LIVRE XI, N. CCII
abrégée des albigeois et des vaudois. On y découvre la raison joue pour laquelle le Saint-Esprit a inspiré à saint Paul cette pro- ia. phétie : « L'Esprit dit expressément que dans les derniers temps, vta: quelques-uns abandonneront la foi, en suivant des esprits d'er- des-ruur. reur et des doctrines de démons; qui enseigneront le mensonge
avec hypocrisie, et dont la conscience sera flétrie d’un cautère;
qui défendront de se marier, et obligeront de s'abstenir des viandes
que Dieu a créées pour étre recues avec action de graces par les fidéles et par ceux qui connoissent la vérité, parce que tout ce que
Dieu a créé est bon; et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange — * avec action de graces, puisqu'il est sanctifié par la parole de Dieu
et par la prière !. » Tous les saints Pères sont d'accord qu'il s'agit
ici de la secte impie des marcionites et des manichéens qui enseignoient deux principes, et attribuoient au mauvais la création
de l'univers ; ce qui leur faisoit détester et la propagation du genre humain, et l'usage de beaucoup de nourritures qu'ils croyoient immondes et mauvaises par leur nature, comme l'ouvrage d'un créateur qui étoit lui-méme impur et mauvais. Saint Paul désigne
done ces sectes maudites par deux pratiques si marquées: et sans parler d'abord du principe d’où on tiroit ces deux mauvaises conséquences, il s'attache à exprimer les deux caractères sen-
sibles par lesquels nous avons vu que ces sectes infàmes ont été reconnues dans tous les temps.
Mais encore que saint Paul n'exprime pas d’abord la cause pro- car. fonde pour laquelle ces abuseurs défendoient l'usage de deux we des choses si naturelles, il la marque assez dans la suite, lorsqu'il dit Ma pour combalire ces erreurs, que « tout ce que Dieu a créé est Sra bon ?, » renversant par ce principe le détestable sentiment de cette docceux qui trouvoient de l’impureté dans l’œuvre de Dieu, et en- ge. semble nous faisant voir que la racine du mal étoit de ne pas veu connoître la création et de blasphémer le Créateur. C'est aussi ce gr que saint Paul appelle en particulier, plus que toutes les autres doctrines, des doctrines de démons ?, parce qu'il n'y a rien de plus convenable à la jalousie de ces esprits séducteurs contre Dieu et contre les hommes, que d'attaquer la création , condamner les
1] Tímoth., iv, 1-5. — 21 Timoth., 1v, 4. — 8 Ibid., 1.
Question:
Pourquoi le Saint- Esprit, de toutes les hérésies, n'a prédit en parliculier que le seul manichéisme.
Caractères de cette
hérésie.
L'hypocrisie, L'es-
prit de mensonge.
La con-
science cautérisée
œuvres de Dieu, blasphémer contre l’auteur de la loi et contre la loi elle- méme, et souiller la nature humaine par toute sorte d'impuretés et d'illusions. Car c'est là ce que faisoit le manichéisme; et voilà une vraie doctrine de démons, surtout si on ajoute les enchantemens et les prestiges dont il est constant par tous les auteurs qu'on a si souvent usé dans cette secte. De détourner maintenant ce sens si simple et si naturel de saint Paul contre ceux qui reconnoissant et le mariage et toutes les viandes comme une institution et un ouvrage de Dieu, s'en abstiennent volontairement pour mortifier les sens et purifier l'esprit, c'est une illusion trop manifeste; et nous avons vu que les saints Péres s'en sont moqués avant nous. On voit donc très-clairement à qui saint Paul en vouloit, et on ne peut pas méconnoitre ceux qu'il a si bien marqués par leurs propres caractères.
Pourquoi parmi tant d'hérésies le Saint-Esprit n'a voulu marquer expressément que celle-ci : les saints Péres en ont été étonnés et en ont rendu des raisons telles qu'ils l'ont pu en leur siècle. Mais le temps, fidèle interprète des prophéties, nous en a découvert la cause profonde; et on ne s'étonnera plus que le Saint- Esprit ait pris un soin si particulier de nous prémunir contre cette secte, aprés qu'on a vu que c'est celle qui a le plus longtemps et le plus dangereusement infecté le christianisme : le plus longtemps, par tant de siècles qu'on lui a vu occuper; et le plus dangereusement, parce que sans rompre avec éclat comme les autres, elle se tenoit cachée autant qu'il étoit possible dans l'Eglise méme, et s'insinuoit sous les apparences de la méme foi, du méme culte et encore d'un extérieur étonnant de piété. C'est pourquoi l'apótre saint Paul a marqué si expressément son hypocrisie. Jamais l'esprit de mensonge, que cet Apótre remarque, n'a été plus justement attribué à aucune secte; parce qu'outre que celle-ci enseignoit comme les autres une fausse doctrine, elle excelloit audessus des autres à dissimuler sa croyance. Nous avons vu que ces malheureux avouoient tout ce qu'on vouloit : le mensonge ne leur coütoit rien dans les choses les plus essentielles; ils n'épargnoient pas le parjure pour cacher leurs dogmes; la facilité qu'ils avoient à trahir leurs consciences y faisoit voir une certaine in-