‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 318 sur 387 · LIVRE XII, N. IX, X · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. IX, X

Rochelle, et la fraternité rompue, puisque malgré le tour de douceur qu'on prenoit dans le décret, leur doctrine au fond étoit rejetée comme contraire à la parole de Dieu, avec expresse exhortation à n'y donner aucun lieu, parmi les pasteurs et les fidèles. Ils écrivirent à Bèze dans cet esprit 1, et la réponse qu'on leur fit fut surprenante. Bèze eut ordre de leur écrire que le décret du synode de la Rochelle ne les regardoit pas, mais seulement certains Francois; de sorte qu'il y avoit une confession de foi pour la France , et une autre pour la Suisse , comme si la foi varioit selon les pays, et qu'il ne füt pas aussi véritable qu'en Jésus-Christ il n'y a ni Suisse, ni Francois, qu'il est véritable, selon saint Paul, qu'il n’y a « ni Scythe, ni Grec ?. » Au surplus Bèze ajoutoit, pour contenter les Suisses, que «les Eglises de France détestoient la présence substantielle et charnelle, » avec les monstres de la transsubstantialion et de la consubstantiation. Voilà donc en passant, les luthériens aussi maltraités que les catholiques, et leur doctrine regardée comme également monstrueuse , mais c'est en écrivant aux Suisses : nous avons vu qu'on sait s'adoucir quand on écrit aux luthériens, et que la consubstantiation est épargnée. Les Suisses ne se payèrent pas de ces subtilités du synode de la Rochelle, et ils virent bien qu'on les attaquoit sous le nom de ces Francois. Bullinger ministre de Zurich , qui eut ordre de répondre à Bèze, lui sut bien dire que c'étoit eux en effet que l'on avoit condamnés : « Vous condamnez , répondit-il, ceux qui rejettent le mot de propre substance; et qui ne sait que nous sommes de ce nombre? » Ce que Bèze avoit ajouté contre la présence charnelle et substantielle n'ótoit pas la difficulté ; Bullinger savoit assez que les catholiques aussi bien que les luthériens se plaignent qu'on leur attribue une présence charnelle à quoi ils ne pensent pas, et d'ailleurs il ne savoit ce que c'étoit de recevoir en substance ce qui n'est pas substantiellement présent : ainsi ne comprenant rien dans les raffinemens de Bèze, ni dans sa substance unie sans étre présente, il lui répondit « qu'il falloit parler nettement en matière de foi, pour ne point réduire les simples à ne savoir plus que croire; » d’où il conclut, « qu'il falloit adoucir 1 Hospin., 1511, p. 344. — ? Coloss., 111, 414, — 8 Hospin., ibid.

Dy Le synode leur fait répondre par Bèze, que cette doctrine n'est que pour la France.

Les luthériens, aussi bien que les catholiques, détestés comme défenseurs d'une opinion monstrueuse.

Les Suisses ne se contentent pas de la réponse de Bèze, et se liennent toujours pour condamnés.

Il fallut enfin changer le dé-

cret, et réduire à

rien la substance.

Réflexion sur cel

affoiblissement de la première doctrine.

le décret, » et ne proposa que ce seul moyen d'acommodement.

Il y fallut enfin venir; et l'année suivante, dans le synode de Nimes, on réduisit la substance à si peu de chose, qu'il eüt autant valu la supprimer tout à fait. Au lieu qu'au synode de la Rochelle il s'agissoit de réprimer une opinion contraire à ce qui avoit fondement exprès en la parole de Dieu, on tàche d'insinuer qu'il ne s'agit que d'un mot. On efface du décret de la Rochelle ces mots qui en faisoient tout le fort : « Le synode rejette l'opinion de ceux qui ne veulent recevoir le mot de substance. » On déclare qu'on ne veut point préjudicier aux étrangers; et on a tant de complaisance pour eux, que ces grands mots de propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ tant affectés par Calvin, tant soutenus par ses disciples, si soigneusement conservés au synode de la Rochelle et à la fin réduits à rien par nos réformés, ne paroissent plus dans leur confession de foi que pour être un monument de l'impression de réalité et de substance que les paroles de Jésus-Christ avoient faites naturellement dans l'esprit de leurs auteurs et dans celui de Calvin méme.

Cependant s'ils veulent penser à ces affoiblissemens de leur premiere doctrine, ils y pourront remarquer comment l'esprit de séduction les a surpris. Leurs pères ne se seroient pas aisément privés de la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Accoutumés dans l'Eglise à cette douce présence du corps et du sang de leur Sauveur, qui est le gage d'un amour immense, on ne les auroit pas aisément réduits à des ombres et à des figures, ni à une simple vertu découlée de ce corps et de ce sang. Calvin leur avoit promis quelque chose de plus. Ils s'étoient laissés attirer par une idée de réalité et de substance continuellement ineulquée dans ses livres, dans ses sermons, dans ses commentaires, dans ses confessions de foi, dans ses catéchismes : fausse idée, je le confesse , puisqu'elle y étoit en paroles seulement , et non en effet ; mais enfin cette belle idée les avoit charmés ; et ne croyant rien perdre de ce qu'ils avoient daus l'Eglise, ils n'ont pas craint de la quitter. Maintenant que Zuingle a prisle dessus de l'aveu de leurssynodes, et que les grands mots de Calvin demeurent visiblement sans force et sans aucun sens, que ne reviennent-ils de leur erreur, et

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