LIVRE II, N. XLIII
carneus et vinum sanguineum. C'étoit le nouveau langage par porte peu . . . . . . 5 di ett lequel il exprimoit l'union nouvelle qu'il mettoit entre le pain et i uxta- . . x . . : e du pain le corps. Ces paroles sembloient viser à l'impanation , et il en des t . x . . . » ter: groséchappoit souvent à Luther qui portoient plus loin qu'il ne vou- sière inéo- . * . . . 7 . logie de ce loit. Mais du moins elles proposoient un certain mélange de pain "dtu, . . . . . . . . dont Méet de chair, de vin et de sang qui paroissoit bien grossier , et qui icon
est scan-
fut insupportable à Mélanchthon. « J'ai, dit-il, parlé à Luther de aise. ce mélange du pain et du corps, qui paroit à beaucoup de gens un étrange paradoxe. Il m'a répondu décisivement qu'il n'y vouloit rien changer, et moi je ne trouve pas à propos d'entrer encore dans cette matière *. » C'est-à-dire qu'il n'étoit pas du sentiment de Luther, et qu'il n'osoit le contredire.
Cependant les excès où l'on s'emportoit de part et d'autre dans | xu. la nouvelle Réforme, la décrioient parmi les gens de bon sens. semet
Cette seule dispute renversoit le fondement commun des deux versoit les
fondemens
partis. Ils eroyoient pouvoir finir toutes les disputes par l'Ecri- AT. ture toute seule, et ne vouloient qu'elle pour juge; et tout le ues monde voyoit qu'ils disputoient sans fin sur cette Ecriture, et encore sur un des passages qui devoit être des plus clairs, puisqu'il s'y agissoit d'un Testament. Ils se crioient l'un à l'autre : Tout est clair, et il n'y a qu'à ouvrir les yeux. Sur cette évidence de l'Ecriture, Luther ne trouvoit rien de plus hardi ni de plus impie que de nier le sens litléral, et Zuingle ne trouvoit rien de plus absurde ni de plus grossier que dele suivre. Erasme, qu'ils vouloient gagner , leur disoit avec tous les catholiques : Vous en appelez tous à la pure parole de Dieu, et vous croyez en étre les interprètes véritables ? Accordez-vous donc entre vous avant que de vouloir faire la loi au monde ?. Quelque mine qu'ils fissent, ils étoient honteux de ne pouvoir convenir, et ils pensoient tous au fond de leur cœur ce que Calvin écrivit (4) à Mélanchthon, qui étoit son ami. « I! est de grande importance qu'il ne passe aux siècles à venir aucun soupcon des divisions qui sont parmi nous : car il est ridicule au delà de tout ce qu'on peut s'imaginer, qu'a-
1 Serm. Quèd verba stent, tom. IV, ep. Lxxvr, Jen., 1528; Conf. maj., tom. IV, Jen.; Calixt., Judic., n. 40 et.seq. — ? Lib, XVIII, 3; XIX, 3, 113; XXXI, 59, p. 2102, etc.
(a) 1re édit. : Ecrivit un jour.
Les luthériens pren-
nent les armes sous Ja conduite du landgrave qui reconnoil qu'il atort.
prés avoir rompu avec tout le monde A nous nous accordions si peu entre nous dès le commencement de notre Réforme !. »
Philippe, landgrave de Hesse, très-zélé pour le nouvel évangile, avoit prévu ce désordre, et dés les premieres années du différend il avoit tàché de l'accommoder. Aussitót qu'il vit le parti assez fort, et d'ailleurs menacé par l'empereur et les catholiques, il commenca à former des desseins de ligue. On oublia bientót les maximes que Luther avoit données pour fondement à sa Réforme, de ne chercher aucun appui dans les armes. Sous prétexte d'un traité imaginaire qu'on disoit avoir été fait entre George due de Saxe et les autres princes catholiques pour exterminer les luthériens , ceux-ci avoient pris les armes ?. L'affaire à la vérité fut accommodée : le landgrave se contenta des grosses sommes d'argent que quelques princes ecclésiastiques furent obligés de lui donner, pour le dédommager d'un armement que lui-méme reconnoissoit avoir été fait sur de faux rapports.
Mélanchthon , qui n'approuvoit pas cette conduite , ne trouva point d'autre excuse au landgrave, sinon qu'il ne vouloit pas faire paroitre qu'il eût été trompé, et il disoit pour toute raison qu'une mauvaise honte l'avoit fait agir?. Mais d'autres pensées le troubloient beaucoup davantage. On s'étoit vanté dans le parti qu'on détruiroit la Papauté sans faire la guerre et sans répandre du sang. Avant que ce tumulte du landgrave arrivàt et un peu aprés la révolte des paysans, Mélanchthon avoit écrit au landgrave méme « qu'il valoit mieux tout endurer que d'armer pourla cause de l'Evangile*. » Et maintenant il se trouvoit que ceux qui avoient tant fait les pacifiques , étoient les premiers à prendre les armes sur un faux rapport, comme Mélanchthon le reconnoit*. C'est aussi ce qui lui fait ajouter : « Quand je considére de quel seandale la bonne cause va être chargée , je suis presque accablé de cette peine. » Luther fut bien éloigné de ces sentimens. Encore qu'il füt constant en Allemagne , et que les auteurs méme protestans en soient d'accord, que ce prétendu traité de George de
1 Calv., epist. ad Mel., p. 145. — ? Sleid., lib. VI, 92; Mel., lib. IV, épist. Lxx. — 3 MeL, . ibid. — * Lib. IV, ep. xvi. — 5 Lib. IV, ep. LXX, LXxir. — 6 Mel., ibid.; Sleid., ibid.; Dav. Chyt., in Saxon., ad an. 1528, p. 312.