue, mais hors du rang des sacremens *. En 1504 on parloit de la confession des péchés comme d'une chose d'obligation. Cette obligation ne paroit plus si précise dans la confession réformée , et on y dit seulement « qu'il faut demander au prétre l'absolution de ses péchés par les clefs de l'Eglise, et en obtenir la rémission par ce ministère établi de Jésus-Christ pour cette fin *. »
Pour la présence réelle, les défenseurs du sens littéral et les défenseurs du sens figuré ont également tâché de tirer à leur avantage les confessions de foi des bohémiens. Pour moi, à qui la chose est indifférente, je rapporterai seulement leurs paroles ; et voici d'abord ce qu'ils écrivirent à Roquesane, comme ils le rapportent eux-mêmes dans leur Apologie*:« Nous croyons qu'on recoit le corps et le sang de Notre-Seigneur sous les espèces du pain et du vin.» Et un peu après : « Nous ne sommes pas de ceux qui, entendant mal les paroles de Notre-Seignéur, disent qu'il a donné le pain consacré en mémoire de son corps, qu'il montroit avec le doigt, en disant : « Ceci est mon corps.» D'autres disent que ce pain est le corps de Notre-Seigneur qui est dans le ciel, mais en signification. Toutes ces explications nous paroissent très-éloignées de l'intention de Jésus-Christ, et nous déplaisent beaucoup. »
1 Apol., 11 part. p. 172, 173 ; IV part., p. 282; ibid., part. 11, p. 168. — ? Rom., virt, 1. — 8 Conf. fid., ap. Lyd., tom. II, p. 8 et seq., citat. in Apol., 1531, ap. eumd. Lyd., 296, tom. 1], len.; Germ., liv. de l'Ador., p. 229, 230. — * Ibid.,
art. 14-13. — 5 Ibid., art. 5, 14; Prof. fid. ad Lad., cap. de Pomit. laps., ap. Lyd., tom. II, p. 15. — 6 4pol., 1532, IV part., ap. Lyd., 295.
Leur doctrine sur les sept sacremens
Sur la présence réelle,
cxxxu. Dans leur Confession de foi de 1504, ils parlent ainsi! : Toutes ""* les fois « qu'un digne prétre avec un peuple fidéle prononce ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » le pain présent est le corps de Jésus-Christ qui a été offert pour nous à la mort, et le vin est le sang répandu pour nous; et ce corps et ce sang sont présens sous les espéces du pain et du vin en mémoire de sa mort. » Et pour montrer la fermeté de leur foi, ils ajoutent qu'ils en croiroient autant d'une pierre, si Jésus-Christ avoit dit
que ce fût son corps ?.
axxun On voit ici le méme langage dont se servent les catholiques :
ls font dé- . x . . x "ene le ON Volt le corps et le sang sous les espèces incontinent après les
dimaie paroles; et on les y voit, non point en figure, mais en vérité. Ce
w. ^ qu'ils ont de particulier, c'est qu'ils veulent que ces paroles soient prononcées par un digne prêtre. Voilà ce qu'ils ajoutent à la doctrine catholique. Pour accomplir l’œuvre de Dieu dans le pain de l'Eucharistie, la parole de Jésus-Christ ne suffisoit pas, et le mérite du ministre étoit nécessaire : c'est ce qu'ils avoient appris de Jean Viclef et de Jean Hus.
axxxiv. lls répètent la méme chose dans un autre endroit : « Lors, di-
presione Sent-ils, qu'un digne prétre prie avec son peuple fidéle, et dit :
HUE « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » aussitôt le pain présent est le méme corps qui a été livré à la mort, et le vin présent est son sang, qui a été répandu pour notre rédemption?. » On. voit donc qu'ils ne changent rien sur la présence réelle dans la doctrine catholique : au contraire ils semblent choisir les termes les plus forts pour l'établir, en disant « qu'incontinent aprés les paroles le pain est le vrai corps de Jésus-Christ, le même qui est né de la Vierge et qui devoit étre livré à la croix; et le vin son vrai sang naturel, le méme qui devoit être répandu pour nos péchés* » et tout cela, « sans délai, et au moment méme, et d'une présence très-réelle et trés-véritable*,» presentissimé , comme ils parlent. Et le sens figuratif leur parut, disent-ils, « si odieux
dans un de leurs synodes, qu'un des leurs nommé Jean Czizeo, »
! Prof. fid. ad Lad., cap. de Euch., ap. Lyd., tom. II, p. 10, cifat Apol., IV part.; ibid., 296. — ? Ibid., p. 12. — ? Apol. ad Lad., ibid., 49. — ^ Prof. fid. ad Lad., ibid., p. 21; Apol., 66, elc. — 5 Ibid., Apol., 132, IV part., 290,