LIVRE III, N. IX, X
porellement, » et que c'étoit le sentiment « ancien et commun non-seulement de l'Eglise romaine, mais encore de l'Eglise grecque. »
Et encore que cet auteur soit peu favorable méme dans ce livre au changement de substance, toutefois il ne trouve pas ce sentiment si mauvais qu'il ne cite avec honneur des autorités qui l'établissent : ear voulant prouver la doctrine « de la présence corporelle » par le sentiment de l'Eglise orientale, il allègue le canon de la messe grecque, où le prêtre « demande nettement, dit-il, que le propre corps de Jésus-Christ soit fait en changeant le pain, » ou «par le changement du paint. » Bien loin de rien improuver dans cette prière, il s’en sert comme d’une pièce dont il reconnoit l'autorité , et il produit dans le méme esprit les paroles de Théophylacte, archevéque de Bulgarie, « qui assure que le pain n'est pas seulement une figure, mais qu'il est vraiment changé en chair. » Il se trouve par ce moyen que de trois autorités qu'il apporte pour confirmer la doctrine de la présence réelle, il y en a deux qui établissent le changement de substance ; tant ces deux choses se suivent, et tant il est naturel de les joindre ensemble.
Quand depuis on a retranché dans quelques éditions ces deux passages qui se trouvent dans la première publication qui en fut faite, c'est qu'on a été faché que les ennemis dela transsubstantiation n'aient pu établir la réalité qu'ils approuvent, sans établir en méme temps cette transsubstantiation qu'ils vouloient nier.
Voilà les incertitudes où tombérent les luthériens dès le premier pas; et aussitôt qu'ils entreprirent de donner par une confession de foi une forme constante à leur église, ils furent si peu résolus qu'ils nous donnèrent d'abord en cinq ou six facons différentes un article aussi important que celui de l'Eucharistie. Ils ne furent pas plus constans , comme nous verrons, dans les autres articles; et ce qu'ils répondent ordinairement, que le concile de Constantinople a bien ajouté quelque chose à celui de Nicée ne leur sert de rien : car il est vrai qu'étant survenu depuis le concile de Nicée une nouvelle hérésie, qui nioit la divinité du Saint-
1 Apol. Conf. Aug., in art. 10, p. 157.
La manière d'expliquer la réalité dans PApologie, tend à établir en méme lemps le changement de substance.
Défaite des luthéi sur ces varia-
tions,
Esprit, il fallut bien ajouter quelques mots pour la condamner : mais ici, où il n'est rien arrivé de nouveau, c'est une pure irrésolution qui a introduit parmi les luthériens les variations que nous avons vues. Ils ne s’en tinrent pas là, et nous en verrons beaucoup d’autres dans les confessions de foi qu'il fallut depuis ajouter à celle d'Augsbourg.
XI. Que si les défenseurs du sens figuré répondent que leur parti anus n’est pas tombé dans le méme inconvénient, qu'ils ne se flattent ne sont pas ? sx * pus cn pas de cette pensée. On a vu que dans la diète d'Augsbourg, où roi commencent les confessions de foi, les sacramentaires en ont proeu ie auit d'abord deux différentes, et bientôt nous en verrons les di-
versités. Dans la suite ils ne furent pas moins féconds en confessions de foi différentes que les luthériens ; et n'ont pas paru moins embarrassés, ni moins incertains dans la défense du sens figuré, que les autres dans la défense du sens littéral.
C’est de quoi il y a sujet de s’étonner; car il semble qu'une doctrine aussi aisée à entendre selon la raison humaine, que l'est celle des sacramentaires, ne devoit faire aucun embarras à ceux qui entreprenoient de la proposer. Mais c’est que les paroles de Jésus-Christ font dans l'esprit naturellement une impression de réalité que toutes les finesses du sens figuré ne peuvent détruire. Comme donc la plupart de ceux qui la combattoient ne pouvoient pas s'en défaire entièrement, et que d'ailleurs ils vouloient plaire aux luthériens qui la retenoient , il ne faut pas s'étonner s'ils ont mêlé tant d'expressions qui ressentent la réalité à leurs interprétations figurées, ni si ayant quitté l'idée véritable de la présence réelle, que l'Eglise leur avoit apprise, ils ont eu tant de peine à se contenter des termes qu'ils avoient choisis pour en conserver
quelque image.
xu, C’est la cause des équivoques que nous verrons s'introduire gues et
“ie le grand architecte de toutes ces subtilités, en donna un petit
fr de essai dans la Confession de Strasbourg ; car sans vouloir se servir lat des termes dont se servoient les luthériens pour expliquer la pré-
U"- ^ sene réelle, il affecte de ne rien dire qui lui soit formellement
rene" gans leurs catéchismes et dans leurs confessions de foi. Bucer, de la Consur larti-
contraire , et s'explique en paroles assez ambiguës pour pouvoir