‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 312 sur 387 · LIVRE XI, N. CCIV · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. CCIV

sensibilité, que saint Paul exprime admirablement par le cautére, qui rend les chairs insensibles en les mortifiant, comme le docte Théodoret l'a remarqué en ce lieu! : et je ne crois pas que jamais une prophétie ait pu être vérifiée par des caractères plus sensibles que celle-ci l'a été.

Il ne faut plus s'étonner pourquoi le Saint-Esprit a voulu que la prédiction de cette hérésie füt si particulière et si précise. C'étoit plus que toutes les autres hérésies l'erreur des derniers temps , comme l'appelle saint Paul ?, soit que nous prenions pour les derniers temps, selon le style de l'Ecriture, tous les temps de la loi nouvelle; soit que nous prenions pour les derniers temps la fin des siècles, où Satan devoit étre. déchainé de nouveau *. Dès le second et le troisième siècle l'Eglise a vu naître et Cerdon, et Marcion , et Manés, ces ennemis du Créateur. On trouve partout des semences de cette doctrine: on en trouve chez Tatien, qui condamnoit et le vin et le mariage, et qui dans sa Concordance des Evangiles avoit rayé tous les passages oü il est porté que Jésus-Christ est sorti du sang de David *. Cent autres sectes infâmes avoient attaqué le Dieu des Juifs, mais avant Manés et Marcion; et nous apprenons de Théodoret que ce dernier n'avoit fait que tourner d'une autre maniere les impiétés de Simon le Magicien *. Ainsi cette erreur a commencé dès l'origine du christianisme : c'étoit le vrai mystère d'iniquité qui commencoit du temps de saint Paul*: mais le Saint-Esprit, qui prévoyoit que cette peste se devoit un jour déclarer d'une maniere plus manifeste, l'a fait prédire à cet Apótre avec une précision et une évidence étonnante. Marcion et Manés ont mis dans une plus grande évidence ce mystère d'iniquité : la détestable secte a toujours eu depuis ce temps-là sa suite funeste. Nous l'avons vu; et jamais erreur n'avoit plus longtemps troublé l'Eglise, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque par l'éminente doctrine de saint Augustin, et par les soins de saint Léon et de saint Gélase , elle fut éteinte dans tout l'Occident, et dans Rome méme où elle avoit

1 Comm. in hunc locum, tom. II, p. 419. — ? I Timoth., IV. — 3 Apoc., XX, 2, 1. — * Epiph., Her. XLVI, p. 390, etc.; Theod., 1 Her., fab. 20. — 5 Theod., ibid., cap. xxiv. — $ II Thess., 11, T.

' Suite des

raisons pourquoi le Saint- Esprit a.

marqué cette hérésie plutôt que les autres.

tàché de s'établir, on voit enfin arriver le terme fatal du déchainement de Satan. Mille ans aprés que ce fort armé eut été lié par Jésus-Christ venu au monde !, l'esprit d'erreur revient plus que jamais; les restes du manichéisme trop bien conservés en Orient, se débordent sur l'Eglise latine. Qui nous empéche de regarder ces malheureux temps comme un des termes du déchainement de Satan, sans préjudice des autres sens plus cachés? Si pour accomplir la prophétie il ne faut que Gog et Magog ?, nous trouverons dans l'Arménie près de Samosate , la province nommée Gogarène où demeuroient les pauliciens, et nous trouverons Magog dans les Seythes dont les Bulgares sont sortis ?. C'est de là que sont venus ces ennemis innombrables de la cité sainte *, par qui l'Italie est attaquée la première. Le mal est porté en un instant jusqu'à l'extrémité du Nord : une étincelle allume un grand feu; l'embrasement s'étend presque par toute la terre. On y découvre partout le venin caché; avec le manichéisme, l'arianisme et toutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarres et inouis. A peine: put-on éteindre ce feu durant trois à quatre cents ans, et on en voyoit encore des restes au quinzième siecle. ;

Eo Aprés qu'il n'en resta plus que la cendre, le mal ne finit pas

Gt pour cela. Satan. avoit mis dans la secte impie de quoi renouveler

les vaudois

sont sii l'incendie d'une manière plus dangereuse que jamais. La disci-

des albi-

sim pline ecclésiastique s'étoit relâchée par toute la terre; les désordres et les abus portés jusqu'aux environs de l'autel faisoient gémir les bons, les humilioient, les pressoient à se rendre encore meilleurs : mais ils firent un autre effet dans les esprits aigres et superbes. L'Eglise romaine, la Mère et le lieu des Eglises, devint l'objet de la haine de tous les esprits indociles : des salyres envenimées animent le monde contre le clergé ; l'hypocrite manichéen en fait retentir tout l'univers, et donne le nom d'Antechrist à l'Eglise romaine : car c'est alors qu'est née cette pensée, parmi les ordures du manichéisme et au milieu des précurseurs de l'Antechrist même. Ces impies s'imaginent paroitre plus saints, en disant qu'il faut être saint pour administrer les sacremens. L'igno-

** Apoc., xx, 2, 3, 1; Matth., xii, 99; Luc "xt, 21,22 ? Apoc., XX, 7, 8. — 3 Boch. Phal., lib. Ill, 13 — ^ Apoc., ibid.

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