LIVRE Il, N. XIX, XX
renfermée, paroissoit bien d'une autre importance aux protestans : c'est pourquoi dans l'Apologie ils demandent par deux fois à l'empereur une attention particulière sur cette matière, comme étant la plus importante de tout l'Evangile , et celle aussi où ils ont le plus travaillé *. Mais j'espere qu'on verra bientôt qu'ils ont travaillé en vain, pour ne rien dire de plus, et qu'il y a plus de malentendu que de véritables difficultés dans cette dispute.
Et d'abord il faut mettre hors de cette dispute la question du libre arbitre. Luther étoit revenu des excés qui lui faisoient dire que la prescience de Dieu mettoit le libre arbitre en poudre dans toutes les créatures; et il avoit consenti qu'on mit cet article dans la Confession d'Augsbourg : « Qu'il faut reconnoitre le libre arbiire dans tous les hommes qui ont l'usage de la raison, non pour les choses de Dieu, que l'on ne peut commencer ou du moins achever sans lui, mais seulement pour les ceuvres de la vie présente et pour les devoirs de la société civile ?. » Mélanchthon y ajoutoit, dans l'Apologie, « pour les œuvres extérieures dela loi de Dieu ?.» Voilà donc déjà deux vérités qui ne souffrent aucune contestation : l'une, qu'il y a un libre arbitre, et l'autre, qu'il ne peut rien de lui-même dans les œuvres vraiment chrétiennes.
Il y avoit même un petit mot dans le passage qu'on vient de voir de la Confession d’Augsbourg, où pourdes gens qui vouloient tout attribuer à la grace, on n'en parloit pas à beaucoup près si correctement qu'on fait dans l'Eglise catholique. Ce petit mot, c'est qu'on dit que de lui-méme « le libre arbitre ne peut commencer ou du moins achever les choses de Dieu : » restriction qui semble insinuer qu'illes peut « du moins commencer » par ses propres forces : ce qui étoit une erreur demi-pélagienne, dont nous verrons dans la suite que les luthériens d'à présent ne sont pas -éloignés.
L'article suivant expliquoit que «la volonté des méchans étoit la cause du péché *, » où, encore qu'on ne dit pas assez nettement -que Dieu n'en est pas l'auteur, on l'insinuoit toutefois contre les premières maximes de Luther.
1 Ad art. 4, de Justif., p. 60; de Pœn., p. 161. — ? Confess. Aug., art. 18. — 3 Apol., ad eumd. art, — * Art. xix, ibid.
de la juslification :
quil n'y à plus de difficulté après les choses qui en sont diles dans la Confession d'Ausbourg et dans l’Apologie.
Que la docline de Luther sur le libre arbitre est rétractée dans la Confession d'Augsbourg.
Paroles de la Confes-
sion
d'Augsbourg, qui visoit au
semi-pélagianisme.
XXL. Ce qu'il y avoit de plus remarquable sur le reste de la matière
Tous les
reproches de la grace chrétienne dans la Confession d'Augsbourg, c'est que:
faits aux
«moi- partout on y supposoit dans l'Eglise catholique des erreurs qu'elle
ques fon-
dés sudes avoit toujours détestées : de sorte qu'on sembloit plutôt lui cher-
calomnies :
première cher querelle que la vouloir réformer ; et la chose paroitra claire
calomnie
saria jus CD exposant historiquement la croyance des uns et des autres. ew. On appuyoit beaucoup dans la Confession d' Augsbourg et dans l' Apologie sur ce que la rémission des péchés étoit une pure libéralité , qu'il ne falloit pas attribuer au mérite et à la dignité des actions précédentes. Chose étrange ! les luthériens partout se faisoient honneur de cette doctrine, comme s'ils l'avoient ramenée dans l'Eglise; et ils reprochoient aux catholiques « qu'ils eroyoient trouver par leurs propres ceuvres la rémission de leurs péchés, qu'ils croyoient la pouvoir mériter en faisant de leur côté ce qu'ils pouvoient, et méme par leurs propres forces: que tout ce qu'ils attribuoient à Jésus-Christ étoit de nous avoir mérité une certaine grace habituelle, par laquelle nous pouvions plus facilement aimer Dieu ; et qu'encore que la volonté püt l'aimer , elle le faisoit plus volontiers par cette habitude; qu'ils n'enseignent autre chose que la justice de la raison; que nous pouvions approcher de Dieu par nos propres ceuvres indépendamment de la propitiation de Jésus- Christ, et que nous avions rêvé une justification sans parler de lui!: » ce qu'on répète sans cesse pour conclure autant de fois
« que nous avions enseveli Jésus-Christ. »
xxu. Mais pendant qu'on reprochoit aux catholiques une erreur si wit an grossière , on leur imputoit d'autre part le sentiment opposé, les qe ls accusant de «se croire justifiés par le seul usage du sacrement, www eJ Opere operato,» comme on parle, «sans aucun bon mouve- Ge: 7; ment ?. » Comment les luthériens pouvoient-ils s'imaginer qu'on "uo, « donnát tant à l'homme parmi nous, et qu'en méme temps on y EEE Gonnât si peu ? Mais l'un et l'autre est très-éloigné de notre doc- .irine, puisque le concile de Trente d'un côté est tout plein des bons sentimens par oü il se faut disposer au baptéme, à la pénitence et à la communion , déclarant méme en termes exprés que
1 Conf., art. 20; Apol., cap. de Justif.; Concord., p. 61, 62, 74, 102, 103, etc. — ? Conf. Aug., art. 13, etc.