LIVRE XI, N. CLXXXV, CLXXXVI
qui avoit osé le soutenir, fut chassé de « leur communion.» Ils ajoutent qu'ils ont publié divers écrits contre cette présence en signe, et que ceux qui la défendent les tiennent pour leurs adversaires; qu'ils les appellent des papistes, des antechrists et des idolátres?.
C'est encore une autre preuve de leur sentiment de dire que Jésus-Christ «est présent dans le pain et dans le vin par son corps et par son sang : » autrement, continuent-ils, « ni ceux qui sont dignes ne recevroient que du pain et du vin, ni ceux qui sont indignes ne seroient coupables du corps et du sang, ne pouvant être coupables de ce qui n'y est pas?. » D'où il s'ensuit qu'ils y sont, non-seulement pour les dignes, mais encore pour les indignes.
Il est vrai qu'ils ne veulent pas qu'on adore Jésus-Christ dans l'Eucharistie pour deux raisons: l'une, qu'il ne l'a pas commandé;
CLXXXY.
La méme chose appuyée.
La maniére dont ils
refusent
l'autre, qu'il y a deux présences de Jésus-Christ, la personnelle, radoration
confirme
la corporelle et la sensible, laquelle seule doit attirer nos adora- «iis eru-
tions ; et la spirituelle ou sacramentelle, qui ne les doit pas atti-
rent la
réalité, et méme hors
rer *. Mais encore qu'ils parlent ainsi, ils ne laissent pas de recon- l'usage.
noitre « la substance du corps» de Jésus-Christ dans lesacrement? : «il ne nous est pas ordonné, disent-ils, d'honorer cette substance du corps de Jésus-Christ consacré, mais la substance de Jésus- Christ qui est à la droite du Pére*. » Voilà done dans le sacrement et dans le ciel la substance du corps de Jésus-Christ, mais ado-
rable dans le ciel, et non pas dans le sacrement. Et de peur qu'on '
ne s'en étonne, ils ajoutent que Jésus-Christ « n'a pas méme voulu obliger les hommes à l'adorer sur la terre, encore qu'il y füt présent, à cause qu'il attendoit le temps de sa gloire" : » ce qui montre que leur intention n'étoit pas d'exclure la présence substantielle, en excluant ladoration; et qu'au contraire ils la supposoient, puisque s'ils ne l'eussent pas crue, ils n'auroient eu en aucune sorte à s'excuser de n'adorer pas dans le sacrement ce qui en effet n'y eût pas été.
1 Prof. fid. ad Lad., ibid., p. 298. — ? Ibid., p. 291, 299. — ? Ibid., 309. — ^ Apol. ad Lad., p. 61, et alibi passim. — 5 Ibid., p. 301, 306, 307, 309, 311, etc. — 6 Apol. ad Lad., ibid., p. 61. — Prof, fid. ad Lad., p. 29; Apol. ad eumd. p. 68.
Ne leur demandons pas au reste où ils prennent cette rare doctrine, qu'il ne suffit pas de savoir Jésus-Christ présent pour l'adorer, et que ce w’étoit pas son intention qu'on l’adorât sur la terre, ni autre part que dans sa gloire : je me contente de rapporter ce qu'ils prononcent sur la présence réelle, et encore sur la présence réelle, non à la mode des mélanchthonistes, dans le seul usage, mais incontinent après la consécration.
axww. Avec des expressions apparemment si précises et si décisives
Leur in-
certitude pour la présence réelle, ils s'embarrassent ailleurs d'une si étrange sauts Inanlére, qu'ils semblent n'avoir rien tant appréhendé que de Mes laisser un témoignage clair et certain de leur foi : car ils répètent sans cesse que Jésus-Christ n'est pas «en personne » dans l'Eucharistie 1. Il est vrai qu'ils appellent y être en personne, y être corporellement et sensiblement? : expressions qu'ils font toujours marcher ensemble, et qu'ils opposent à une maniére d'étre spirituelle qu'ils reconnoissent. Mais ce qui rejette dans un nouvel embarras, c'est qu'ils semblent dire que Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie de cette présence spirituelle, comme il l'est dans le baptéme et dans la prédication de la parole?, comme il a été mangé par les anciens Hébreux dans le désert, comme saint Jean-Baptiste étoit Elie. On ne sait aussi ce qu'ils veulent dire avec cette bizarre expression : Jésus-Christ n'est pas iei « avec son corps naturel d’une manière existante et corporelle, » existenter et corporaliter; mais il y est « spirituellement, puissamment, par manière de bénédiction et en vertu : » spiritualiter, potenter, benedicté, in virtute*. Ce qu'ils ajoutent n'est pas plus intelligible, que « Jésus-Christ est ici dans la demeure de bénédiction ; » c’est-à-dire, selon leur langage, qu'il est dans l'Eucharistie, « comme il est à la droite de Dieu, mais non pas comme il est dans les cieux. » S'il y est comme à la droite de Dieu, il y est done en personne. C'est ainsi qu'on devroit conclure naturellement: mais comment distinguer les cieux d’avec la droite de Dieu? C'est où on se perd. Les frères avoient parlé précisément, en disant : « Il n’y a qu'un Seigneur Jésus, qui est tel dans le sa-
*. 1 Apol. ad Lad., ibid., p. 68, 69, etc., 71, 13. — ? Ibid., p. 301, 306, 307, 309, 311, ete. — 3 Ibid., p. 302, 304, 307, 308. — + Ibid., 74. ;