‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 339 sur 387 · LIVRE XIII, N. XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. XXXIII

ait vécu un certain temps. C'étoit une magistrature extraordinaire qu'on faisoit selon l'exigence dans tous les temps de la république, et non une forme particulière de gouvernement. Déplacons-les donc et mettons les triumvirs à leur place. J'y consens , et je suis bien aise moi-méme de donner à l'interprétation des protestans toute la plus belle apparence qu'elle puisse avoir : car avec tout cela ce n'est qu'illusion : un petit mot, comme je l'ai dit, va tout réduire en fumée : car enfin il est dit du septiéme roi, qui sera done, puisqu'on le veut, un septième gouvernement, que « lorsqu'il sera venu , il faut qu'il subsiste peu de temps. » À peine ‘saint Jean l'a-t-il fait paroitre; et incontinent, «il va, dit-il, en ruine t, » Si c'est l'empire papal, il doit être court. Or on prétend que selon saint Jean il doit durer du moins douze cent soixante ans, autant de temps, comme le confesse notre nouvel interprète, « que tous les autres gouvernemens ensemble ?. » Ce n'est donc pas l'empire papal dont il s'agit.

Mais c'est, dit-on, que devant Dieu « mille ans , » comme dit saint Pierre ?, «ne sont qu'un jour. » Le beau dénouement! Tout est également court aux yeux de Dieu, et non-seulement le règne du septième roi, mais encore le règne de tous les autres. Or saint Jean vouloit caractériser ce septième roi en le comparant avec les autres; et son règne devoit être remarquable par la brièveté de sa durée. Pour faire trouver ce caractere dans le gouvernement papal, qui ne voit qu'il ne suffit pas qu'il soit court devant Dieu, devant qui rien n'est durable? Il faudroit qu'il füt court à comparaison des autres gouvernemens ; plus court par conséquent que celui des tribuns militaires qui ont à peine subsisté trente à quarante ans; plus court que celui des décemvirs qui n'en ont duré que deux ; plus court du moins que celui des rois, ou des consuls, ou des empereurs qui ont rempli le plus de temps par leur durée. Mais au-contraire celui que saint Jean a caractérisé par la brièveté de sa durée, non-seulement dure plus que chacun des autres, mais encore duré plus que tous les autres ensemble : quelle absurdité plus manifeste! et n'est-ce pas entreprendre de rendre les prophéties ridicules que de les expliquer de cette sorte?

1 Apoc., XVII, 10. — ? Acc., 1re part., p. 11. — ? IL Petr, IT, 8.

Réponse illusoire.

Les dix rois de l'Apocalypse aussi évidemment mal expliqués.

Mais disons un mot des dix rois, sur lesquels notre interprète croit triompher, après Joseph Mède !. C'est lorsqu'il nous fait paroitre, 4? les Bretons, 2° les Saxons, 3° les Francois, 4° les Bourguignons, 5° les Visigoths, 6° les Suèves et les Alains, 7^ les Vandales, 8° les Allemands, 9° les Ostrogoths en Italie, où les Lombards leur succèdent, 10° les Grecs. Voilà dix royaumes bien comptés, dans lesquels l'empire romain s'est divisé au temps de sa chute. Sans disputer sur les qualités, sans disputer sur le nombre, sans disputer sur les dates, voici du moins une chose bien constante; c'est qu'aussitót que ces dix rois paroissent , saint | Jean leur fait donner «leur autorité et leur puissance à la beste 2. » Nous l'avouerons, disent nos interprétes, et c'est aussi où nous triomphons; car c'est là ces dir rois vassauz et sujets que l'empire antichrétien, c'est-à-dire l'empire pontifical, « a toüjours eù sous luy pour l'adorer, et maintenir sa puissance ?. » Voilà une convenance merveilleuse : mais, je vous prie, qu'ont contribué à établir l'empire papal des rois ariens, tels qu'étoient les Visigoths et les Ostrogoths, les Bourguignons et les Vandales; ou des rois paiens, tels qu'étoient alors les Francois et les Saxons? Est-ce là ces dix rois vassaux de la Papauté, qui ne sont au monde que pour l'adorer? Mais quand est-ce que ces Vandales et les Osirogoths ont adoré les Papes? Est-ce sous Théodoric et ses successeurs, lorsque les Papes vivoient sous leur tyrannie? ou sous Genséric, lorsqu'il pilla Rome avec les Vandales, et en emporta les dépouilles en Afrique ? Et puisqu'on amène ici jusqu'aux Lombards, seroient-ils aussi parmi ceux qui agrandissent l'Eglise romaine, eux qui n'ont rien oublié pour l'opprimer durant tout le lemps qu'ils ont subsisté, c'est-à-dire durant deux cents ans? Car qu'ont été durant tout ce temps les Alboins, les Astolphes et les Didiers, que des ennemis de Rome et de l'Eglise romaine? Et les empereurs d'Orient, qui étoient en effet empereurs romains, quoiqu'on les mette ici les derniers sous le nom de Grecs, les faut-il encore compter parmi «les vassaux et les sujets » du Pape, eux que saint Léon et ses successeurs, jusqu’au temps de Charlemagne,

\ Préj. légit., |re part., chap. vit, p. 196; Acc. des Proph., 11e part. 27, 28, — ? Apoc., XVII, 13. — 3 Acc, Ire part., chap. XV, p. 266.

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