‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 317 sur 387 · LIVRE XII, N. IV, V · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. IV, V

entendu montre en effet dans l'Eucharistie la propre substance de la chair et du sang de Jésus-Christ, il ne la montre plus de la manière qu'il est ici employé par les ministres, puisque tout leur discours se réduit enfin à dire « que nous recevons Jésus-Christ avec tous ses dons avec luy par foy engendré en nous. Or Jésus- Christ par foy engendré en nous n'est rien moins que Jésus-Christ uni à nous en la propre et véritable substance de sa chair et de Son sang, la premiere de ces unions n'étant que morale, faite par de pieuses affections de l'ame ; et la seconde étant physique, réelle et immédiate de corps à corps et de substance à substance : ainsi ce grand synode n'explique rien moins que ce qu'il veut expliquer. Je remarque dans ce décret que les calvinistes ayant entrepris — w. d'expliquer le mystère de l'Eucharistie, et dans ce mystère la io

cherche le

propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ qui en est le mystère de

* s a l'Eucharisfond, nous alléguent toute autre chose que les paroles de l'institu- tie, sansen . * . : 5 produire tion : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; » ear ils sentent bien risün-

qu'en disant que ces mots emportent la propre substance du corps "m et du sang, c'est faire clairement paroitre que le dessein de Notre- Seigneur a été d'exprimer le corps et le sang, non point en figure ni méme en vertu, mais en effet, en vérité et en substance. Ainsi cette substance sera, non-seulement par la foi dans l'esprit et dans la pensée du fidèle, mais en effet et en vérité sous les espèces sacramentelles où Jésus-Christ la désigne, et par là méme dans nos corps où il nous est ordonné de la recevoir, afin qu'en toutes manières nous jouissions de notre Sauveur et participions à notre victime.

Au reste comme le décret n'avoit allégué aucun passage qui — v.

Raison du

établit la propre substance dont il étoit question, mais plutôt qu'il soe

pour éta-

l'avoit excluse en ne montrant Jésus-Christ uni que par foy , on vicia so-

slance. On

revient enfin à la substance par les paroles suivantes : « Et defait, coc

que l'autre

ainsi que nous tirons nostre mort du premier Adam en tant que oriio es

contraire à

nous participons à sa substance; ainsi faut-il que nous partici- iau pions vraiment au second Adam Jésus-Christ afin d'en tirer nostre

vie. Partant seront tous pasteurs, et généralement tous fidèles exhortez à ne donner aucun lieu aux opinions contraires à ce que dessus, qui a fondement exprés en la parole de Dieu. »

TOM. XIV. 9i

Le synode dit plus qu'il ne veut.

Il s'agissoit d'un point de doctrine.

vir.

Les Suisses se croient condamnés dans celle décision.

Les saints Pères se sont servis de cette comparaison d'Adar pour montrer que Jésus-Christ devoit étre en nous autrement que par foi ou par affection, ou moralement : car ce n'est point seulement par affection et par la pensée qu'Adam et les parens sont dans leurs enfans ; c'est par la communication du méme sang et de la méme substance : et c'est pourquoi l'union que nous avons avec nos parens, et par leur moyen avec Adam d’où nous sommes tous descendus , n'est pas seulement morale, mais physique et substantielle. Les Péres ont conclu de là que le nouvel Adam devoit étre en nous d'une maniére aussi physique et aussi substantielle, afin que nous pussions tirer de lui l'immortalité, comme nous tirons la mortalité de notre premier pére. C'est aussi ce qu'ils ont trouvé, et bien plus abondamment dans l'Eucharistie que dans la génération ordinaire, puisque ce n'est pas une portion du sang et de la substance, mais que c'est toute la substance et tout le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous y est communiqué. Dire maintenant avec les ministres que cette communication se fasse simplement par foi, c'est non-seulement affoiblir la comparaison, mais encore anéantir le mystère; c’est en óter la substance; et au lieu qu'elle se trouve plus abondamment en Jésus-Christ qu'en Adam, c'est faire qu'elle s'y trouve beaucoup moins, ou plutót point du tout.

C'est ainsi que nos docteurs s'embarrassent, et que plus ils font d'efforts pour s'expliquer, plus ils jettent d'obscurité dans les esprits. Cependant à travers ces obscurités on déméle clairement que parmi les défenseurs du sens figuré, il y avoit à la vérité une opinion qui ne vouloit dans l'Eucharistie que les dons et les mérites de Jésus-Christ ou tout au plus son esprit, et non pas la propre substance de sa chair et de son sang; mais que cette opinion étoit expressément contraire à la parole de Dieu, et ne devoit trouver aucun lieu parmi les fidèles.

Il n'est pas malaisé de deviner qui étoient les défenseurs de cette opinion : c'étoient les Suisses disciples de Zuingle, et les Francois qui en approuvant leur sentiment, vouloient faire réformer l'article. C'est pourquoi on entendit aussitót les plaintes des Suisses, qui crurent voir leur condamnation dans le synode de la

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