‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 310 sur 387 · LIVRE XI, N. CXCVII, CXCVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. CXCVII, CXCVIII

à tout expliquer comme on veut. Par exemple, ils semblent s'é- iuis,

loigner beaucoup de la croyance qu'ils ont que le corps de Jésus- Christ est pris par la bouche, et méme par les indignes, lorsqu'ils disent dans cet accord, « que les signes de la Céne donnent par la foi aux croyans ce qu'ils signifient ‘. » Mais outre qu'ils peuvent dire qu'ils ont parlé de la sorte, parce que la présence réelle n'est connue que par la foi , ils pourront encore ajouter qu'en effet il y a des biens dans la Cène qui ne sont donnés qu'aux seuls croyans, comme la vie éternelle et la nourriture des ames; et que c'est de ceux-là qu'ils veulent parler, lorsqu'ils disent « que les signes donnent par la foi ce qu'ils signifient. »

Je ne m'étonne pas que les bohémiens aient souscrit sans peine à cet accord. Séparés depuis quarante à cinquante ans de l'Eglise catholique, et réduits à ne trouver le christianisme que dans le coin qu'ils occupoient en Bohéme, quand ils virent paroitre les protestans, ils ne songérent qu'à s'appuyer de leur secours. Ils surent gagner Luther par leurs soumissions: on avoit tout de Bucer par des équivoques : les zuingliens se laissoient flatter aux expressions générales des frères, qui disoient sans néanmoins le

"pratiquer, qu'il ne falloit rien ajouter aux termes dont Notre-Seigneur s'étóit servi. Calvin fut plus difficile. Nous avons vu dans la lettre qu'il écrivit aux fréres bohémiens réfugiés en Pologne ?, comme il y blàme l'ambiguité de leur Confession de foi, et déclare qu'on n'y peut souscrire sans ouvrir la porte à la dissension ou à l'erreur.

Contre son avis tout fut souscrit, la Confession Helvétique, la Bohémique et la Saxonique, la présence substantielle avec la présence par la seule vertu, c'est-à-dire les deux doctrines contraires avec les équivoques qui les flattoient toutes deux. On ajouta tout ce qu'on voulut aux paroles de Notre-Seigneur; et en méme temps on approuva la Confession de foi où l'on posoit pour

* maxime qu'il n'y falloit rien ajouter : tout passa, et par ce moyen on fit la paix. On voit comment se séparent et comment s'unissent toutes ces sectes séparées de l'unité catholique : en se séparant de

1 Voy. ci-dessus liv. VIII, n. 18; Synt. Conf., Y part., p. 164. — ? Ep. ad Vald., p. 311.

et eomnent ils s'en peuvent sauver,

Disposilion des frères de Bohème.

Réflexions sur cette union.

la chaire de saint Pierre, elles se séparent entre elles et portent le juste supplice d'avoir méprisé le lien de leur unité. Lorsqu'elles se réunissent en apparence, elles n'en sont pas plus unies dans le fond; et leur union cimentée par des intéréts politiques, ne sert qu'à faire connoitre par une nouvelle preuve qu'elles n'ont pas seulement l'idée de l'unité chrétienne, puisqu'elles n'en viennent jamais « à s'unir dans les sentimens, » comme saint Paul l'a ordonné *,

cxux. — Qu'il nous soit maintenant permis de faire un peu de réflexion

Réflexions

seas Sur cette histoire des vaudois, des albigeois et des bohémiens. On

sur l'his-

wire de VOIt si les protestans ont eu raison de les compter parmi leurs an-

sw Côtres, si cette descendance leur fait honneur, et en partieulier

s'ils ont dà regarder la Bohème depuis Jean Hus comme « la mère

des églises réformées ?. » Il est plus clair que le jour, d'un côté,

qu'on ne nous allégue ces sectes que dans la nécessité de trouver

dans les siècles passés des témoins de ce qu'on croit être la vérilé;

et de l'autre, qu'il n'y a rien de plus misérable que d'alléguer de

tels témoins, qui sont tous convaincus de faux en des matières

capitales, et qui au fond ne s'accordent ni avec les protestans, ni

avec nous, ni avec eux-mêmes. C'est la première réflexion que doivent faire les protestans.

cc. La seconde n'est pas moins importante. Ils doivent considérer

Autre ré- . (pt : T à nexica sur (que toutes ces sectes si différentes entre elles, et si opposées à la

ce que des ,

ws fols lant à nous qu'aux protestans, conviennent avec eux du

contraires

se fondent Commun principe de se régler par les Ecritures, non pas comme.

fontes sur

l'évidence l'Eglise les aura entendues de tout temps, car cette règle est trés- [e pe véritable, mais comme chacun les pourra entendre par lui-même, Voilà ce qui a produit toutes les erreurs et toutes les contrariétés que nous avons vues. Sous le nom de l'Ecriture chacun a suivi sa pensée; et l'Ecriture prise en cette sorte, loin d'unir les esprits, les a divisés, et a fait adorer à chacun les illusions de son

cœur sous le nom de la vérité éternelle.

cci. Mais il y a une dernière et beaucoup plus importante réflexion

Dernière

cvusin. à faire sur toutes les choses qu'on vient de voir dans cette histoire

! Philip., 11, 2. — * Jur., Avis aux Protest. de l'Europe, à la tête des Pré. légitimes, p. 9. :

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