‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 42 sur 387 · LIVRE II, N. XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE II, N. XXVII

paroles détachées de tout autre discours, portoient tout leur sens en elles-mêmes. Il s'agissoit d'une nouvelle institution qui devoit être faite en termes simples ; et on n'avoit encore trouvé aucun lieu de l'Ecriture, où un signe d'institution recütle nom de la chose au moment qu'on l’instituoit, et sans aucune préparation précédente.

Cet argument tourmentoit Zuingle : nuit et jour il y cherchoit une solution. On ne laissa pas, en attendant, d'abolir la messe malgré les oppositions du secrétaire de la ville, qui disputoit puissamment pour la doctrine catholique et pour la présence réelle. Douze jours aprés Zuingle eut ce songe tant reproché à lui et à ses disciples, où il dit que s'imaginant disputer encore avec le secrétaire de la ville qui le pressoit vivement !, il vit paroitre tout d'un coup un fantôme blanc ou noir qui lui dit ces mots : « Láche, que ne réponds-tu ce qui est écrit dans l'Exode : « L'Agneau est la pâque ?, » pour dire qu'il en est le signe? Voilà donc ce fameux passage tant répété dans les écrits des sacramentaires , où ils crurent avoir trouvé le.nom de la chose donné au signe dans l'institution du signe méme; et voilà comme ce passage vint dans l'esprit à Zuingle, qui s'en servit le premier. Au reste ses disciples veulent qu'en disant qu'il ne sait pas si celui qui l'avertit étoit blane ou noir, il vouloit dire seulement que c'étoit un inconnu; et il est vrai que les termes latins peuvent recevoir cette explication. Mais outre que se cacher sans rien faire qui découvre ce qu'on est, est un caractère naturel d'un mauvais esprit, celui-ci visiblement se trompoit. Ces paroles : « L'Agneau est la pâque ou le passage, » ne signifient nullement qu'il soit la figure du passage. C'est un hébraisme commun (a) où le mot de sacrifice est sous-entendu. Ainsi péché seulement est le sacrifice pour le péché ; et passage simplement ou páque, c'est le sacrifice du passage ou de la pâque : ce que l'Ecriture explique elle-même un peu audessous où elle dit tout du long, non que l'Agneau est le passage, mais « que c’est la victime du passage ?. » Voilà bien assurément le sens de l'Ezode. On produisit depuis d'autres exemples que

1 Hosp., II? part., 95, 26. — ? Ezod., xit, 11. — 3 Ibid., 21.

(a) 1re édit. : Vulgaire.

De l'esprit qui appa-

rut à Zuingle pour lui fournir un passage, oü le signe d'institution reçut d'abord le nom de la chose,

Luther écrit. con- Ire les sacramenlaires, et pourquoi il traite Zuingle plus durement que les autres, 1525,

nous verrons en leur temps : mais enfin voici le premier. Il n'y avoit rien, comme on voit, qui dût beaucoup soulager l'esprit de Zuingle, ni qui lui montrát que le signe recüt dès l'institution le nom de la chose. Cependant, à cette nouvelle explication de son inconnu , il s'éveilla , il lut le lieu de l'Exode, il alla précher ce qu'il avoit vu en songe. On étoit trop bien préparé pour ne pas l'en croire : les nuages qui restoient encore dans les esprits furent dissipés.

Il fut sensible à Luther de voir non plus des particuliers, mais des églises entières de la nouvelle Réforme se soulever contre lui. Mais il n'en rabattit rien de sa fierté. On en peut juger par ces paroles : « J'ai le Pape en téte; j'ai à dos les sacramentaires et les anabaptistes : mais je marcherai moi seul contre eux tous ; je les défierai au combat, je les foulerai aux pieds. » Et un peu aprés : « Je dirai sans vanité que depuis mille ans l'Ecriture n'a jamais été ni si repurgée, ni si bien expliquée, ni mieux entendue qu'elle l'est maintenant par moi !. » Il écrivoit ces paroles en 1525 , un peu aprés la querelle émue. En la même année il fit son livre contre les Prophètes célestes, se moquant par là de Carlostad qu'il accusoit d'approuver les visions des anabaptistes. Ce livre avoit deux parties. Dans la première , il soutenoit qu'on avoit eu tort d'abattre les images; qu'il n'y avoit que les images de Dieu qu'il füt défendu d'adorer dans la loi de Moise; que les images de la croix et des saints n'étoient pas comprises dans cette défense; que personne n'étoit tenu sous l'Evangile d'abolir par force les images, parce que cela étoit contraire à la liberté évangélique, et que ceux qui détruisoient ainsi les images étoient des docteurs de la loi et non pas de l'Evangile. Par là il nous justifioit de toutes les accusations d'idolàtrie, dont on nous charge sans raison sur ce sujet. Dans la seconde partie, il attaquoit les sacramentaires. Au reste il traita d'abord OEcolampade avec assez de douceur, mais il s'emporta terriblement contre Zuingle.

Ce docteur avoit écrit que dès l'an 1516, avant que le nom de Luther eût été connu, il avoit préché l'Evangile , c'est-à-dire la réformation dans la Suisse, et les Suisses lui donnoient la gloire du

1 Ad maled. reg. Ang., tom. Il, 498.

Page 1