‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 338 sur 387 · LIVRE XIII, N. XXXI, XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. XXXI, XXXII

lon tous les protestans, sept formes de gouvernement dans la ville aux sept montagnes, c’est-à-dire dans Rome. L'empire papal devoit faire le septième gouvernement; et il falloit que les six autres fussent détruits pour donner lieu au septième, qui étoit celui du Pape et de l'Antechrist. Lorsque Rome devoit cesser d’être maitresse, et que l'empire antichrétien devoit commencer, il falloit qu'il y eût dix rois qui recussent en méme temps la souveraine puissance; et dix royaumes, « dans lesquels l'Empire de Rome devoit estre subdivisé', » selon l'oracle de l'Apocalypse. Tout cela S'est accompli à point nommé dans le temps de saint Léon : c'est done là le temps précis de la naissance de l'Antechrist, et on ne peut pas résister à ces convenances.

. Doetrine admirable! Ce n'étoit pas ces dix rois ni ce démembrement de l'empire qui devoit constituer l'Antechrist ,-et ce n'étoit Jà tout au plus qu'une marque extérieure de sa naissance : ce qui le constitue véritablement, c’est la corruption des mœurs, c'est la prétention de la supériorité, c'est principalement la nouvelle idolàtrie. Tout cela n'est pas plus sous saint Léon que quatre-vingts ou cent ans auparavant : mais Dieu ne le vouloit pas encore imputer à antichristianisme , et il ne lui plaisoit pas que la nouvelle idolâtrie, quoique déjà toute formée, füt antichrétienne. Il n'est pas possible à la fin que de telles extravagances , où l'impiété et l'absurdité combattent ensemble à qui emportera le dessus, n'ouvrent les yeux à nos frères ; et ils se désabuseront à la fin de ceux qui leur débitent de tels songes.

Mais entrons un peu dans le détail de ces belles convenances, qui ont tant ébloui nos réformés ; et commencons par ces sept rois qui selon saint Jean sont les sept tétes de la béte, et par ces dix cornes qui selon le méme saint Jean sont dix autres rois. Le sens, dit-on, en est manifeste. « Les sept testes, dit saint Jean ?, sont les sept montagnes sur lesquelles la femme est assise , et ce sont sept rois : cinq sont passez ; l'un subsiste, l'autre n'est pas encore arrivé; et lorsqu'il sera arrivé, il faut qu'il subsiste peu; et la beste, qui estoit et qui n'est pas, est aussi le huitiéme roy, et en mesme temps un des sept; et il va tomber en ruine?. » Les sept rois, c'est, (1 Apoc., XNIT, 12. — ? Ibid., 3, 9, 19. — 3 Acc., Ire part., p. 11.

Absurdité inonie.

Le système des ministressur les

sept rois de l'Apocalypse,

évidemment confondu par les termes de cette propháétlie.

616 i HISTOIRE DES VARIATIONS.

dit-on, les sept formes de gouvernement sous lesquelles Rome a vécu : les rois, les consuls, les dictateurs, les décemvirs, les tribuns militaires qui avoient la puissance consulaire, les empereurs et enfin le Pape. Cinq ont passé, dit saint Jean : cinq de ces gouvernemens étoient écoulés lorsqu'il écrivit sa prophétie : l'un est encore; c'étoit l'empire des Césars sous lequel il écrivoit : e£ l'autre doit bientót venir; qui ne voit l'empire papal? C'est un des sept. rois : une des sept formes de gouvernement ; et c'est aussi le huttième rot, c'est-à-dire la huitième forme de gouvernement : la septiéme, parce que le Pape tient beaucoup des empereurs par la domination qu'il exerce; et la huitième, parce qu'il a quelque chose de particulier, cet empire spirituel, cette domination sur les consciences ; il n'y a rien de plus juste : mais un petit mot gâte tout. Premièrement, je demanderois volontiers pourquoi les sept rois sont sept formes de gouvernement, et non pas sept rois-effectifs. Qu'on me montre dans les Ecritures que des formes de gouvernement soient nommées des rois; au contraire, je vois trois versets aprés que les dix rois sont dix vrais rois, et non pas dix sortes de gouvernement. Pourquoi les sept rois du verset 9 seroient-ils si différens des dix rois du verset 12 ? Prétend-on nous faire accroire que les consuls, des magistrats annuels , soient des rois? que l'abolition absolue de la puissance royale dans Rome soit un des sept rois de Rome? que dix hommes, les décemvirs, soient un roi, et toute la suite de quatre ou six tribuns militaires, plus ou moins, un autre roi? Mais en vérité est-ce là une autre forme de gouvernement? Qui ne sait que les tribuns militaires ne différoient des consuls que dans le nombre? C'est pourquoi on les appeloit Tribuni militum consulari potestate. Et si saint Jean a voulu marquer tous les noms de la supréme puissance parmi les Romains, pourquoi avoir oublié les triumvirs? N'eurent-ils pas pour le moins autant de puissance que les décemvirs? Que si l'on dit qu'elle fut si courte qu'elle ne mérite pas d'étre comptée, pourquoi celle des décemvirs, qui ne dura que deux ans, le sera-t-elle plutót? Il est vrai, nous dira-t-on : mettons-les à la place des dietateurs ; aussi bien n'y a-t-il guère d'apparence de mettre la dietature comme une forme de gouvernement sous laquelle Rome

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