LIVRE II, N. XX
et le Rédempteur. Vous y verrez un Abel, un Enoc, un Noé, un Abraham, un Isaac, un Jacob, un Juda, un Moïse, un Josué, un Gédéon, un Samuel, un Phinées, un Elie, un Elisée, un Isaie avec la Vierge Mère de Dieu qu'il a annoncée, un David, un Ezéchias, un Josias, un Jean-Baptiste, un saint Pierre, un saint Paul. Vous y verrez Hercule, Thésée, Socrate, Aristide, Antigonus, Numa , Camille, les Catons, les Scipions. Vous y verrez vos prédécesseurs et tous vos ancétres qui sont sortis de ce monde dans la foi. Enfin il n'y aura aucun homme de bien, aucun esprit saint, aucane ame fidéle, que vous ne voyiez là avec Dieu. Que peut-on penser de plus beau, de plus agréable , de plus glorieux que ce spectacle !? » Qui jamais s'étoit avisé de mettre ainsi Jésus-Christ péle-méle avec les saints et à la suite des patriarches, des prophétes, des apótres et du Sauveur méme, jusqu'à Numa le père de l'idolátrie romaine, jusqu'à Caton qui se tua lui-même comme un furieux ; et non-seulement tant d'adorateurs des fausses divinités, mais encore jusqu'aux dieux etjusqu'aux héros, un Hercule, un Thésée qu'ils ont adoré ? Je ne sais pourquoi il n’y a pas mis Apollon ou Bacchus, et Jupiter méme : et s'il en a été détourné par les infamies que les poétes leur attribuent, celles d'Hereule étoient-elles moindres? Voilà de quoi le ciel est composé, selon ce chef du second parti de la réformation : voilà ce qu'il a écrit dans une confession de foi, qu'il dédie au plus grand roi de la chrétienté; et voilà ce que Bullinger son successeur nous en a donné « comme le chef-d'œuvre et comme le dernier chant de ce cygne » mélodieux?. Et on ne s'étonnera pas que de tels gens aient pu passer pour des hommes extraordinairement envoyés de Dieu, afin de réformer son Eglise?
Luther ne l'épargna pas sur cet article; et déclara nettement « qu'il désespéroit de son salut, parce que non content de continuer à combattre le sacrement, il étoit devenu paien en mettant des paiens impies , et jusqu'à un Scipion épicurien, jusqu'à un Numa, l'organe du démon pour instituer l’idolâtrie chez les Romains, au rang des ames bienheureuses. Car à quoi nous servent le baptéme, les autres sacremens, l'Ecriture et Jésus-Christ méme,
1 Christ. fidei clara expos., 1536, p. 27. — ? Pref. Bulling., ibid.
Vaine réponse de ceux de
Zurich pour Ja défense de
Zuingle.
Erreur de
si les impies, les idolàtres, et les épicuriens sont saints et bienheureux? Et cela qu'est-ce autre chose que d'enseigner que chacun peut se sauver dans sa religion et dans sa croyance !? »
Il étoit assez malaisé de lui répondre. Aussi ne lui répondit-on à Zurich que par une mauvaise récrimination ?, et en l'accusant lui-même d'avoir mis parmi les fidèles Nabuchodonosor, Naaman Syrien, Abimélec et beaucoup d'autres, qui étant nés hors de l'alliance et de la race d'Abraham, n'ont pas laissé d’être sauvés, comme dit Luther, « par une fortuite miséricorde de Dieu ?. » Mais sans défendre cette « fortuite miséricorde de Dieu, » qui à la vérité est un peu bizarre, c'est autre chose d'avoir dit avec Luther qu'il peut y avoir eu des hommes qui aient connu Dieu hors du nombre des Israélites ; autre chose de mettre avec Zuingle au nombre des ames saintes ceux qui adoroient les fausses divinités : et si les zuingliens ont eu raison de condamner les excès et les violences de Luther, on en a encore (d) davantage de condamner ce prodigieux égarement de Zuingle. Car enfin ce n'étoit pas ici de ces traits qui échappent aux hommes dans la chaleur du discours : il écrivoit une confession de foi, et il vouloit faire une explication simple et précise du Symbole des apótres; ouvrage d'une nature à demander plus que tous les autres une müre considération, une doctrine exacte et un sens rassis. C'étoit aussi dans le méme esprit qu'il avoit déjà parlé de Sénèque comme «d'un homme très-saint, » dans le cœur duquel « Dieu avoit écrit la foi de sa propre main, » à cause qu'il avoit dit dans une lettre à Lucile « que rien n'étoit caché à Dieu *. » Voilà done tous les philosophes platoniciens, péripatéticiens et stoiciens au nombre des saints et pleins de foi, puisque saint Paul avoue qu'ils ont connu ce qu'il y a d'invisible en Dieu par les ouvrages visibles de sa puissance *; et ce qui a donné lieu à saint Paul de les condamner dans lEpitre aux Romains, les a justifiés et sanctifiés dans l'opinion de Zuingle.
Pour enseigner de pareilles extravagances, il faut n'avoir au-
1 Parv. Conf. Luth., Hospin., part. 1T, 187. — ? Apol. Tigur., Hospin., part. II, fol, 198, — 3 Luth., Hom. in Gen., cap. 1v et Xx. — # Oper., |I part., Declar. de pecc. orig. — 5 Rom., 1, 19.
(a) {re édit. : Il y en a encore.