LIVRE XII, N. XIII, XIV
que ne cherchent-ils dans l'Eglise la réelle possession dont on les avoit flattés ?
Les Suisses zuingliens furent apaisés par l'explication du synode de Nimes : mais le fond de la division subsistoit toujours. Tant de différentes confessions de foi en étoient une marque trop convaincante pour pouvoir être dissimulée. Cependant les François, et les Suisses, et les Anglois , et les Polonois avoient la leur, que chacun gardoit sans prendre celle des autres; et leur union sembloit plus tenir de la politique que d'une concorde sincère.
On a souvent cherché des remédes à cet inconvénient, mais en vain. En 1577 il se tint une assemblée à Francfort, où se trouvèrent les ambassadeurs de la reine Elisabeth, avec des députés de France, de Pologne, de Hongrie et des Pays-Bas. Le comte palatin Jean Casimir, qui l'année précédente avoit amené en France un si grand secours à nos réformés , procura cette assemblée ‘. Tout le parti qui défendoit le sens figuré, dont ce prince étoit lui-même, y étoit assemblé, à la réserve des Suisses et des Bohémiens. Mais ceux-ci avoient envoyé leur déclaration, par laquelle ils se soumettoient à ce qui seroit résolu : et pour les Suisses, le Palatin fit déclarer par son ambassadeur qu'il s'en tenoit assuré. Le dessein de cette assemblée, comme il paroit tant par le discours du député lorsqu'il en fit l'ouverture, que par le consentement unanime de tous les autres députés, étoit de dresser une commune confession de foi de ces églises?; et la raison qui avoit porté le Palatin à faire cette proposition, c'est que les luthériens d'Allemagne, aprés avoir fait ce fameux livre de la Concorde dont nous avons souvent parlé, devoient tenir une assemblée à Magdebourg, pour y prononcer d'un commun accord l'approbation de ce livre, et à la fois la condamnation de tous ceux qui ne voudroient pas y souscrire ; en sorte qu'étant déclarés hérétiques, ils fussent exclus de la tolérance que l'Empire avoit accordée sur le sujet de la religion. Par ce moyen tous les défenseurs du sens figuré étoient proscrits, et le monstre de l'ubiquité soutenu dans ce livre étoit établi. Il étoit de l'intérêt de ces églises que l'on vouloit condamner, de paroitre alors nombreuses, puissantes et unies. On les décrioit comme
1 Act. auth. Blond., p. 59. — ? Ibid., p. 60.
Les diverses confessions de foi marquent la désu-
nion du
parti
L'assemblée de Francfort où on tâche de faire convenir les défenseurs du sens figuré d’une commune confession de foi.
On veut comprendre les luthériens dans cette commune confession de foi.
Qualités de cette nouvelle
confession de foi.
Députés nommés pour la dresser,
ayant chacune leur confession de foi particulière; et les luthériens réunis sous le nom commun de la Confession d' Augsbourg, se portoient aisément à proscrire un parti que sa désunion faisoit mépriser.
On y couvroit néanmoins le mieux qu'on pouvoit un si grand mal par des paroles spécieuses; et le député palatin disoit que toutes ces confessions de foi, « conformes dans la doctrine, ne différoient que dans la méthode et dans la maniere de parler. » Mais il savoit bien le contraire, et les différences n'étoient que trop réelles pour ces églises. Quoi qu'il en soit, il leur importoit, pour arréter les luthériens, de leur faire voir leur union par une confession de foi aussi recue entre eux tous que l'étoit celle d'Augsbourg dans le parti luthérien. Mais on avoit un dessein encore plus général : car en faisant cette nouvelle confession de foi commune aux défenseurs du sens figuré, on vouloit chercher des expressions dont les luthériens défenseurs du sens littéral pussent convenir, et faire par ce moyen un méme corps de tout le parti qui se disoit réformé. Les députés n'avoient point de meilleur moyen d'empécher la condamnation dont le parti luthérien les menacoit. C'est pourquoi le décret qu'ils firent sur cette « commune confession de foi » fut tourné de cette sorte : « Qu'il la falloit faire, et la faire claire, pleine et solide, avec une claire et brieve réfutation de toutes les hérésies de ce temps en tempérant néanmoins tellement le style, qu'on attirast plütost que d'aigrir ceux qui confessent purement la Confession d'Augsbourg , autant que la vérité le pourroit permettre *. »
La faire claire, la faire pleine, la faire solide cette confession de foi, avec une claire et courte réfutation de toutes les hérésies de ce temps, c’étoit une grande affaire; de beaux mots, mais une chose bien difficile, pour ne pas dire impossible, parmi des gens dont les sentimens étoient si divers : surtout pour n'irriter pas davantage les luthériens si zélés défenseurs du sens littéral , il falloit passer bien légèrement sur la présence réelle, et sur les autres arlicles si souvent marqués. On nomma des théologiens «bien instruits des maux de l'Eglise, » c'est-à-dire des divisions
1 Act. auth. Blond., p. 62.