‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 337 sur 387 · LIVRE XIII, N. XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. XXVIII

d'airain '. » Nos docteurs, encore un coup, savent bien en leur conscience que c'est là le sens de saint Chrysostome et de saint Basile, quand ils appellent les Saints des tours et des forteresses. Ces exemples leur devroient apprendre à ne prendre pas au criminel d'autres expressions aussi fortes , et ensemble aussi innocentes que celles-là : et du moins il ne faudroit pas pousser l'impiété jusqu'à faire de ces saints docteurs les fondateurs de l’idolâtrie antichrétienne, puisque c'est attribuer cet attentat à toute l'Eglise de leur temps, dont ils n'ont fait que nous expliquer la doctrine et le culte. Aussi ne faut-il pas s'imaginer qu'on puisse croire sérieusement ce qu'on en dit, ni ranger tant de Saints parmi des blasphémateurs et des idolàtres. On doit seulement conclure de là que les ministres sont emportés au delà de toute mesure, et que, sans éclairer l'esprit, ils ne songent qu'à exciter la haine dans le cœur.

Mais enfin, s'il faut tenir pour des antechrists tous ces prétendus adorateurs des Mauzzins, pourquoi différer jusqu'à saint Léon le commencement de l'empire antichrétien? Montrez-moi que du temps de ce saint Pape on ait plus fait pour les Saints, que de les reconnoitre pour des tours et des remparts invincibles. Montrezmoi qu'on eût mis alors plus de force dans leurs prières, et qu'on eût rendu plus d'honneur à leurs reliques. Vous dites ? qu'en 360 et 390 le culte des créatures, c'est-à-dire, selon vous, celui des Saints , n'étoit pas encore établi dans le service public : montrezmoi qu'il le fut ou plus ou moins sous saint Léon. Vous dites que dans ces mémes années de 360 et 390, on prenoit encore de grandes précautions pour ne pas confondre le service de Dieu avec le service des créatures qui naissoit : montrez-moi qu'on en ait moins pris dans la suité , et surtout du temps de saint Léon. Mais qui jamais auroit pu confondre des choses si bien distinguées? On demande à Dieu les choses; on demande aux Saints des prières : qui s’avisa jamais de demander ou des prières à Dieu, ou les choses mémes aux Saints comme à ceux qui les donnassent? Montrez done que du temps de saint Léon on eût confondu des caractères si marqués, et le service de Dieu avec l'honneur qu'on rend pour

1 Jerem; 1, 18. — 2 Ace., Ile part, p. 23,

xxyrr.

Pourquoi ils ne font pas commencer l'antichristianisme à S. Basile aussitôt qu'à S. Léon.

l'amour de lui à ses serviteurs. Vous ne l'entreprendrez jamais. Pourquoi done demeurer en si beau chemin? Osez dire ce que vous pensez. Commencez par saint Basile et par saint Grégoire de Nazianze le règne de l'idolàtrie antichrétienne, et les blasphémes de la béte contre l'Eternel et contre tout ce qui habite dans le ciel : tournez en blasphéme contre Dieu et contre les Saints.ce qu'on a dit dés lors de la gloire que Dieu donnoit à ses serviteurs dans son Eglise. Saint Basile n'est pas meilleur que saint Léon, ni l'Eglise plus privilégiée à la fin du quatrième siècle que cinquante ans aprés, dans le milieu du cinquième. Mais je vois la réponse que vous me faites dans votre cœur : c'est qu'à commencer par saint Basile, tout seroit fini il y a longtemps; et démentis par l'événement, vous ne pourriez plus amuser les peuples d'une vaine attente.

Eod En effet notre auteur avoue qu'on pourroit commencer tout son cw. — caleul à quatre années différentes : à 360, à 393, à 430 et enfin à 450 ou 53, qui est le calcul qu'il suit '. Toutes ces quatre supputations, selon lui, conviennent admirablement au système de la nouvelle idolâtrie : mais par malheur dans les deux premières supputations, où tout le reste, à ce qu'on prétend, convenoit si bien, le principal manque : c'est que selon ces calculs l'empire papal devroit être tombé en 1620 ou 1653* : or il est encore, et il a quelque répit. Pour le troisième calcul, il finit en 1690, à quatre ou cinq ans d'ici, dit notre auteur : ce seroit trop s'exposer que de prendre un terme si court. Cependant tout y convenoit parfaitement. Voilà ce que c'est que ces convenances dont on fait un si grand cas : ce sont des illusions manifestes, des songes, des visions démenties par l'événement.

xxx — « Mais, dit-on, la principale raison | pourquoy Dieu ne veut pas nante compter n naissance de l'antichristianisme de ces années 360,

sie et des 393 et 430, » encore que la nouvelle idolâtrie, qu'on veut être le iis ni. caractère de l'antichristianisme , y fût établie, c’est « qu'il y avoit Met un quatriéme caractére de la naissance de cét empire antichrétien »üewé- qui n'estoit pas encore arrivé? ; » c’est que l'empire romain devoit UU étre détruit; c’est qu'il devoit y avoir sept rois *, c'est-à-dire, se-

1 Acc., II? part., p. 20 et seq.— ? Ibid., p. 22.— 8 Ibid., p. 23.— * Apoc., xvii, 9.

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