LIVRE XIII, N. XXIII, XXIV
en un mot sur celui de la tyrannie. C'est, dit-on, que depuis « Léon I* qui estoit séant l'an 450, jusqu'à Grégoire le Grand, les évesques de Rome ont travaillé à s’arroger une supériorité sur l'Eglise universelle ' : » mais est-ce Léon qui a commencé? On n'ose le dire; on dit seulement « qu'il y travailloit : » car on sait bien que saint Célestin, son prédécesseur, et saint Boniface, et saint Zozime, et saint Innocent, pour ne pas maintenant remonter plus haut, ont agi comme saint Léon, et n'ont pas moins soutenu l'autorité de la chaire de saint Pierre. Pourquoi donc ne sont-ils pas de ces antechrists du moins commencés? C'est que si l'on avoit commencé dés leur temps, les douze cent soixante ans seroient déjà écoulés, et l'événement auroit démenti le sens qu'on veut donner à l'Apocalypse. Voilà comme on amuse le monde, et comme on tourne les oracles divins à sa fantaisie.
Mais il est temps de venir au troisième caractère de la bête, qu'on veut trouver dans saint Léon et dans toute l'Eglise de son temps. C’est un nouveau paganisme, une idolâtrie pire que celle des gentils, dans le culte qu'on rendoit aux Saints et à leurs reliques. C'est sur ce troisième caractère qu'on appuie le plus : Joseph Méde a l'honneur de l'invention ; car c’est lui qui interprétant ces paroles de Daniel : « 11 adorerale dieu Mauzzim ; » c'est-à-dire comme il le traduit, le Dieu des forces, et encore «il élévera les forteresses » Mauzzim «du Dieu étranger; » les entend de l'Anteehrist, qui appellera les Saints sa forteresse ?.
Mais comment trouvera-t-il que l'Antechrist donnera ce nom aux Saints? C'est, dit-il *, à cause que saint Basile a préché à tout son peuple, ou plutôt à tout l'univers, qui a lu avec respect ses divins sermons, que lesquarante martyrs dont on voit les reliques, « étoient des tours par lesquelles la ville étoit défendue *. » Saint Chrysostome a dit aussi « que les reliques de saint Pierre et de saint Paul étoient à la ville de Rome des tours plus assurées que dix mille remparts *. » N'est-ce pas là, conclut Mède, élever les dieux Mauzzims? Saint Basile et saint Chrysostome sont
1 Acc. des Proph., ll? part., chap. 11, p. 41. — ? Expos. of. Dan., cap. XI, n. 36, etc.; Book, Ill, cap. xvr, xvir, p. 66 et seq.; Dan., x1, 38, 39. — 3 Ibid., cap. XVIT, p. 673. — * Bas., Orat. in xL Mart.; id. in M. Mart. — 5 Chrys., hom. xxxii in Ep. ad Rom.
Idolátrie de S. Léon Les Maozzims de Daniel appliqués aux Saints
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S. Basile et les autres saints du même temps accusés de la même idolâtrie,
Autres saints pareillement idolâtres.
S. Ambroise ajouté aux autres par M. Ju-
rieu.
Les minisires ne peuvent pas croire ce qu'ils disent.
les Antechrists qui érigent ces forteresses contre le vrai Dieu.
Ils ne sont pas les seuls : le poéte Fortunat a chanté, après saint Chrysostome, que « Rome avoit deux remparts et deux tours dans saint Pierre et dans saint Paul. » Saint Grégoire en a dit autant. Saint Chrysostome répète encore « que les saints martyrs de l'Egypte nous fortifient comme des remparts imprenables, comme d'inébranlables rochers, contre les ennemis invisibles '!. » Et Mède reprend toujours : « N'est-ce pas là des Moazins? » Il ajoute que saint Hilaire trouve aussi nos boulevards dans les anges. Il cite saint Grégoire de Nysse, frére de saint Basile?, Gennadius, Evagrius, saint Eucher, Théodoret et les priéres des Grees, pour montrer la méme chose. Il n'oublie pas que la croix est appelée notre défense, et que nous disons tous les jours : « Se fortifier du signe de la croix : » Munire se signo crucis ? : la eroix y vient comme le reste, et ce sacré symbole de notre salut sera encore rangé parmi les Maozins de l'Antechrist.
M. Jurieu reléve tous ces beaux passages de Joseph Méde; et pour n'étre pas un simple copiste, il y ajoute saint Ambroise, qui dit que saint Gervais et saint Protais étoient les anges tutélaires de la ville de Milan *. Il pouvoit encore nommer saint Grégoire de Nazianze , saint Augustin et enfin tous les autres Péres, dont les expressions ne sont pas moins fortes*. Tout cela, c'est faire des Saints autant de dieux, parce que c'est en faire des remparts et des rochers où on a une retraite assurée, et que.l'Ecriture donne ces noms à Dieu.
Ces messieurs savent bien en leur conscience que les Pères dont ils produisent les passages ne l'entendent pas ainsi: mais qu'ils veulent dire seulement que Dieu nous donne dans les Saints, comme il a fait autrefois dans Moise, dans David et dans Jérémie, des invincibles protecteurs dont les prières agréables nous sont une défense plus assurée que mille remparts : car il sait faire de ses Saints, quand il lui plait et à la manière qu'il lui plait, des forteresses imprenables, et des «colonnes de fer, et des murailles
1 Chrys., hom. Lxx ad Pop. Ant. — ? Orat. in xL Mart. — 3 Ibid., p. 618. — * Acc. des Proph., |re part., chap. xIV, p. 248, 249 et seq.— 5 Ibid., p. 245; Med., ubi sup., cap. XVI.