LIVRE XI, N. CLXXXVIII
crement avec son corps naturel, mais qui est d'une autre manière à la droite de son Père : car c'est autre chose de dire : C'est là Jésus-Christ, ceci est mon corps; autre chose de dire, qu'il y est de telle manière ‘. » Mais ils n'ont pas plutôt parlé nettement qu'ils s'égarent dans des discours alambiqués, où les jette la confusion et l'incertitude de leur esprit et de leurs pensées, avec un vain désir de contenter les deux partis de la Réforme.
Plus ils alloient en avant, plus ils devenoient importans et mystérieux ; et comme chacun les vouloit tirer à soi, ils sembloient aussi de leur cóté vouloir contenter les deux partis. Voici enfin ce qu'ils dirent en 1558, et c'est à quoi ils parurent s'en vouloir tenir. Ils se plaignent d'abord qu'on les accuse « de ne pas croire que la présence du vrai corps et du vrai sang soit présente ?. » Bizarres expressions, que la présence soit présente! C'est ainsi qu'ils parlent dans la préface : mais dans le corps de la confession ils enseignent « qu'il faut reconnoitre que le pain est le vrai corps de Jésus-Christ, et que la coupe est son vrai sang, sans rien ajouter du sien à ses paroles. » Mais pendant qu'ils ne veulent pas qu'on ajoute rien aux paroles de Jésus-Christ, ils y ajoutent euxmêmes le mot de vrai qui n'y est pas; et au lieu que Jésus-Christ a dit : « Ceci est mon corps,» ils supposent qu'il ait dit : «Ce pain est mon corps; » ce qui est fort différent, comme on l'a pu voir ailleurs. Que s'il leur a été libre d'ajouter ce qu'ils jugeoient nécessaire pour marquer une vraie présence, il a été libre aux autres d'ajouter aussi ce qu'il falloit pour ôter toute équivoque; et rejeter ces expressions aprés les disputes nées, c'étoit étre ennemi de la lumière et laisser les questions indécises. C'est pourquoi Calvin leur écrivit qu'il ne pouvoit approuver «leur obscure et captieuse briéveté, » et il vouloit qu'ils expliquassent « comment le pain est le corps de Jésus-Christ; » à faute de quoi il soutenoit que « leur Confession de foi ne pouvoit étre souscrite sans péril, et seroit une occasion de grandes disputes?. » Mais Luther étoit content d'eux, à cause qu'ils approchoient de ses expressions, et qu'ils inclinoient davantage vers la Confession d'Augs-
1 Apol. ad Lad., ibid., p. 14. — ? P. 162. — 3 Calv., Epist. ad Vald., p. 312 et seq.
CLXXXVIIL Les luthériens et les calvinistes les veulent tireràeux.
Ils penchent vers les premiers.
Luther leur donne son approbation, et comment.
Leurs fêtes leurs temples, leurs jeûnes, le célibat de leurs pré-
Ires,
bourg. Car méme ils continuoient à se plaindre de ceux « qui nioient que le pain et le vin fussent le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, » et qui les appeloient des papistes, des idolátres et des Antechrists*, à cause qu'ils reconnoissolent la véritable présence. Enfin pour faire voir combien ils penchoient à la présence réelle, ils veulent que les ministres en distribuant ce sacrement et « en récitant les paroles de Notre-Seigneur, exhortent le peuple» à croire « que la présence de Jésus-Christ est présente ?; » et dans ce dessein ils ordonnent , quoique d'ailleurs peu portés à l'adoration, « qu'on recoive le sacrement à genoux. »
Avec ces explications et avec les adoucissemens quemous avons rapportés, ils satisfirent tellement Luther, qu'il mit son approbation à la tête d'une Confession de foi qu'ils publièrent, en déclarant néanmoins «qu'ils paroissoient à cette fois non-seulement plus ornés, plus libres et plus polis, mais encore plus considérables et meilleurs?; » ce qui faisoit assez connoitre qu'il n'approuvoit leur confession qu'à cause qu'elle avoit été réformée selon ses maximes.
Il ne paroit pas qu'on les ait inquiétés ni sur les jeünes réglés qu'ils conservoient parmi eux, ni sur les fêtes qu'ils célébroient en interdisant tout travail, non-seulement à l'honneur de Notre- Seigneur, mais encore de la sainte Vierge et des Saints". On ne leur reprochoit pas que c'étoit observer les jours contre le précepte de l'Apótre, ni que ces fétes à l'honneur des Saints fussent autant d'actes d'idolàtrie. On ne les accuse non plus d'ériger des temples aux Saints, sous prétexte qu'ils continuent, comme nous, à nommer Temple de la Vierge, in templo dive Virginis, de saint Pierre et de saint Paul, les églises consacrées à Dieu en leur mémoire *. On les laisse pareillement ordonner le célibat à leurs prêtres, en les privant du sacerdoce lorsqu'ils se marient s; car constamment c'étoit leur pratique, aussi bien que celle des taborites. Tout cela est sans venin pour les fréres, et il n'y a que nous seuls où tout est poison 7.
1 Calv., Epist. ad Vald., p. 195.— ? Ibid., p. 396. — 3 Ibid., p. 211. — * Art. 15, 47. — 5 Act. Syn., Torin., 1595; Synt., Il part., p. 240, 242. — 6 Art. 9. — " /En. Sylv., Hist. Boh., ap. Lyd., p. 395, 405.