‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 320 sur 387 · LIVRE XII, N. XVII, XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. XVII, XVIII

de la Réforme, et des confessions de foi qui la partageoient. Rodolphe Gaultier et Théodore de Bèze, ministres l'un de Zurich et l’autre de Genève « devoient mettre la dernière main à l'ouvrage, » qu'on devoit ensuite envoyer « à toutes les églises pour estre leù, éxaminé, corrigé et augmenté comme on le trouveroit à propos. »

Pour préparer un ouvrage d'un si grand raffinement, et empécher la condamnation que les luthériens alloient faire éclore, on résolut d'écrire au nom de toute l'assemblée une lettre qui füt eapable de les adoucir. On leur dit done « que cette assemblée avoit esté convoquée de plusieurs endroits du monde chrétien, pour s'opposer aux entreprises du Pape, aprés les avis qu'on avoit eüs quil réunissoit contre eux les plus puissans princes de la chrétienté ; » c'étoit à dire l'Empereur, le roi de France, et le roi d'Espagne; « mais que ce qui les avoit le plus affligez estoit que quelques princes d'Allemagne, qui invoquent , disoient-ils, le mesme Dieu que nous, » comme si les catholiques en avoient un autre, « et détestoient avec nous la tyrannie de l'Antechrist romain, se préparoient à condamner la doctrine de leurs églises ; et qu'ainsi parmi les malheurs qui les.accabloient, ils se voyoient attaquez par ceux dont la vertu et la sagesse faisoit la meilleure partie de leur espérance. »

Ensuite ils représentoient à ceux de la Confession d'Augsbourg, que le Pape en ruinant les autres églises ne les épargneroit pas : « car comment, poursuivent-ils, hairoit-il moins ceux qui les premiers luy ont donné le coup mortel? » c'est-à-dire, les luthériens qu'ils mettent par ce moyen à la tête de tout le parti. Ils proposent un concile libre pour s'unir entre eux, et s'opposer à l'ennemi commun. Enfin aprés s'étre plaints qu'on les vouloit condamner sans les ouir, ils disent que la controverse qui les divise le plus d’avec ceux de la Confession d'Augsbourg, c'està-dire celle de la Cène et de la présence réelle, n'a pas tant de difficulté qu'on s'imagine, et qu'on leur fait tort en les accusant de rejeter la Confession d' Augsbourg. Mais ils ajoutent qu'elle avoit besoin d'explication en quelques endroits, et que Luther méme et Mélanchthon y avoient fait quelques corrections; par oü ils en-

Lettre écrite aux luthériens par l'assemblée de Francfort.

L'assemblée diminuela difficulté de la présence réelle.

Consentement du synode de Sainte-Foi à la nouvelle confession de foi.

tendent manifestement ces diverses éditions oü l'on a fait les changemens que nous avons vus durant la vie de Luther et de Mélanchthon.

L'année suivante les calvinistes de France tinrent leur synode national de Sainte-Foi, où ils donnèrent pouvoir de changer la Confession de foi qu'ils avoient si solennellement présentée à nos rois, et qu'ils se glorifioient de soutenir jusqu'à répandre tout leur sang. Le décret en est mémorable : il y est porté « qu'aprés avoir veü les instructions de l'assemblée tenüe à Francfort par le moyen du duc Jean Casimir, ils entrent dans le dessein de lier en une sainte union de pure doctrine toutes les églises réformées de la chrétienté, dont certains théologiens protestans vouloient condamner la plus grande et saine partie; et approuvent le dessein de faire et dresser un formulaire de Confession de foy commune à toutes les églises, aussi bien que l'invitation faite nommément aux églises de ce royaume, pour envoyer au lieu assigné gens bien approuvez et autorisez avec ample procuration, pour traiter, accorder et décider de tous les points de la doctrine et autres choses concernant l'union, repos, et conservation de l'Eglise et du pur service de Dieu. » En exécution de ce projet ils nomment quatre députés pour dresser cette commune confession de foi, mais avec un pouvoir beaucoup plus ample que celui qu'on leur avoit demandé dans l'assemblée de Francfort. Car au lieu que cette assemblée, qui n'avoit pu croire que les églises pussent convenir d'une confession de foi sans la voir, avoit ordonné qu'après qu'elle auroit été composée par certains ministres et limée par d'autres, elle seroit envoyée à toutes les églises pour l'examiner et corriger : ce synode facile au delà de tout ce qu'on avoit pu imaginer, non-seulement « donne charge expresse » à ces quatre députés « de se trouver au lieu et jour assigné, avee amples procurations tant des ministres qu'en particulier de monseigneur le vicomte de Turenne; » mais y ajoute de plus, « qu'en eas mesme qu'on n'eust le moyen d'éxaminer par toutes les provinces cette confession de foy, on se remet à leur prudence et sain jugement pour accorder et conclure tous les points qui seront mis en délibération , soit pour la doctrine, ou autres choses

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