‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 57 sur 387 · LIVRE HI, N. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE HI, N. XIV

ces mauvaises gloses qu'il faut rejeter. Car que sert de condamner en général, par des termes vagues, ce qui est rejeté de tous les partis; et qui ne voit qu'une confession de foi demande des décisions plus nettes et plus précises? Certainement si on ne jugeoit «les sentimens de Bucer et de ses confrères que par cette confession de foi, et qu'on ne süt pas d'ailleurs qu'ils n'étoient pas favorables à la présence réelle et substantielle, on pourroit croire qu'ils n'en sont pas éloignés : ils ont des termes pour flatter ceux qui la eroient; ils en ont pour leur échapper si on les presse ; enfin nous pouvons dire, sans leur faire tort, qu'au lieu qu'on fait ordinairement des confessions de foi pour proposer ce qu'on pense sur les disputes qui troublent la paix de l'Eglise, ceux-ci au contraire, par de longs discours et un grand circuit de paroles, ont trouvé moyen de ne rien dire de précis sur la matière dont il s'agissoit alors.

De là il est arrivé un effet bizarre : c'est que des quatre villes qui s'étoient unies par cette commune confession de foi , et qui toutes embrassoient alors les sentimens contraires aux luthériens, trois , à savoir Strasbourg, Mémingue et Lindau, passèrent un peu aprés sans scrupule à la doctrine de la présence réelle : tant Bucer avoit réussi par ses discours ambigus à plier les esprits, de sorte qu'ils pussent se tourner de tous cótés.

Zuingle y alloit plus franchement. Dans la Confession de foi qu'il envoya à Augsbourg et qui fut approuvée de tous les Suisses, il expliquoit nettement « que le corps de Jésus-Christ depuis son ascension n'étoit plus que dans le ciel, et ne pouvoit être autre part; qu'à la vérité il étoit comme présent dans la Cene par la contemplation de la foi, et non pas réellement ni par son essence !. »

Pour défendre cette doctrine, il écrivit une lettre à l'empereur et aux princes protestans, où il établit cette différence entre lui el ses adversaires, que ceux-ci vouloient « un corps naturel et substantiel, et lui un corps sacramentel ?. »

Il tient toujours constamment le méme langage; et dans une autre Confession de foi qu'il adresse dans le méme temps à Fran-

1 Conf. Zuing., int. Oper. Zuing., et ap. Hosp., ad an. 1530, 104 et seq. — 2 Epist. ad Cas. et princ. prot., ibid.

La Confession de Zuingle, très-nette et sans équivoque

cois I*", il explique : Ceci est mon corps, « d'un corps symbolique, mystique et sacramentel; d'un corps par dénomination et par signification : de méme , dit-il, qu'une reine montrant parmi ses joyaux sa bague nuptiale, dit sans hésiter : Ceci est mon roi , c'est-à-dire c'est l'anneau du roi mon mari, par lequel il m'a épousée ‘. » Je ne sache guère de reine qui se soit servie de cette phrase bizarre : mais il n'étoit pas aisé à Zuingle de trouver dans le langage ordinaire des expressions semblables à celles qu'il vouloit attribuer à Notre-Seigneur. Au surplus il ne reconnoit dans l'Eucharistie qu'une pure présence morale, qu'il appelle sacramentelle et spirituelle. Y1 met toujours la force des sacremens « en ce qu'ils aident la contemplation de la foi, qu'ils servent de frein aux sens, et les font mieux concourir avec la pensée. » Quant à la manducation «que mettent les Juifs avec les papistes, selon lui elle doit causer la méme horreur qu'auroit un pere à qui on donneroit son fils à manger. » En général, «la foi a horreur de la présence visible et corporelle ; ce qui fait dire à saint Pierre : « Seigneur, retirez-vous de moi.» Il ne faut point manger Jésus- Christ de cette manière charnelle et grossière : une ame fidèle et religieuse mange son vrai corps sacramentellement et. spirituellement. » Saeramentellement , c’est-à-dire en signe; spirituellement, c'est-à-dire par la contemplation de la foi qui nous représente Jésus-Christ souffrant, et nous montre qu'il est à nous. xv. Il ne s'agit pas de se plaindre de ce qu'il appelle charnelle et vein grossiére notre manducation, qui est si élevée au-dessus des sens,

paroit

dairement Ni de ce qu'il en veut donner de l'horreur, comme si elle étoit dans 1

Cntesim cruelle et sanglante. Ce sont les reproches ordinaires qu'ont tou-

ou à jours faits ceux de son parti aux luthériens et à nous. Nous verrons dans la suite comme ceux qui nous les ont faits nous en justifient : maintenant il nous suffit d'observer que Zuingle parle nettement. On entend par ces deux confessions de foi, en quoi consiste précisément la difficulté : d’un côté, une présence en signe et par foi; de l’autre, une présence réelle et substantielle : et voilà ce qui séparoit les sacramentaires d’avec les catholiques et les luthériens.

1 Conf. ad Franc. I.

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