‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 39 sur 387 · LIVRE II, N. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE II, N. XXI

cune idée ni de la justice chrétienne, ni de la corruption de la nature. Zuingle aussi ne connoissoit pas le péché originel. Dans cette confession de foi adressée à François I* et dans quatre ou cinq traités qu’il a faits exprès pour prouver contre les anabaptistes le baptéme des petits enfans, et expliquer l'effet du baptême dans ce bas âge, il n’y parle seulement pas du péché originel effacé, qui est pourtant de l'aveu de tous les chrétiens le principal fruit de leur baptême. Il en avoit usé de même dans tous ses autres ouvrages; et lorsqu'on lui objectoit cette omission d'un effet si considérable, il montre qu'il l'a fait exprès, parce que dans son sentiment « aucun péché n'est óté par le baptême !. » Il pousse encore plus avant sa témérité, puisqu'il óte nettement le péché originel, en disant que « ce n'est pas un péché, mais un malheur, un vice, une maladie; et qu'il n'y a rien de plus foible, ni de plus éloigné de l'Ecriture que de dire que le péché originel soit nonseulement une maladie, mais encore un crime. » Conformément à ces principes, il décide que les hommes naissent à la vérité « portés au péché par leur amOur-propre, » mais non pas pécheurs, si ce n'est improprement et en prenant la peine du péché pour le péché méme : et cette «inclination au péché, » qui ne peut pas être un péché, fait selon lui tout le mal de notre origine. Il est vrai que dans la suite du discours il reconnoit que tous les hommes périroient sans la grace du Médiateur, parce que cette inclination au péché ne manqueroit pas de produire le péché avec le temps, si elle n'étoit arrêtée; et c'est en ce sens qu'il avoue que tous les hommes sont damnés « par la force du péché originel : » force qui consiste, comme on vient de voir, non point à faire les hommes vraiment pécheurs, comme toutes les églises chrétiennes l'ont décidé contre Pélage, mais à les faire seulement « enclins au péché » par la foiblesse des sens et de l'amour-propre; ce que les pélagiens et les paiens mémes n'auroient pas nié.

La décision de Zuingle sur le remède de ce mal n'est pas moins étrange. Car il veut qu'il soit óté indifféremment dans tous les hommes par la mort de Jésus-Christ indépendamment du baptéme, en sorte qu'à présent « le péché originel ne damne personne, »

1 Declar. de pecc. orig.

Zuingle sur le péché ori-

gine].

Erreur de

Zuingle sur le baptème.

pas méme les enfans des païens ; et encore qu'à leur égard il n'ose pas mettre leur salut dans la màme certitude que celui des chrétiens et de leurs enfans, il ne laisse pas de dire que comme les autres, «tant qu'ils sont incapables de la loi, ils sont dans l'état d'innocence, » alléguant ce passage de saint Paul : «Où il n'y a point de loi, il n'y a point de prévarication !. » Or est-il, poursuit ce nouveau docteur, que les enfans sont foibles, sans expérience et ignorans de la loi, et ne sont pas moins sans loi que saint Paul lorsqu'il disoit : «Je vivois autrefois sans loi *. » Comme donc il n'y a point de loi pour eux , il n'y a point aussi de transgression de la loi ni par conséquent de damnation. Saint Paul dit : « qu'il a vécu autrefois sans loi;» maisil n'y a aucun àge oü l'on soit plus dans cet état que dans l'enfance. Par conséquent on doit dire avec le même saint Paul que « sans la loi le péché étoit mort ? » en eux. » C'est ainsi que disputoient les pélagiens contre l'Eglise. Et encore que , comme on a dit, Zuingle parle ici avec plus d'assurance des enfans des chrétiens que des autres, il ne laisse pas. en effet de parler de tous les enfans sans exception. On voit où porte sa preuve; et assurément depuis Julien, il n'y a point de plus parfait pélagien que Zuingle.

Mais encore les pélagiens avouoient-ils que le baptéme pouvoit du moins donner la grace el remettre les péchés aux adultes. Zuingle plus téméraire ne cesse de répéter ce qu'on a déjà rapporté de lui, «que le baptème n'Óte aucun péché et ne donne pas la grace. C'est, dit-il, le sang de Jésus-Christ qui remet les péchés; ce n'est donc pas le baptéme. »

On peut voir ici un exemple du zèle mal entendu qu'a eu la Réforme pour la gloire de Jésus-Christ. Il est plus clair que le jour qu'attribuer la rémission des péchés au baptéme, qui est le moyen établi par Jésus-Christ pour les Óter, ce n'est non plus faire tort à Jésus-Christ, que c'est faire tort à un peintre d'attribuer le beau coloris et les beaux traits de son tableau au pinceau dont il se sert. Mais la Réforme porte ses vains raisonnemens jusqu'à cet excès de croire glorifier Jésus-Christ, en ótant la force aux instrumens qu'il emploie. Et pour continuer jusqu'au bout une illu-

1 Rom., 1V, 15. — ? Rom., vir, 9. — ? Ibid., 8.

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