LIVRE IIT, N. XVI
Il sera maintenant aisé d'entendre d’où vient que les défenseurs | xv.
Ori . Tx» x Quelle raidu sens littéral, catholiques et luthériens, se sont tant servis des sononaen, de se servir
mots de vrai corps, de corps réel, de substance , de propre sub- à mot de
substance
stance, et des autres de cette nature. dans l'Eu-
charistie :
Ils se sont servis du mot de réel et de vrai, pour faire entendre que cestia
même qui
que l'Eucharistie n'étoit pas un simple signe du corps et du sang, à oigé à mais la chose même. ud
C'est encore ce qui leur a fait employer le mot de substance ; et ^ si nous allons à la source, nous trouverons que la méme raison qui a introduit ce mot dans le mystère de la Trinité, l'a aussi rendu nécessaire dans le mystère de l'Eucharistie.
Avant que les subtilités des hérétiques eussent embrouillé le sens véritable de cette parole de Notre-Seigneur : « Nous sommes moi et mon Père une méme chose !, » on croyoit suffisamment expliquer l'unité parfaite du Père et du Fils par cette expression de l'Ecriture, sans qu'il füt nécessaire de dire toujours qu'ils étoient un en substance : mais depuis qué les hérétiques ont voulu persuader aux fidéles que cette unité du Pére et du Fils n'étoit qu'une unité de concorde, de pensée et d'affection, on a cru qu'il falloit bannir ces pernicieuses équivoques, en établissant la consubstantialité, c'est-à-dire l'unité de substance.
Ge terme qui n'étoit point dans l'Ecriture , fut jugé nécessaire pour la bien entendre, et pour éloigner les dangereuses interpré-
tations de ceux qui altéroient la simplicité de la parole de Dieu.
Ce n'est pas qu'en ajoutant ces expressions à l’Ecriture, on prétende qu'elle s'explique sur ce mystère d'une manière ambigué ou enveloppée : mais c'est qu'il faut résister par ces paroles expresses aux mauvaises interprétations des hérétiques, et conserver à l'Ecriture ce sens naturel et primitif qui frapperoit d'abord les esprits, si les idées n'étoient point brouillées par la prévention ou par de fausses subtilités.
Il est aisé d'appliquer ceci à la matière de l'Eucharistie. Si on eût conservé sans raffinement l'intelligence droite et naturelle de ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » nous eussions cru suffisamment expliquer une présence réelle de Jésus-
1 Joan., x, 30.
Christ dans l'Eucharistie, en disant que ce qu'il y donne est son corps et son sang : mais depuis qu'on a voulu dire que Jésus- Christ n'y étoit présent qu'en figure, ou par son esprit, ou par sa vertu, ou par la foi; alors pour ôter toute ambiguïté , on a cru qu'il failoit dire que le corps de Notre-Seigneur nous étoit donné en sa propre et véritable substance ou, ce qui est la méme chose, qu'il étoit réellement et substantiellement présent.
Voilà ce qui a fait naître le terme de transsubstantiation, aussi naturel pour exprimer un changement de substance, que celui de consubstantiel pour exprimer une uuité de substance,
XVII. Par la même raison les luthériens, qui reconnoissent la réalité
ies luthé- .
"o Sans changement de substance, en rejetant le terme de transsub-
mon que Stantiation, ont retenu celui de vraie et substantiellé présence, ni an ainsi que nous l'avons vu dans l'Apologie de la Confession d' Augssusce. b0urg ; et ces termes ont été choisis pour fixer au sens naturel net. ces paroles : «Ceci est mon corps, » comme le mot de consubstanwe (el a été choisi par les Pères de Nicée, pour fixer au sens littéral wee. Ces paroles : « Moi et mon Père, ce n’est qu'un ! ; » et ces autres: "U^ «Le Verbe étoit Dieu ?. »
Aussi ne voyons-nous pas que Zuingle, qui le premier a donné la forme à l'opinion du sens figuré et qui l’a expliquée le plus franchement , ait jamais employé le mot de substance. Au contraire, il a perpétuellement exelu «la manducation , » aussi bien que «la présence substantielle, » pour ne laisser qu'une manducation figurée, c'est-à-dire « en esprit et par la foi ?. »
Bucer , quoique plus porté à des expressions ambigués, ne se servit non plus au commencement du mot de substance ou de communion et de présence substantielle : il se contenta seulement de ne pas condamner ces termes, et demeura dans les expressions générales que nous avons vues.
Voilà le premier état de la dispute sacramentaire, oü les subtilités de Bucer introduisirent ensuite tant d'importunes variations qu'il nous faudra raconter dans la suite. Quant à présent, il suffit d'en avoir touché la cause.
QUES La question de la justification, où celle du libre arbitre étoit
Doctrine
1 Joan., X, 30. — ? Joan., 1, 1. — ? Epist. ad Cas. et princ. prot.