LIVRE XI, N. CCVI, CCVII. ÿ bt
rant vaudois avale ce poison. On ne veut plus recevoir les sacremens par des ministres odieux et décriés : le filet se rompt! de tous côtés, et les schismes se multiplient. Satan n’a plus besoin du manichéisme : la haine contre l'Église s'est répandue. La damnable secte a laissé une engeance semblable à elle, et un principe de schisme trop fécond. N'importe que les hérétiques n'aient pas la méme doctrine; l'aigreur et la haine les dominent, et les réunissent contre l'Eglise; c'en est assez. Le vaudois ne croit pas comme l'albigeois; mais comme l'albigeois il hait l'Eglise, et se publie le seul saint, le seul ministre des sacremens. Viclef ne croit pas comme les vaudois; mais Viclef publie comme les vaudois que le Pape et tout son clergé est déchu de toute autorité par ses déréglemens. Jean Hus ne croit pas comme Viclef, quoiqu'il l'admire : ce qu'il en admire le plus, et ce qu'il en suit presque uniquement, c'est que les crimes font perdre l'autorité. Ces petits bohémiens prirent cet esprit, comme on a vu, et ils le firent paroitre principalement, lorsqu'ils osèrent, une poignée d'hommes ignorans, rebaptiser toute la terre.
Mais une plus grande apostasie se préparoit par le moyen de ces secles. Le monde rempli d'aigreur enfante Luther et Calvin, qui cantonnent la chrétienté : les tours sont différens , mais le fonds est le méme : c'est toujours la haine contre le clergé et contre l'Eglise romaine, et nul homme de bonne foi ne peut nier que ce n'ait là été la cause visible de leur progrès étonnant. I] falloit se réformer : qui ne le reconnoit? Mais il étoit encore plus nécessaire de ne pas rompre. Ceux qui préchoient la rupture, étoientils meilleurs que les autres? Ils en faisoient le semblant ; et c'étoit assez pour tromper et « gagner comme la gangrène, » selon l'expression de saint Paul?. Le monde vouloit condamner et rejeter ses conducteurs : cela s'appelle Réforme. Un nom spécieux éblouit les peuples; et pour exciter la haine, on n'épargne pas la calomnie : ainsi notre doctrine est défigurée ; on la hait devant que de la connoitre.
Avec de nouvelles doctrines on bâtit de nouveaux corps d'églises. Les luthériens et les calvinistes font les deux plus grands :
1 Luc., v, 6. — ? | Timoth., 11, 41.
CCYI.
Comment Lulher et Calvin sont sortis des albigeois
et des vaudois.
CCYII.
Les églises prolestau-
vs cer mais ils ne peuvent trouver dans toute la terre une seule église
“an n qui croie comme eux, ni d’où ils puissent tirer une mission or-
“ape. dinaire et légitime. Les vaudois et les albigeois, que quelques-uns
dns ls nous alléguent , ne servent de rien. Nous venons de les faire voir
"Won. de purs laïques, aussi embarrassés de leur envoi et de leur titre que ceux qui ont recours à eux. On sait que ces hérétiques toulousains ne sont jamais parvenus jusqu'à tromper aucun prétre. Les prédicateurs des vaudois sont des marchands, des gens de métier, des femmes méme. Les bohémiens n'ont pas une meilleure origine; et comme nous l'avons prouvé lorsque les protestans nous alléguent toutes ces sectes, ce n'est pas leurs auteurs qu'ils nous nomment, mais leurs complices.
ccvu. — Mais peut-être que s'ils ne trouvent pas dans ces sectes la suite
Elles . . .
wout des personnes, ils y trouveront la suite de la doctrine? Encore
encore
mons, MOINS : semblables par certains endroits aux hussites, par d'au- "wn tres aux vaudois, par d'autres aux albigeois et aux autres sectes, Fe ils les démentent en d'autres articles : ainsi sans rencontrer rien qui soit uniforme , et prenant de cóté et d'autre ce qui paroit les accommoder, sans suite, sans unité, sans prédécesseurs véritables, ils remontent le plus haut qu'ils peuvent. Ils ne sont pas les premiers à rejeter les honneurs des Saints , ni les oblations pour les morts : ils trouvent avant eux des corps d'église de cette méme croyance sur ces deux points. Les bohémiens les recevoient : mais on a vu que ces bohémiens cherchérent en vain des associés sur la terre. Quoi qu'il en soit, voilà une église devant Luther : c'est quelque chose à qui n’a rien. Mais après tout, cette église qui est devant Luther n'ést que cinquante ans devant : il faudroit tàcher d'aller plus haut : on trouvera les vaudois, et un peu plus haut les manichéens de Toulouse. On trouvera au quatrième siècle les manichéens d'Afrique contraires au culte des Saints : un seul Vigilance les suit dans ce seul point : mais on ne trouvera point plus haut d'auteur certain, et c’est de quoi il s'agit. On ira un peu plus loin sur l'oblation pour les morts. Le prêtre Aérius paroitra, mais seul et sans suite, arien de plus : c’est tout ce qu'on trouvera de positif; tout ce qu'on alléguera au-dessus sera visiblement allégué en l'air. Mais voyons ce qu'on trouvera sur la présence