LIVRE XII, N. III
On commence par rejeter ce qui est mauvais, et on le fait assez bien. Poser, ce sera la grande peine; mais lisons : « Sur le xxxvi article de la Confession de foy, les députez de l'Isle de Frauce représentérent qu'il seroit besoin d'expliquer cét article, en ce qu'il parle de la participation de la substance de Jésus-Christ. Aprés une assez longue conférence, le synode approuvant l'article xxxvt, rejette l'opinion de ceux qui ne veulent recevoir le mot de substance, par lequel mot on n'entend aucune confusion, commixtion ou conjonetion qui soit d'une facon charnelle ni autrement naturelle, mais une conjonction vraye, très-étroite et d'une facon spirituelle, par laquelle Jésus-Christ luy-mesme est tellement fait nostre, et nous siens, qu'il n'y a aucune conjonction de corps ni naturelle ni artificielle qui soit tant étroite; laquelle ne tend point à cette fin toutefois que de sa substance et personne, jointe avec nos substances et personnes, soit composée quelque troisiéme personne et substance, mais seulement à ce que sa vertu et tout ce qui est en luy requis à nostre salut nous soit par ce moyen plus étroitement donné et communiqué , ne consentant avec ceux qui nous disent que nous nous joignons avec fous ses mérites et dons et avec son esprit seulement, sans que luy-mesme soit nostre. » Voilà bien des paroles sans rien dire. Ce n'est pas une commixtion charnelle ni naturelle : qui ne le sait pas? Elle n'a rien de commun avec les mélanges vulgaires : la fin en est divine; la maniére en est toute céleste, et en ce sens spirituelle : qui en doute? Mais quelqu'un a-t-il jamais seulement songé que de la substance de Jésus-Christ unie à la nótre il s'en fit une troisième personne , une troisième substance? Il ne faut point tant perdre de temps à rejeter ces prodiges qui ne sont jamais entrés dans aucun esprit.
C'est quelque chose de rejeter ceux qui ne veulent participer qu'aux mérites de Jésus-Christ, à ses dons et à son esprit, sans que lui-méme se donne à nous : il ne faudroit qu'ajouter qu'il se donne à nous en la propre et naturelle substance de sa chair et de son sang ; car c'est de quoi il s'agit, c'est ce qu'il faut expliquer. Les catholiques le font trés-nettement; car ils disent que Jésus- Christ en prononeant : « Ceci est mon corps; » le méme « qui a été
Vains efforts du synode
pour trouver la substance du corps et du sang dans:
la doctrine des églises prétendues réformé
livré pour vous. Ceci est mon sang, » le même « qui a été répandu pour vous !, » en désigne non la figure, mais la substance, laquelle en disant : Prenez, il rend toute nótre, n'y ayant rien qui soit plus à nous que ce qui nous est donné de cette sorte. Cela parle, cela s'entend. Au lieu de s'expliquer ainsi nettement et précisément, nous allons voir nos ministres se perdre en vagues discours, et entasser passages sur passages sans rien conclure. heprenons oü nous avons fini; voici ce qui se présente : «Ne consentant, poursuivent-ils, avec ceux qui disent que nous nous joignons avec ses mérites et avec ses dons et son esprit seulement, ains admirant avec l’Apostre, Eph., v, ce secret supernaturel et incompréhensible à nostre raison; nous croyons que nous sommes faits participans du corps livré pour nous et du sang répandu pour nous; que nous sommes chair de sa chair, et os de ses os, et le recevons avec tous ses dons avec luy par foy engendré en nous par l'efficace et vertu incompréhensible du Saint-Esprit; en entendant ainsi ce qui est dit : « Qui mange la chair et boit le sang a la vie éternelle; » item : « Christ est le sep et nous les sarmens, » et qu'il nous fait « demeurer en luy afin de porter fruit , » et que nous sommes « membres de son corps, de sa chair et de ses os. » » On craint assurément d'étre entendu, ou plutôt on ne s'entend pas soi-même quand on se charge de tant de paroles inutiles, de tant de phrases enveloppées , de tant de passages confusément entassés. Car enfin ce qu'il faut montrer, c'est le tort qu'ont ceux qui ne voulant reconnoitre dans l'Eucharistie que la communication des mérites et de l'esprit de Jésus-Christ, rejettent de ce mystère «la propre substance de son corps et de son sang. » Or c'est ce qui ne paroit dans aucun de ces passages entassés. Ces passages concluent seulement que nous recevons quelque chose découlée de Jésus-Christ pour nous vivifier, comme les membres recoivent du chef l'esprit qui les anime ; mais ne concluent nullement que nous recevions la propre substance de son corps et de son sang. Il n'y a aucun de ces passages, à la réserve d'un seul, c'est-à-dire celui de saint Jean, vr, qui regarde l'Eucharistie ; et encore celui desaint Jean, vr, ne la regardet-il pas, si nous en croyons les calvinistes. Et si ce passage bien 1 Matth., xxvi, 26, 28; Luc., xxit, 19, 20; 1 Cor., xI, 24.