‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 33 sur 387 · LIVRE II, N. X · texte numérisé non relu

LIVRE II, N. X

autant !. » — « Si j'avois voulu, poursuit-il, faire les choses avec vanter son tumulte, toute l'Allemagne nageroit dans le sang; et lorsque """* j'étois à Vorms , j'aurois pu mettre les affaires en tel état, que l'empereur n'y eüt pas été en sûreté ?. » C'est ce que nous n'avions pas vu dans les histoires. Mais le peuple une fois prévenu croyoit tout, et Luther se sentoit tellement le maitre, qu'il osa bien leur dire en pleine chaire : « Au reste si vous prétendez continuer à faire les choses par ces communes délibérations, je me dédirai sans hésiter, de tout ce que j'ai écrit ou enseigné : j'en ferai ma rétractation, et je vous laisserailà. Tenez-le-vous pour ditune bonne fois; et après tout, quel mai vous fera la messe papale? » On croit songer, quand on lit ces choses dans les écrits de Luther imprimés à Vitenberg : on revient au commencement du volume, pour voir si on a bien lu, et on se dit à soi-même : Quel est ce nouvel évangile? Un tel homme a-t-il pu passer pour réformateur? N'en reviendra-t-on jamais? Est-il done si difficile à l'homme de confesser son erreur ?

Carlostad de son côté ne se tint pas en repos; et poussé avec x

: SPA : ; iode tant d'ardeur, il se mit à combattre la doctrine de la présence "si des

plus gran-

réelle, autant pour attaquer Luther que par aucun autre motif. us coss Luther aussi, quoiqu'il eût pensé à óter l'élévation de l'hostie , la Factor retint « en dépit de Carlostad , » comme il le déclare lui-même , o «et de peur, poursuit-il, qu'il ne semblât que le diable nous eüt appris quelque chose ?. »

Il ne parla pas plus modérément de la communion sous les deux espèces, que le même Carlostad avoit rétablie de son autorité privée. Luther la tenoit alors pour assez indifférente. Dans la lettre qu'il écrivit sur la réformation de Carlostad, il lui reproche « d'ayoir mis le christianisme dans ces choses de néant, à communier sous les deux espèces, à prendre le sacrement dans la main, à Ôter la confession et à brüler les images *. » Et encore en 1523 il dit dans la formule de la messe : « Si un concile ordonnoit ou

permettoit les deux espèces , en dépit du concile nous n'en pren- .

1 Sermo docens abusus, non manibus sed verbo exterm., etc., 1521. — ? Ibid., 215, — ? Luth., par. Confess., Hospin., part. II, fol. 188. — * Epist. ad Gasp. Gustol.

De quelle sorte la guerre fut déclarée entre Luther et Carlostad.

drions qu'une, ou ne prendrions ni l'une ni l'autre, et maudirions ceux qui prendroient les deux en vertu de cette ordonnance i. » Voilà ce qu'on appeloit la liberté chrétienne dans la nouvelle Réforme : telle étoit la modestie et l'humilité de ces nouveaux chréliens.

Carlostad chassé de Vitenberg , fut contraint de se retirer à Orlemonde, ville de Thuringe, dépendante de l'éleeteur de Saxe. En ces temps toute l'Allemagne étoit en feu. Les paysans révoltés contre leurs seigneurs avoient pris les armes, et imploroient le secours de Luther. Outre qu'ils en suivoient la doctrine, on prétendoit que son livre de la Liberté chrétienne n'avoit pas peu contribué à leur inspirer la rébellion par la manière hardie dont il y parloit « contre les législateurs et contre les lois ?. » Car encore qu'il se sauvát en disant qu'il n'entendoit point parler des magisirats ni des lois civiles, il étoit vrai cependant qu'il méloit «les princes et les potentats » avec le Pape et les évéques; et prononcer généralement, comme il faisoit, que le chrétien n'étoit sujet à aucun homme, c'étoit, en attendant l'interprétation, nourrir l'esprit d'indépendance dans les peuples et donner des vues dangereuses à leurs conducteurs. Joint que mépriser les puissances soutenues par la majesté de la religion, étoit encore un moyen d'affaiblir les autres. Les anabaptistes, autre rejeton de la docirine de Luther , puisqu'ils ne s'étoient formés qu'en poussant à bout ses maximes, se méloient à ce tumulte des paysans, et commencoient à tourner leurs inspirations sacriléges à une révolte manifeste. Carlostad donna dans ces nouveautés, du moins Luther l'en accuse; et il est vrai qu'il étoit dans une grande liaison avec lesanabaptistes ?, grondant sans cesse avec eux autant contre l'électeur que contre Luther, qu'il appeloit un flatteur du Pape, à cause principalement de quelque reste qu'il conservoit de la messe et de la présence réelle : car c'étoit à qui blàmeroit le plus l'Eglise romaine, et à qui s'éloigneroitle plus de ses dogmes. Ces disputes avoient excité de grands mouvemens à Orlemonde (a). Luther y

! Form. Miss., tom. II, fol, 384, 386. — ? De libert. Christ., tom. M, fol. 40, 11. — 3 Sleid., lib. V, 17.

(a) Orlamunde.

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