PRÉFACE, N. XI
comme le chef de la Réforme, on verra dans la suite de cette histoire !, tous les calvinistes | j’appelle ici de ce nom le second parti des protestans) Allemands, Anglois, Hongrois, Polonois, Hollandois, et tous les autres généralement assemblés à Francfort ? parles soins de la reine Elisabeth, aprés avoir reconnu « ceux de la Confession d'Augsbourg, » c'est-à-direles luthériens, « comme les premiers qui ont fait renaitre l'Eglise, » reconnoitre encore la Confession d'Augsbourg comme une piéce commune de tout le parti qu'ils ne veulent pas contredire, « mais seulement la bien entendre; » et encore dans un seul article, qui est celui de la Cène, nommant aussi pour cette raison parmi leurs pères, nonseulement Zuingle , Bucer et Calvin , mais encore Luther et Mélanchthon, et mettant Luther à la téte de tous les réformateurs.
Qu'ils disent aprés cela que les variations de Luther et des luthériens ne les touchent pas : nous leur dirons au contraire que selon leurs propres principes et leurs propres déclarations, montrer les variations et les inconstances de Luther et des luthériens , c'est montrer l'esprit de vertige dans la source de la Réforme et dans la tête où elle a été premièrement conçue.
On a imprimé à Genève, il y a longtemps, un recueil de confessions de foi ?, où avec celle des défenseurs du sens figuré, comme celle de France et des Suisses, sont aussi celles des défenseurs du sens littéral, comme celle d'Augsbourg et quelques autres; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'encore que les confessions qu'on y a ramassées soient si différentes, et se condamnent les unes les autres en plusieurs articles de foi, on ne laisse pas néanmoins de les proposer dans la préface de ce recueil, « comme un corps entier de la sainte théologie, et comme des registres authentiques où il falloit avoir recours pour connoitre la foi ancienne et primitive. » Elles sont dédiées aux rois d'Angleterre , d'Ecosse, de Danemark et de Suède, et aux princes et républiques qui par elles sont suivies. N'importe que ces rois et ces Etats soient séparés entre eux de communion aussi bien que de
croyance. Ceux de Genève ne laissent pas de leur parler comme à
1 Liv. XU. — 2 Act. auth. Blond., p. 65. — * Syntagma Conf. fidei, Gen., 1654.
XI, Recueil de confessions de foi imprimé &
Genève,
Les calvinistes approuvent
les confessions de foi des luthériens, du moins comme n'ayant rien de contraire aux points fondamenfaux.
Les confessions de
foi des luthériens.
des fidèles « éclairés dans ces derniers temps, par une grace singulière de Dieu, de la véritable lumière de son Evangile, » et ensuite de leur présenter à tous ces confessions de foi comme « un monument éternel de la piété extraordinaire de leurs ancêtres. »
C'est qu’en effet ces doctrines sont également adoptées par les calvinistes, ou absolument comme véritables, ou du moins comme n'ayant rien de contraire au fondement de la foi : et ainsi quand on verra dans cette histoire la doctrine des confessions de foi, je ne dis pas de France ou des Suisses et des autres défenseurs du sens figuré, mais encore d'Augsbourg et des autres qui ont été faites par les luthériens, on ne la doit pas prendre pour une doctrine étrangère au calvinisme, mais pour une doctrine que les calvinistes ont expressément approuvée comme véritable, ou en tout cas épargnée comme innocente dans les actes les plus authentiques qui se soient faits parmi eux.
Je n'en dirai pas autant des luthériens, qui, au lieu d'étre touchés de l'autorité des défenseurs du sens figuré, n'ont que du mépris et de l'aversion pour leurs sentimens. Leurs propres changemens les doivent confondre. Quand on ne feroit seulement que lire les titres de leurs confessions de foi dans ce recueil de Genève et dans les autres livres de cette nature , où nous les voyons ramassées, on seroit étonné de leur multitude. La première qu'on voit paroitre est celle d'Augsbourg, d’où les luthériens prennent leur nom. On la verra présenter à Charles V, en 1530, et on verra depuis qu'on y a touché et retouché plusieurs fois. Mélanchthon, qui l’avoit dressée, en tourna encore le sens d'une autre manière dans l’Apologie qu'il en fit alors, souscrite de tout le parti : ainsi elle fut changée en sortant des mains de son auteur. Depuis on n'a cessé de la réformer, et de l'expliquer en différentes manières; tant ces nouveaux réformateurs avoient de peine à se contenter , et tant ils étoient peu stylés à enseigner précisément ce qu'il falloit croire.
Mais comme si une seule confession de foi ne suffisoit pas sur les mêmes matières, Luther crut qu'il avoit besoin d'expliquer ses sentimens d'une autre facon, et dressa en 1537 les articles de Smalealde, pour être présentés au concile que le pape Paul III