‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 335 sur 387 · LIVRE XIII, N. XX, XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. XX, XXI

avance la fin des douze cent soixante ans, il en faut faire remonter le commencement, et établir la naissance de l'empire antichrétien toujours dans des temps plus purs. Ainsi pour finir en 1710 ou environ, il faut avoir commencé la persécution antichrétienne en l'an 450 ou 54, sous le pontificat de saint Léon ; et c'est aussi le parti que prend l'auteur, aprés Joseph Méde, qui s'est rendu de nos jours célèbre en Angleterre par ses doctes réveries sur l'Apocalypse et sur les autres prophéties dont on se sert contre nous. Il semble que Dieu ait eu dessein de confondre ces imposteurs en remplissant la chaire de saint Pierre des plus grands hommes et des plus saints qu'elle ait jamais eus, dans les temps que l'on en veut faire le siége de l'Antechrist. Peut-on seulement songer aux lettres et aux sermons oü saint Léon inspire encore aujourd'hui avec tant de force à ses lecteurs la foi en Jésus-Christ, et croire qu'un Antechrist en ait été l'auteur? Mais quel autre Pape a combattu avec plus de vigueur les ennemis de Jésus-Christ, a soutenu avec plus de zèle et la grace chrétienne et la doctrine ecclésiastique, et enfin a donné au monde une plus saine doctrine avec de plus saints exemples? Celui dont la sainteté se fit respecter parle barbare Attila et sauva Rome du carnage, est le premier Antechrist et la source de tous les autres. C'est l'Antechrist qui a tenu le quatrième concile général, si respecté par tous les vrais chrétiens : c'est l'Antechrist qui a dicté cette divine lettre à Flavien, qui a fait l'admiration de toute l'Eglise, où le mystère de Jésus-Christ est si hautement et si précisément expliqué, que les Pères de ce grand concile s'écrioient à chaque mot : Pierre a parlé par Léon : au lieu qu'il falloit dire que l'Antechrist parloit par sa bouche, ou plutót que Pierre et Jésus-Christ méme parloient par la bouche de l'Anteclirist. Ne faut-il pas avoir avalé jusqu'à la lie le breuvage d'assoupissement que boivent les prophétes de mensonge, et s'en étre enivré jusqu'au vertige pour annoncer au monde de tels prodiges?

* A cet endroit de la prophétie le nouveau prophète a prévu l'indignation du genre humain et celle des protestans, aussi bien que des catholiques : car il est forcé d'avouer que « depuis Léon Ier jusqu'à Grégoire le Grand » inclusivement, Rome a eu plusieurs TOM. XIV. 39

gé à le faire naitre en la personne de S. Léon le Grand.

Absurdité de ce système.

Vaine évasion du ministre.

Deux mauvais caraeléres qu'on

altribue à S. Léon.

bons évéques dont il faut faire autant d'antechrists; et il espere contenter le monde en disant que c'étoit « des antechrists commencez!.» Mais enfin si les douze cent soixante ans de la persécution antichrétienne commencent alors, il faut ou abandonner le sens qu'on donne à la prophétie ou dire que dés lors « la sainte cité fut foulée aux pieds par les gentils; les deux témoins, » c'està-dire « le petit nombre des fidèles, » mis à mort ?; « la femme enceinte, » c’est-à-dire l'Eglise, « chassée dans le désert?,» et tout au moins privée de son exercice publie; que dés lors enfin commencèrent les exécrables « blasphémes de la beste contre le nom de Dieu, et contre tous ceux qui habitent dans le ciel, et la guerre qu'elle devoit faire aux Saints *. » Car il est expliqué en termes exprés dans saint Jean, que tout cela devoit durer pendant les douze cent soixante jours qu'on veut prendre pour des années. Faire commencer ces blasphèmes, cette guerre, cette persécution antichrétienne, et ce triomphe de l'erreur dans l'Eglise romaine dès le temps de saint Léon, de saint Gélase, de saint Grégoire, et la faire durer pendant tous ces siècles, où constamment cette Eglise étoitle modéle de toutes les églises, non-seulement dans la foi, mais encore dans la piété et dans les mœurs, c'est le comble de l'extravagance. j|

Mais encore, qu'a fait saint Léon pour mériter d’être le premier Antechrist? On n'est pas Antechrist pour rien. Voici les trois caractères qu'on donne à l’antichristianisme qu'il faut faire convenir au temps de saint Léon et à lui-même : l'idolátrie, la tyrannie et la corruption des maurs. On gémit d'avoir à défendre : saint Léon de tous ces reproches contre des chrétiens : mais la charité nous y contraint. Commenceons par la corruption des mœurs. Mais quoi! on n'objecte rien sur ce sujet : on ne trouve dans la vie de ce grand Pape que des exemples de sainteté. De son temps la discipline ecclésiastique étoit encore dans toute sa force, et saint Léon en étoit le soutien. Voilà comme les mœurs étoient déchues. Parcourons les autres caractères, et tranchons encore

1 Acc., le part., chap. 11, p. 39-41. — ? Apoc., xr, 2, 7; Acc. des Proph., Ile part., chap. x, p. 159. — ? Apoc., xit, 6, 14. — * Ibid., xur, 5, 6, — * Acc. des. Proph., He part., chap. 11, p. 18, 28.

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