‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 5 sur 387 · PRÉFACE, N, IV-VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE, N, IV-VII

Ce caractère de l'hérésie a toujours été remarqué par les catho- v. liques; et deux saints auteurs du huitième siècle ont écrit que re a « l'hérésie en elle-même est toujours une nouveauté, quelque "rie vieille qu'elle soit; mais que pour se conserver encore mieux le isi titre de nouvelle, elle innove tous les jours, et tous les jours elle ine ^s change sa doctrine !. »

Mais pendant que les hérésies toujours variables ne s’accordent — v. pas avec elles-mêmes, et introduisent continuellement de nou- à riu velles règles, c'est-à-dire de nouveaux symboles : dans l'Eglise, au a i dit Tertullien, «la règle de la foi est immuable, et ne se réforme cuis point * : » c’est que l'Eglise, qui fait profession de ne dire et de n'enseigner que ce qu'elle a recu, ne varie jamais; et au contraire l'hérésie, qui a commencé par innover, innove toujours et ne change point de nature.

De là vient que saint Chrysostome traitant ce précepte del'A- y

Principe

pótre: « Evitez les nouveautés profanes dans vos discours,» a ain.

lité dans

fait cette réflexion : « Evitez les nouveautés dans vos discours , i. ae

nes nou-

car les choses n'en demeurent pas là : une nouveauté en produit “ne.

une autre; et on s'égare sans fin quand on a une fois commencé med

à s'égarer ?. » re Deux choses causent ce désordre dans les hérésies : l'une est vu.

tirée du génie de l'esprit humain, qui depuis qu'il a goûté une «din.

fois l'appàt de la nouveauté, ne cesse de rechercher avec un ap- x DR

pétit déréglé cette trompeuse douceur; l'autre est tirée de la dif- '*

férence de ce que Dieu fait d'avec ce que font les hommes. La vé-

rité catholique, venue de Dieu, a d'abord sa perfection : l'hérésie,

foible production de l'esprit humain, ne se peut faire que par

pièces mal assorties. Pendant qu'on veut renverser, contre le

précepte du Sage, «les anciennes bornes posées par nos peres *, »

et réformer la doctrine une fois recue parmi les fidèles , on s'en-

gage sans bien pénétrer toutes les suites de ce qu'on avance ; ce

qu'une fausse lueur avait fait hasarder au commencement, se

trouve ayoir des inconvéniens qui obligent les réformateurs à se

réformer tous les jours : de sorte qu'ils ne peuvent dire quand

1 Eth. et Beat., lib. I cont. EZip. — ? De virg. veland., n. 1. — ? Hom. 5 in II ad Timoth. — * Prov., xxi, 28. i

finiront les innovations, ni jamais se contenter eux-mêmes. vu. Voilà les principes solides et inébranlables par lesquels je pré-

Su tends démontrer aux protestans la fausseté de leur doctrine dans

"e leurs continuelles variations, et dans la manière changeante dont Tae) ds ont expliqué leurs dogmes, je ne dis pas seulement en partiprotes-

tes Cuülier, mais en corps d'église, dans les livres qu'ils appellent symboliques, c'est-à-dire dans ceux qu'on a faits pour exprimer le consentement des églises, en un mot dans leurs propres confessions de foi arrêtées, signées, publiées, dont on a donné la doctrine comme une doctrine qui ne contenoit que la pure parole de Dieu, et qu'on a changées néanmoins en tant de manières dans les articles principaux.

IX. Au reste, quand je parlerai de ceux qui se sont dits réformés want en ees derniers siècles, mon dessein n'est point de parler des soten Ciniens, ni des différentes sociétés d'anabaptistes, ni de tant de PUR diverses sectes qui s'élevent en Angleterre et ailleurs dans le

sein de la nouvelle Réforme : mais seulement de ces deux corps, dont l'un comprend les luthériens , c'est-à-dire ceux qui ont pour regle la Confession d'Augsbourg, et l'autre suit les sentimens de Zuingle et de Calvin. Les premiers dans l'institution de l'Eucharistie, sont défenseurs du sens littéral, et les autres du sens figuré. C'est aussi par ce caractère que nous les distinguerons principalement les uns des autres, quoiqu'il y ait entre eux beaucoup d'autres démélés trés-graves et trés-importans, comme la suite le ferà paroitre.

x. Les luthériens nous diront ici qu'ils prennent fort peu de part

Que les va-

rations de AUX variations et à la conduite des zuingliens et des calvinistes ;

l'un des

mis est. et'quelques-uns de ceux-ci pourront penser à leur tour que l'in-

une preuve

contre Constance des luthériens ne les touche pas : mais ils se trompent

l'autre,

rincipae- les uns et les autres, puisque les luthériens peuvent voir dans les

re calvinistes les suites du mouvement qu'ils ont excité ; et au contériens. traire, les calvinistes doivent remarquer dans les luthériens le désordre et l'incertitude du commencement qu'ils ont suivi; mais surtout les calvinistes ne peuvent nier qu'ils n'aient toujours regardé Luther et les luthériens comme leurs auteurs ; et sans

parler de Calvin, qui a souvent nommé Luther avee respect

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