‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 44 sur 387 · LIVRE II, N. XXX · texte numérisé non relu

LIVRE II, N. XXX

appliquer sa grace? Que si enfin on lui opposoit les raisons humaines, comment un corps en tant de lieux , comment un corps humain tout entier dans un si petit espace : il mettoit en poudre toutes ces machines qu'on élevoit contre Dieu, en demandant comment Dieu conservoit son unité dans la Trinité des personnes, comment de rien il avoit créé le ciel et la terre, comment il avoit revétu son Fils d'une chair humaine, comment il l'avoit fait naitre d'une vierge , comment il l'avoit livré à la mort, et comment il ressusciteroit tous les fidèles au dernier jour? Que prétendoit la raison humaine quand elle opposoit à Dieu ces vaines difficultés, qu'il détruisoit par un souffle? Ils disent que tous les miracles de Jésus-Christ sont sensibles. « Mais qui leur a dit que Jésus-Christ a résolu de n'en point faire d'autres? Lorsqu'il a été conçu du Saint-Esprit dans le sein d'une vierge, ce miracle le plus grand de tous à qui a-t-il été sensible? Marie auroit-elle su ce qu'elle alloit porter dans ses entrailles, si l'ange ne lui avoit annoncé le secret divin? Mais quand la divinité a habité corporellement en Jésus-Christ, qui l'a vu ou qui l'a compris? Mais qui le voit à la droite de son Père, d’où il exerce sa toute-puissance sur tout l'univers? Est-ce là ce qui les oblige à tordre, à mettre en pièces, à crucifier les paroles de leur maître? Je ne comprends pas, disent-ils, comment il les peut exécuter à la lettre. Ils me prouvent bien par cette raison que le sens humain ne s'accorde pas avec la sagesse de Dieu, j'en conviens; j'en suis d'accord: mais je ne savois pas encore qu'il ne fallüt croire que ce qu'on découvre en ouvrant les yeux, ou ce que la raison humaine peut comprendre !. »

Enfin quand on lui disoit que cette matière n'étoit pas de conséquence et ne valoit pas la peine de rompre la paix : « Qui obligeoit donc Carlostad à commencer la querelle? Qui contraignoit Zuingle et OEcolampade à écrire? Maudite éternellement la paix qui se fait au préjudice de la vérité ?! » Par de tels raisonnemens il fermoit souvent la bouche aux zuingliens. Il faut avouer qu'il avoit beaucoup de force dans l'esprit: rien ne lui manquoit que la règle, qu'on ne peut jamais avoir que dans l'Eglise et sous le

1 Sermo quód verba stent, ibid. — 2 Ibid.

joug d’une autorité légitime. Si Luther se fût tenu sous ce joug si nécessaire à toute sorte d'esprits, et surtout aux esprits bouillans et impétueux comme le sien, il eüt pu retrancher de ses discours ses emportemens, ses plaisanteries, son arrogance brutale, ses excès , ou pour mieux dire ses extravagances; et la force avec laquelle il manie quelques vérités n'auroit pas servi à la séduction. C'est pourquoi on le voit encore invincible, quand il traite les dogmes anciens qu'il avoit pris dans le sein de l'Eglise; mais l'orgueil suivoit de près ses victoires. Cet homme se sut si bon gré d'avoir combattu avec tant de force pour le sens propre et littéral des paroles de Notre-Seigneur, qu'il ne put s'empécher de s'en glorifier : « Les papistes eux-mêmes, dit-il, sont forcés de me donner la louange d'avoir beaucoup mieux défendu qu'eux la doctrine du sens littéral. Et en effet je suis assuré que quand on les auroit tous fondus ensemble, ils ne la pourroient jamais soutenir aussi fortement que je fais *. »

xw. — Il se trompoit : car encore qu'il montrât bien qu'il falloit déro fendre le sens littéral, il n'avoit pas su le prendre dans toute sa prouvent à

Pere Simplicité; et les défenseurs du sens figuré lui faisoient voir que

les catho-

liques en, S'1l falloit suivre le sens littéral, la transsubstantiation gagnoit le

miens que TESSUS.

Mr" C’est ce que Zuingle, et en général tous les défenseurs du sens figuré démontroient très-clairement ?. Ils remarquent que Jésus- Christ n’a pas dit : « Mon corps est ici, » ou : « Mon corps est sous ceci et avec ceci, » : ou « Ceci contient mon corps; » mais simplement : «Ceci est mon corps. » Ainsi ce qu’il veut donner à ses fidèles n'est pas une substance qui contienne son corps ou qui l'aecompagne, mais son corps sans aucune autre susbtance étrangere. Il n'a pas dit non plus : « Ce pain est mon corps, » qui est l'autre explication de Luther ; mais il a dit : « Ceci est mon corps, » par un terme indéfini, pour montrer que la substance qu'il donne n'est plus du pain, mais son corps.

Et quand Luther expliquoit : « Ceci est mon corps, » c'est-à-dire « ce pain est mon corps réellement et sans figure, » il détruisoit

1 Ep. Luth., ap. Hosp. Ie part., ad an. 1534, fol, 132. — ? Hospin., ad an. 4527, fol. 49, etc.

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