‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 48 sur 387 · LIVRE II, N. XL · texte numérisé non relu

LIVRE II, N. XL

peut être que ce qu’elle est faite par les paroles toutes-puissantes qui lui donnent l'être. Luthériens et zuingliens, vous expliquez contre la nature le lieu principal par les autres; et sortant tous deux de la régle, vous vous éloignez encore plus les uns des autres que vous ne l'étes (a) de l'Eglise, que vous aviez principalement en butte. L'Eglise qui suit l'ordre naturel, et qui réduit tous les passages où il est parlé de l'Eucharistie à celui qui est sans contestation le principal et le fondement de tous les autres, tient la vraie clef du mystère, et triomphe non-seulement des uns et des autres, mais encore des uns par les autres.

En effet durant ces disputes sacramentaires , ceux qui se di-

soient réformés malgré l'intérét commun qui les réunissoit quel-

quefois en apparence, se faisoient entre eux une guerre plus cruelle qu'à l'Eglise méme, s'appelant mutuellement des furieux, des enragés, des esclaves de Satan , plus ennemis de la vérité et des membres de Jésus-Christ, que le Pape même ! ; ce qui étoit tout dire pour eux. |

Cependant l'autorité que Luther vouloit conserver dans la nouvelle Réforme, qui s'étoit soulevée sous ses étendards, s'avilissoit. Il étoit pénétré de douleur, et la fierté qu'il témoignoit au dehors n'empéchoit pas l'accablement où il étoit dans le cœur : au contraire plus il étoit fier, plus il trouvoit insupportable d'étre méprisé dans un parti dont il vouloit être le seul chef. Le trouble qu'il ressentoit passoit jusqu'à Mélanchthon. « Luther me cause, dit-il, d'étranges troubles par les longues plaintes qu'il me fait de ses afflictions. Il est abattu et défiguré par des écrits qu'on ne irouve pas méprisables. Dans la pitié que j'ai de lui, je me sens affligé au dernier point du trouble universel de l'Eglise. Le vulgaire incertain se partage en des sentimens contraires; et si Jésus- Christ n'avoit promis d'étre avec nous jusqu'à la consommation des siècles, je craindrois que la religion ne fût tout à fait détruite par ces dissensions : car il n’y a rien de plus vrai que la sentence qui dit, que la vérité nous échappe par trop de disputes ?. »

1 Luth., ad Jac. Prep. Brem.; Hosp., 82; Luth., may. Conf., ibid., 56; Zuing., Resp. ad Luth., Hosp., 44, — ?Lib. IV, ép. nxxvr ad Camer.

(a) 1r* édit, : Que vous ne faites.

Luther consterné par ces disputes, et son abattement déploré par Mélanchthon.

Luther enseigne l'ubiquité.

Luther déclare de nouveau qu'il im-

Etrange agitation d'un homme qui s'attendoit à voir l'Eglise réparée, et qui la voit préte à tomber par les moyens qu'on avoit pris pour la rétablir! Quelle consolation pouvoit-il trouver dans les promesses que Jésus-Christ nous a faites d'étre toujours avec nous? C'est aux catholiques à se nourrir de cette foi, eux qui croient que jamais l'Eglise ne peut être vaincue par l'erreur, quelque violente que soit l'attaque, et qui en effet l'ont trouvée toujours invincible. Mais comment peut-on s'attacher à cette promesse dans la nouvelle Réforme, dont le premier fondement, quand elle rompoit avec l'Eglise, étoit que Jésus-Christ l'avoit délaissée jusqu'à la laisser tomber dans l'idolàtrie? Au reste, quoiqu'il soit vrai que la vérité demeure toujours dans l'Eglise, et s'y épure d'autant plus qu'elle est plus violemment attaquée, Mélanchthon avoit raison de penser qu'à force de disputer elle échappoit aux particuliers. Il n'y avoit point d'erreur si prodigieuse où l'ardeur de la dispute n'entrainàt l'esprit emporté de Luther. Elle lui fit embrasser cette monstrueuse opinion de l'ubiquité. Voici les raisonnemens dont il appuyoit cette étrange erreur. L'humanité de Notre-Seigneur est unie à la divinité ; donc lhumanité est partout aussi bien qu'elle. Jésus-Christ comme homme est assis à la droite de Dieu : la droite de Dieu est partout ; donc Jésus-Christ comme homme est partout. Comme homme il étoit dans les cieux avant que d'y être monté. Il étoit dans le tombeau quand les anges dirent qu'il n'y étoit plus. Les zuingliens excédoient en disant que Dieu méme ne pouvoit pas mettre le corps de Jésus-Christ en plusieurs lieux. Luther s'emporte à un autre excès, et il soutient que ce corps étoit nécessairement partout. Voilà ce qu'il enseigna dans un livre dont nous avons déjà parlé, qu'il fit en 1527 pour défendre le sens littéral; et ce qu'il osa insérer dans une confession de foi qu'il publia en 1528, sous le titre de Grande Confession de foi.

Il dit dans ce dernier livre qu'il importoit peu de mettre ou d'óter le pain dans l'Eucharistie ; mais qu'il étoit plus raisonnable d'y reconnoitre «un pain charnel et du vin sanglant : » panis

1 Serm. Quód verba, stent, tom. III, Jen. Conf. maj., tom. IV, Jen.; Calixt., Judic., n. 40, et seq.

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