‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 43 sur 387 · LIVRE II, N. XXIX, XXX · texte numérisé non relu

LIVRE II, N. XXIX, XXX

commencement que Luther vouloit avoir tout entière. Piqué de ce discours il écrivit à ceux de Strasbourg « qu'il osoit se glorifier d'avoir le premier préché Jésus-Christ; mais que Zuingle lui vouloit ôter cette gloire‘. Le moyen, poursuivoit-il, dese taire pendant que ces gens troublent nos églises et attaquent notre autorité? S'ils ne veulent pas laisser affoiblir la leur, il ne faut pas non plus affoiblir la nótre. » Pour conclusion il déclare « qu'il n'y a point de milieu, et qu'eux ou lui sont des ministres de Satan ?. » Un habile luthérien et le plus célèbre qui ait écrit de nos jours, fait ici cette réflexion : « Ceux qui méprisent toutes choses et exposent, non-seulement leurs biens, mais encore leur vie, souvent ne peuvent pas s'élever au-dessus de la gloire, tant la douceur en est flatteuse et tant est grande la foiblesse humaine. Au contraire plus on a le courage élevé, plus on désire les louanges, et plus on a de peine à voir transporter aux autres celles qu'on croit avoir méritées. Il ne faut done pas s'étonner si un homme de la magnanimité de Luther écrivit ces choses à ceux de Strasbourg ?. » Au milieu de ces bizarres transports, Luther confirmoit la foi de la présence réelle par de puissantes raisons : l'Ecriture et la tradition ancienne le soutenoient dans cette cause. Il montroit que de tourner au sens figuré des paroles de Notre-Seigneur si simples et si précises sous prétexte qu'il y avoit des expressions figurées en d'autres endroits de l'Eeriture, c'étoit ouvrir une porte par laquelle toute l'Ecriture et tous les mystères de notre salut se tourneroient en figures; qu'il falloit done apporter ici la méme soumission avec laquelle nous recevions les autres mystères , sans nous soucier de la raison ni de.la nature, mais seulement de Jésus- Christ et de sa parole; que le Sauveur n'avoit parlé dans l'institution , ni de la foi, ni du Saint-Esprit; qu'il avoit dit : « Ceci est mon corps,» et non pas : « La foi vous y fera participer; » que le manger dont Jésus-Christ y parloit n'étoit non plus un mauger mystique, mais un manger par la bouche; que l'union de la foi se consommoit hors du sacrement, et qu'on ne pouvoit pas croire que Jésus-Christ ne nous donnát rien de particulier

1 Zuing., x explan., art. 18; Gesn. Bibl., etc.; Voy. Calixt., Judic., n. 53. — ? Tom. II, Jen., epist., p. 202. — ? Calixt., Judic., n. 53.

Paroles d'un fa-

la jalousie

de Luther contre

Zuingle.

Puissans raisonnemens de Luther pour là présence réelle, et ses vanteries aprés les avoir faits.

par des paroles si fortes; qu'on voyoit bien que son intention étoit de nous assurer ses dons en nous donnant sa personne; que le souvenir de sa mort, qu'il nous recommandoit , n'excluoit point la présence, mais nous obligeoit seulement à prendre ce corps et ce sang comme une victime immolée pour nous; que cette victime en effet devenoit nôtre par cette manducation; qu'à la vérité la foi y devoit intervenir pour la rendre fructueuse; mais que pour montrer que sans la foi méme la parole de Jésus- Christ avoit son effet, il ne falloit que considérer la communion des indignes !. Il pressoit ici avec force les paroles de saint Paul, lorsqu’après avoir rapporté ces mots : « Ceci est mon corps, » il condamnoit si sévèrement ceux qui « ne discernoient pas le corps du Seigneur, et qui se rendoient coupables de son corps et de son sang ? : » il ajoutoit que partout saint Paul vouloit parler du vrai corps, et non du corps en figure; et qu'on voyoit par ses expressions qu'il condamnoit ces impies comme ayant outragé Jésus- Christ, non pas en ses dons, mais immédiatement en sa personne.

Mais ce qu'il faisoit avec le plus de force, c’étoit de détruire les objections qu'on opposoit à ces célestes vérités. Il demandoit à ceux qui lui opposoient : « La chair ne sert de rien *, » avec quel front ils osoient dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien , et transporter à cette chair qui donne la vie ce que Jésus-Christ a dit du sens charnel, et en tout cas de la chair prise à la manière que l'entendoient les Capharnaites ou que la recoivent les mauvais chrétiens, sans s'y unir par la foi, et recevoir en méme temps l'esprit et la vie dont elle est pleine. Quand on osoit lui demander à quoi done servoit cette chair prise par la bouche du corps, il demandoit à son tour à ces superbes demandeurs à quoi servoit que le Verbe se füt fait chair? La vérité ne pouvoit-elle étre annoncée, ni le genre humain délivré que par ce moyen? Savent-ils tous les secrets de Dieu , pour lui dire qu'il n'avoit que cette voie de sauver les hommes? Et qui sont-ils pour faire la loi à leur Créateur, et lui prescrire les moyens par lesquels il leur vouloit

1 Serm. de Corp. et Sang. Chr., defens. verbi Cone : quod verba adhuc stent, tom. VII, 277, 381; Catech. maj. de Sac. alt. Concord., p. 551, ete. — * 1 Cor., Xi, 24, 28, 29. — ? Joan., NI, 64.

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